Le conflit perdure à l'Aluminerie de Bécancour

A.B.I.: la région se croise les doigts

Bécancour — Déception, inquiétude, espoir. Voilà autant de sentiments partagés par les intervenants socio-économiques et politiques de la région à la suite du rejet de l’offre finale et globale de l’employeur par les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour.

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«Je suis sincèrement déçu. Je considérais l’ultimatum de la partie patronale quand même assez sérieux. Maintenant, la pression est sur le syndicat. Je respecte la décision des employés, mais le syndicat a mis sa tête sur la bûche. Ils ont certainement des motifs, des raisons de croire que l’employeur va se mettre à la table. J’incite la compagnie à y retourner et le syndicat, à faire une proposition très rapidement pour démontrer sa bonne foi et forcer un peu l’employeur à revenir à la table des négociations», a commenté le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Celui-ci demande donc à la direction de l’A.B.I. de laisser au syndicat le temps de faire une contre-proposition dans le but de favoriser un rapprochement. Selon lui, une autre ronde accélérée de négociations pourrait faire en sorte de créer les conditions pour un accord.

«Prenons quelques jours de plus pour tenter un ultime effort. Le moins souhaitable des scénarios pour tous, employeurs, employés et pour l’ensemble des citoyens de la région, c’est l’arrêt des activités de cette usine. Évidemment, je souhaite toujours qu’une entente survienne rapidement, mais le syndicat doit comprendre qu’il joue très gros. Il doit faire preuve de responsabilité et démontrer qu’il souhaite arriver à un compromis satisfaisant pour tous», poursuit le représentant caquiste.

Donald Martel

Pour sa part, le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, se disait confiant d’un règlement avec l’abandon d’un régime de retraite à deux vitesses dans la proposition patronale.

«Je ne juge pas sur le contenu. Ce sont des gens intelligents qui ont voté. Je n’ai aucune idée des clauses. Il y avait sûrement d’autres choses sur la table que je ne connais pas. Je ne peux pas m’avancer là-dessus. Je suis déçu du résultat parce que ça nous garde dans l’incertitude. Il va se passer quoi maintenant? Je n’en ai aucune idée. On va attendre la suite des choses. On ne part pas en peur non plus. Ces gens-là vont continuer à se parler, je l’espère et je le souhaite de tout mon cœur. Il n’y a qu’un seul objectif dans tout ça, garder l’usine ouverte et rentable», a déclaré le premier magistrat, qui n’a aucun message à lancer à l’une ou l’autre des parties «à ce moment-ci». 

Son homologue de Trois-Rivières, Yves Lévesque, espère également «qu’on va pouvoir dénouer cette impasse». «Je pense aux travailleurs et à l’économie de la région. Une négociation, c’est comme une game de poker. Je ne connais pas la stratégie des parties. C’est toujours inquiétant. Le syndicat semble ouvert à des discussions. Et est-ce vraiment une offre finale?», questionne le maire tout en soulignant que la production d’aluminium à Bécancour est minime dans le marché mondial.

De son côté, le député fédéral de Bécancour-Nicolet-Saurel, Louis Plamondon, se dit surpris d’un tel climat de travail à l’A.B.I. alors que «ça va très bien» aux alumineries de Deschambault et Baie-Comeau. «Dans un endroit, il y a un syndicat, et dans l’autre, il n’y en a pas. Donc, ça n’a pas rapport au fait qu’il y a un syndicat ou pas. Les conditions de travail semblent à peu près les mêmes. Je ne suis pas au courant de tous les détails», a-t-il confié.

Ce qui l’inquiète, ce sont les mesures protectionnistes américaines qui risquent de s’étendre à l’industrie de l’aluminium après les secteurs du bois et du papier.  

«Je souhaite que le syndicat ne déclenche pas la grève immédiatement et qu’il n’y ait pas non plus un lock-out de l’employeur», exprime le vétéran à la Chambre des communes.

Finalement, la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur-du-Québec dit surveiller de près ce dossier. 

«Tout le monde souhaite que le conflit se règle de façon positive. C’est l’un des plus gros employeurs en région, c’est une belle entreprise et c’est surtout de très bons emplois avec d’excellentes conditions. Ça créerait un bon trou s’il y avait fermeture. Est-ce que c’était vraiment une offre complètement finale ou il y aura un rebondissement? On  souhaite que ce soit la deuxième option, qu’ils puissent continuer à négocier pour vraiment qu’il y ait une entente dans le dossier», a conclu le directeur général, Charles Guillemette.