En marge du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, a fait le point sur différents enjeux liés à l’industrie.

ABI: «Il n’y a pas d’intérêt à réduire la production»

Bécancour — Le prix payé pour l’électricité est loin d’être un rabais ou une subvention. Il n’y a pas d’intérêt à réduire la production dans un marché à la hausse. Il n’y a aucun lien entre les coûts énergétiques et les coûts de main-d’oeuvre. Il faut avoir des structures organisationnelles extrêmement agiles pour être compétitif.

Voilà autant d’affirmations lancées par le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard, en marge du lock-out qui touche un millier de travailleurs syndiqués à l’Aluminerie de Bécancour depuis le 11 janvier dernier.

D’entrée de jeu, il soutient que l’intrant énergétique constitue un élément différenciateur en terme de compétitivité. «Nous sommes des clients stables et prévisibles à long terme pour Hydro-Québec. Et quand les gens disent qu’on est subventionné, c’est l’inverse. En fait, le secteur résidentiel québécois est fortement subventionné par le secteur industriel québécois et c’est à la hauteur de 300 millions de dollars par année», tient-il d’abord à préciser.

En entrevue, M. Simard explique que le prix pour chaque aluminerie est fixé à partir d’une formule de partage de risque comportant trois éléments fondamentaux: le prix LME (London Metal Exchange), la valeur du dollar US et le taux d’utilisation. Le contrat d’électricité d’ABI est donc relié au prix de la tonne d’aluminium (LME et MidWest).

Au Québec, dit-il, tous les contrats liant les alumineries à la société d’État sont publics et font partie d’une catégorie de consommation dépassant les 50 MW. «Le marché actuel de l’aluminium est élevé, ce qui veut dire que les prix de l’électricité augmentent pour les alumineries. Le prix payé par ABI en novembre et décembre 2017 s’élève à 4,8 ¢/kWh , ce qui se situe bien au-dessus du coût de production moyen d’Hydro-Québec évalué à 3¢/kWh. Ce n’est pas un rabais», fait-il remarquer.

Le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, Jean Simard

En comparaison, le Tarif L est à 4,6 ¢/kWh. «L’industrie de l’aluminium ne paie pas le tarif L, qui est un tarif de référence. Nous, on a un tarif qui est le produit de la formule de partage de risque», insiste celui qui donne plusieurs exemples où le prix de l’énergie est moins élevé, que ce soit en Ontario (1,6 ¢) ou dans l’État de Washington où il y a encore une aluminerie (entre 2 et 2,5¢/kWh US).

Alors que les frais énergétiques représentent 30 % des dépenses pour une aluminerie, le coût des intrants de production a bondi de 50 % au cours des douze derniers mois. «C’est vrai que le prix de l’aluminium a augmenté et c’est intéressant. Depuis un an, on a recommencé à faire de l’argent. Mais il ne faut pas oublier que ça faisait dix ans qu’on en perdait. Et quant au prix de 2100 dollars US la tonne, on est plus dans une fourchette de 1850 ou 1900 dollars au net, quand on considère le jeu du taux de change et l’augmentation des coûts», nuance le grand patron de l’AAC.

Par ailleurs, M. Simard juge aberrante la prétention selon laquelle l’arrêt des deux séries de cuves à l’ABI bénéficie à d’autres usines. «Le marché est déjà en manque de métal. On tourne à pleine capacité. Il est faux de prétendre qu’il y a un jeu de vases communicants», souligne-t-il.

À son avis, le premier enjeu pour ABI et toutes les autres usines, c’est la productivité. «Quand on regarde la concurrence, si on veut se maintenir dans l’avenir, il faut être très productif. Ça va demander de l’agilité et des profils d’emplois et de personnes différents. Il faut avoir une plus grande mobilité de la main-d’œuvre à l’intérieur des organisations. Ça veut dire que tu ne peux plus raisonner tes relations de travail de la même façon. Ce n’est pas en étirant le passé que l’on va assurer l’avenir, c’est en changeant le modèle d’affaires», croit le pdg.

Et celui-ci ne manque pas de rappeler que les installations chinoises et celles du Moyen-Orient sont plus récentes et performantes.

«En Chine, il y a peu près 200 usines qui produisent, en moyenne, 800 000 tonnes d’aluminium par année. Les coûts de construction sont trois moins élevés qu’ici. La main-d’œuvre coûte beaucoup moins cher et les nouvelles usines sont beaucoup plus automatisées. Ils ont toutes sortes de subventions de la part de l’État chinois pour lancer et maintenir les opérations», énumère-t-il.

Pendant ce temps, «le parc d’usines au Canada continue de vieillir». «La concurrence est ailleurs dans le monde. C’est ce sur quoi on doit se jalonner pour dire: est-ce que je suis là pour l’avenir ou je suis un restant du passé qui est appelé à disparaître?», a-t-il conclu.