Alors que le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour entre dans sa quatrième semaine, le syndicat ouvre la porte au soutien financier du public qui peut maintenant effectuer un don en ligne.

ABI: dons par cartes de crédit acceptés

Bécancour — Alors que le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour entre dans sa quatrième semaine, le syndicat ouvre la porte au soutien financier du public qui peut maintenant effectuer un don en ligne sur le site Internet des Métallos.

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«Ce n’est pas vraiment parce qu’on a un besoin, mais ça vient plus d’une demande qu’on avait de certaines personnes», a confié au Nouvelliste le président de la section locale 9700, Clément Masse.

Selon lui, cette nouvelle méthode permet d’accueillir plus facilement les dons d’individus, par l’entremise de carte de crédit. Les sommes sont acheminées directement dans le compte dédié au soutien des lockoutés.

Depuis le début du conflit le 11 janvier, les appuis sont surtout venus d’autres organisations syndicales, au moyen de leurs cotisations ou de leurs fonds de défense. Chaque syndiqué en lock-out reçoit une prestation hebdomadaire de 500 dollars et cette somme est évidemment appelée à être ajustée à la hausse.

«Nous recevions des demandes de citoyens qui voulaient nous aider à titre personnel et nous voulions leur faciliter les choses. C’est touchant de voir la solidarité s’exprimer comme ça, sous forme d’appuis et de dons. L’entreprise espère essouffler les travailleurs en nous privant de revenus. Chaque don qui rentre nous aide à tenir le temps qu’il faut pour négocier un contrat équitable», poursuit-il.

Concrètement, les lockoutés peuvent compter sur un montant fourni par le Fonds de grève du Syndicat international des Métallos et un autre fourni par le Fonds de grève et de défense du district 5 (Québec). Ces montants sont financés par les cotisations aux Fonds de grève tout au long de l’année et n’ont pas à être remboursés. À ces montants s’ajoute une portion issue du Fonds de défense professionnelle de la section locale, où sont acheminés les dons.

Quant aux contributions du public, elles peuvent aussi être envoyées à l’adresse suivante: Métallos SL 9700 FDP, à l’attention de Éric Moore, secrétaire financier, Syndicat des Métallos, section locale 9700, 8310, rue Désormeaux, Bécancour (Québec) G9H 2X2.

«On le fait parce que je parle à beaucoup de monde ces temps-ci. Les gens m’appellent parfois pour un tout autre sujet et ils me demandent comment faire pour nous aider. Moi, je ne ramasse pas l’argent du monde. J’ai regardé avec les Métallos ce qu’on avait. C’est comme un don pour n’importe quel organisme. On avait vraiment une demande de citoyens pour nous aider», justifie M. Masse.

À son avis, cette sympathie du public relève du fait qu’il s’agisse d’un lock-out. «C’est odieux. C’est différent d’une grève. C’est vraiment l’employeur qui a pris la décision de nous mettre à la rue. Et en contrepartie des rabais pour l’électricité, l’employeur devrait négocier de bonne foi et revenir à la table. Les gens sont sensibles à notre discours. Les appuis individuels, c’est un phénomène que je n’avais pas vu vraiment en 2004. Les réseaux sociaux incitent les gens à faire des dons personnels», observe-t-il.

D’ailleurs, celui-ci dit ne pas se souvenir d’une pareille opération lors de la grève d’il y a 14 ans. «Je ne sais pas si la technologie le permettait», raconte le président Masse.

Or, si le don en ligne est maintenant mis en place, «ce n’est pas parce qu’on pense que ça va être long, mais c’est plus pour répondre à une demande qu’on avait», tient-il à signaler.

Ce dernier dit davantage miser sur la mobilisation des différentes instances syndicales. «C’est plus là-dessus qu’on va pouvoir financièrement faire une longue lutte. Mais ce n’est pas un objectif de faire une longue lutte. L’objectif, c’est de ramener l’employeur à la table. Moi, j’espère que ce ne sera pas long», admet-il.

Par ailleurs, M. Masse se dit encouragé non seulement par l’argent reçu, mais par la mobilisation déployée. «Ça démontre que le geste de l’employeur n’avait pas de commune mesure avec ce qui nous séparait à la table et ça met de la pression sur l’employeur pour venir se rasseoir et finir de négocier ça», affirme-t-il.

Selon le professeur Jean-Claude Bernatchez, de l’École de gestion de l’UQTR, le fait que le syndicat sollicite des dons en ligne est tout à fait correct. «C’est un soutien financier adapté aux nouvelles technologies d’information», fait-il remarquer.

À savoir si cette approche risque de lancer comme message un long conflit, il juge difficile d’en prédire la durée. Ce spécialiste des relations industrielles rappelle que la condition préalable à un règlement est la reprise des négociations. «Le temps fera normalement son œuvre. La capacité des cadres de faire fonctionner pendant longtemps 240 cuves est aussi une question à se poser. Leur fatigue pourrait inciter l’employeur à réduire ses exigences», pense-t-il.

À la limite, dit-il, si aucune partie ne fait de compromis, si le prix de l’aluminium sur le marché baisse, si l’employeur peut substituer la capacité d’ABI dans d’autres de ses usines et si les cadres ne sont plus en mesure de faire fonctionner le tiers de la capacité productive de l’aluminerie, celle-ci fermera.

«Pour le moment, je crois toujours que les probabilités favorisent la pérennité de l’ABI», a conclu M. Bernatchez.