Le conflit à l’ABI se transporte maintenant à Pittsburgh.

ABI: demande de rencontre en haut lieu

Bécancour — Déclenché le 11 janvier dernier, le lock-out à l’Aluminerie de Bécancour va-t-il se régler en sol américain? C’est du moins la possibilité que vient d’offrir le médiateur spécial Lucien Bouchard à la partie syndicale, au terme d’une rencontre tenue vendredi.

En effet, l’ancien premier ministre du Québec a suggéré au Syndicat des Métallos de demander une rencontre à Pittsburgh avec les plus hautes instances de la compagnie dans le but de bien comprendre la position des parties et d’explorer des avenues de règlement.

De son côté, le médiateur va appuyer la demande syndicale auprès de la compagnie. S’il est invité par les deux parties, il sera présent à la rencontre.

«Nous sommes d’accord avec la suggestion du médiateur et entamerons les démarches en ce sens», affirme le président de la section locale 9700 Clément Masse.

Pour sa part, la gestionnaire des communications et affaires gouvernementales pour Alcoa Canada, Anne-Catherine Couture, a fait savoir que la demande de rencontre sera évaluée. «La médiation se poursuit», a-t-elle simplement indiqué.

Le professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez, perçoit cette annonce comme étant positive pour le conflit de travail qui dure depuis janvier.

«Si on regarde la tradition québécoise en matière de conflit industriel, de lock-out ou de grève, habituellement, après six mois, ça passe ou ça casse», indique M. Bernatchez. Or, selon lui, le fait que le Lucien Bouchard accepte d’appuyer la demande syndicale est signe que le syndicat a pu faire des compromis quant à la négociation. «Est-ce que l’employeur est prêt à en faire? Probablement, car ils ont une usine et ils perdent de l’argent», soutient-il. 

M. Bernatchez croit également que la livraison d’anodes qui a eu lieu cette semaine à l’ABI signifie une volonté de règlement de conflit de la part de l’employeur. «On ne commande pas d’anodes pour fermer l’usine, on se situe avec cette commande dans une perspective de continuité de production». 

En somme, le choix du syndicat de suivre les conseils de Lucien Bouchard et le chargement d’anodes livré récemment pointent vers la bonne direction pour l’ABI, selon le professeur à l’UQTR. «Tout ça me laisse dire qu’on est loin de la fermeture», a-t-il affirmé. 

Tant le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois, que le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, voient d’un bon oeil cette nouvelle approche.

«Ce qui m’inquiète, c’est quand les gens arrêtent de se parler. Tant que les gens se parlent et que le canal reste ouvert, peu importe la façon, ça ne peut qu’être positif. J’ai toujours pensé que ce conflit était bien au-dessus d’une question locale. ll y a une question d’ordre bien plus général et fondamental. C’est sérieux ce qui se passe là. Cela a des retombées extrêmement importantes. Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Au moins, ça bouge», a confié le premier magistrat.

Quant au député caquiste, il dit espérer que «le syndicat va prendre la porte qui est ouverte». «Ça fait longtemps que le conflit dure, on est au septième mois. Si le syndicat a moins confiance à la partie québécoise de l’entreprise, ils ont une opportunité d’aller rencontrer les gens à Pittsburgh. Tout ce que je souhaite, c’est que ça se règle le plus rapidement possible. Si M. Bouchard a proposé ça, c’est parce qu’il voit là une opportunité de faire avancer les choses. J’espère que le syndicat va prendre la proposition qui leur est offerte», a-t-il conclu.