Au lendemain du rejet massif de la dernière offre patronale, les syndiqués sont unis plus que jamais, et ce, même s’ils sont en lock-out depuis maintenant 14 mois.

ABI: «Ç’a galvanisé nos troupes»

TROIS-RIVIÈRES — Au lendemain du rejet massif de la dernière offre patronale, les syndiqués de l'Aluminerie de Bécancour sont unis plus que jamais, et ce, même s’ils sont en lock-out depuis maintenant 14 mois.

Selon le président du syndicat, Clément Masse, l’assemblée générale de lundi, à la conclusion de laquelle 829 des 926 membres de la section locale 9700 des Métallos ont voté contre la proposition de la direction de l’usine dans une proportion de 82 %, a eu un effet positif sur le moral.

«Ç’a galvanisé nos troupes. Il y avait 90 % du membership qui était là. Ça se sentait dans la salle que les gens voulaient une entente qui nous respecte. Il y en avait qui avaient des craintes qui ont posé des questions et nous les avons rassurés [...] Ça lance un message clair à l’employeur que c’est par la négociation que le conflit va se régler», a répété le dirigeant syndical mardi matin. Par contre, il a tenu à préciser que le lock-out n’était toujours pas fini et que le récent développement ne constituait pas une fin en soi.

«On n’a pas à fêter ce résultat», a-t-il poursuivi avant d’indiquer qu’il associait plutôt la manifestation de joie à la suite du dévoilement des résultats du scrutin secret à un soupir de soulagement.

Dans sa volonté de résoudre le long conflit de travail qui a des impacts sur l’ensemble de la région, le syndicat envisage la possibilité de présenter une contre-offre à la partie patronale. Selon M. Masse, les membres des comités exécutifs et de négociation ont déjà une petite idée de son contenu.

«Il y aura des réunions au cours des prochains jours, mais on sait déjà vers quoi on s’en va», a-t-il mentionné.

Dans cette optique, le syndicat demande au ministre du Travail et député de Trois-Rivières, Jean Boulet, d’attendre quelques jours avant de présenter son hypothèse de règlement. Le principal intéressé répond positivement à cet appel du syndicat.

«J’accueille favorablement cette volonté du syndicat. C’est l’étape suivante logique [de déposer une contre-offre] dans un processus de négociation. Je suis prêt à attendre quelques jours. Je les laisserai travailler», a déclaré M. Boulet.

En ce qui a trait à la possibilité que des représentants syndicaux puissent rencontrer le premier ministre François Legault, le ministre considère que c’est son chef qui décidera si une rencontre aura lieu. Il assure cependant qu’il est très au fait de cet épineux dossier et qu’il en discute quasi quotidiennement avec lui. Par contre, il n’est pas question selon lui que cet entretien serve de point de départ d’une possible renégociation du contrat d’approvisionnement en électricité conclu entre l’Aluminerie de Bécancour (ABI) et le gouvernement libéral en 2008. Selon le syndicat, cette entente confère un avantage à la direction dans le présent conflit de travail.

«Il est très au courant de ce que nous avons fait dans ce dossier depuis notre élection. S’il juge opportun de les rencontrer, on le fera. Mais il faut préciser que nous sommes dans un contexte de négociation de conventions collectives et non de négociation de contrat d’électricité. Les tarifs et la clause de force majeure, ça n’a jamais fait partie du processus et il n’est pas question de renégocier ça», a insisté le ministre Boulet.

Appelée à commenter l’intention du syndicat de présenter une contre-offre, la direction du complexe industriel qui constitue le plus important employeur privé de la région s’est contentée de répondre à la demande du Nouvelliste en faisant parvenir exactement la même courte déclaration qu’elle avait envoyée après le dévoilement des résultats lundi soir.

«La direction d’ABI est déçue que le syndicat ait rejeté une offre juste et compétitive. La ratification de l’offre aurait mis fin au conflit de travail avec un plan de reprise des opérations», pouvait-on lire dans l’envoi.

Une bonne idée du syndicat, selon un spécialiste

Professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Jean-Claude Bernatchez, considère que la décision du syndicat de préparer une contre-offre constitue une bonne idée. Selon lui, cette initiative constitue un bon moyen de remettre les parties en mode discussion.

Il n’est cependant pas convaincu que le rejet massif de lundi ait comme effet de faire pression sur l’entreprise afin qu’elle mette de l’eau dans son vin. Tout comme lorsqu’il a affirmé qu’une fermeture temporaire de l’usine était possible, il se base sur son analyse des récents résultats financiers de l’entreprise afin d’y aller de cette affirmation.

«La crise de confiance qui régnait en novembre 2017 à la fin de la convention collective, il n’y a rien qui me permet de dire qu’elle est moindre qu’avant. [...] Mais si l’employeur a à changer d’attitude pour une d’acceptation et de flexibilité, c’est le temps ou jamais. Ils sont rendus à une croisée des chemins», a-t-il imagé.

En ce qui concerne la qualité des installations bécancouroises, il ne possède pas l’expertise nécessaire afin de confirmer ou infirmer les affirmations des dirigeants syndicaux voulant que l’ABI constitue encore et toujours une usine hautement productive et efficace. Il reconnaît tout de même que les dirigeants semblent tenir à cette usine.

«L’ABI est l’une des usines les plus vieillies techniquement du groupe d’alumineries du Québec. Il est possible qu’elle soit tout de même encore très productive, mais ça prendrait l’opinion de l’employeur malgré ce que dit le syndicat», a-t-il noté.