Une mauvaise nouvelle attendait lundi la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour avec l’abandon du ProjetBécancour.ag.

Abandon du ProjetBécancour.ag et de l'investissement de 1,3 milliard $

BÉCANCOUR — Une véritable bombe économique est tombée lundi sur Bécancour alors que le projet de construction d’une usine combinée de production de méthanol et d’urée de ProjetBécancour.ag, évalué à 1,3 milliard de dollars, est annulé par les promoteurs.

«Cette décision a été prise d’un commun accord entre tous les actionnaires en raison de l’impossibilité à réaliser l’approche de construction prévue, malgré nos efforts de négociation, d’en arriver à une entente IAC (Ingénierie, Approvisionnement, Construction), ce qui nous aurait permis d’obtenir un prix fixe pour la réalisation du projet et ainsi, diminuer le risque des promoteurs», peut-on lire dans un communiqué de presse.

Cette décision, dit-on, a été prise afin de protéger l’investissement des partenaires, qui incluait, entre autres, de l’argent public et celui des coopératives agricoles. 

«Nous avons pris cette difficile décision en raison de l’impossibilité à réaliser l’approche de construction prévue, qui visait à obtenir un prix ferme pour l’ingénierie, l’approvisionnement et la construction. Malgré une démarche d’appel d’offres dans les règles de l’art, les résultats n’auront pas permis d’en arriver à une option viable pour le projet», explique Benoît Bessette, porte-parole de ProjetBécancour.ag. 

ProjetBécancour.ag s’appuyait sur une révision d’un concept développé par IFFCO Canada en 2014 pour la construction d’une usine d’urée. À l’époque, le projet avait été mis en veilleuse en raison de divers changements et de conditions économiques défavorables qui rendaient sa rentabilité incertaine. Cette deuxième mouture du projet redémarrait sur des bases plus solides grâce à l’arrivée d’un nouveau partenaire, Développement Nauticol Québec, ainsi qu’une nouvelle stratégie en deux volets. 

Le premier volet de cette stratégie était de combiner en une seule usine la production d’urée et de méthanol afin d’utiliser les rejets du méthanol pour produire l’urée. Cette intégration avait le double avantage de diminuer l’empreinte environnementale du projet en plus de diminuer le risque financier, étant donné les cycles économiques complémentaires des deux produits. 

«Tous les indicateurs nous démontrent que ce volet de stratégie était le bon choix. Grâce à ce projet, nous aurions été en mesure de remplacer l’urée et le méthanol actuellement importés au Québec et dans l’est du Canada, tout en émettant 32 % moins de gaz à effet de serre», a déclaré M. Bessette.

Le deuxième volet était de miser sur la formule IAC pour la réalisation du projet. Ce choix devait permettre une réalisation du projet en mode accéléré tout en permettant de mieux contrôler la qualité du projet et les coûts. Selon M. Bessette, c’est ce volet qui a posé problème.

«Les réponses que nous avons obtenues ne nous ont pas permis de mettre en œuvre cette formule. Nous sommes surpris et déçus de cette situation, particulièrement parce que cette formule avait récemment été utilisée avec succès par les partenaires dans un projet similaire. Nous sommes vraiment désolés de la tournure des événements. Nous n’aurions pu espérer obtenir un meilleur accueil par la communauté de Bécancour qui était favorable au projet à plus de 79 %, selon un sondage réalisé au printemps dernier par la firme CROP», admet-il. 

Le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, s’est dit étonné de cette décision. Celui-ci savait qu’il y avait des délais additionnels par rapport aux audiences publiques du BAPE qui devaient avoir lieu en septembre. «Elles étaient reportées pour des raisons techniques parce qu’on voulait peaufiner les plans et devis et être mieux en mesure de répondre aussi aux attentes environnementales», a-t-il indiqué.

«La mise en plan devait être complétée, on parlait de quelques mois additionnels. On sait qu’il y avait toute une réflexion avec des ententes potentielles pour des chercheurs pour limiter les gaz à effet de serre. Ça, c’est le scénario qu’on connaissait», renchérit M. Richard.

Ce dernier rappelle que les promoteurs avaient leurs propres terrains dans le parc industriel. «Il y a des millions de dollars investis par des partenaires sérieux. C’était un dossier en relance. On était favorable. Il y a eu beaucoup de rencontres avec le milieu, les autorités de la Ville et de la région. Ce dossier-là était sur les rails mais les promoteurs viennent de prendre une décision qu’ils abandonnent le projet», poursuit-il. 

Pour le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, «c’est décevant, d’autant plus que je savais la controverse qu’il pouvait y avoir dans ce projet-là». «J’ai accepté de le défendre parce que je croyais que d’un point de vue environnemental, ça se défendait et d’un point de vue économique, un investissement de 1,3 milliard dans la région, ça aurait eu des répercussions extrêmement favorables», affirme-t-il.

Pourtant, il pensait que tout allait bien. «J’ai eu quand même un petit indice il y a quelques semaines quand on m’a informé qu’ils avaient demandé un report pour l’audition au BAPE. C’est décevant, mais il faut continuer à trouver d’autres projets», a ajouté M. Martel.

Selon lui, il s’agissait d’un beau projet avec des partenaires très sérieux comme la COOP fédérée. «Ce qu’on m’a dit, c’est que les coûts de construction étaient trop élevés. On ne peut pas les forcer», a-t-il laissé échapper.

Comme député et membre du gouvernement, Donald Martel se montre très prudent avant de s’emballer. «Trop souvent, on a eu des annonces qui ne se sont pas réalisées. J’aime mieux pour le moment travailler plus de façon discrète et quand on va annoncer de quoi, que ça se réalise», a-t-il fait savoir.

Car jusqu’à 840 emplois devaient être créés pendant la construction et environ 200 personnes devaient être en poste par la suite. On évaluait les retombées économiques pour le Québec à 438 M $ pendant les travaux de construction et à 72 M $ pendant la mise en opération de l’usine.

Or, une coalition citoyenne, Alternatives Bécancour, s’opposait à ProjetBécancour.ag, considérant que le projet allait à l’encontre des engagements climatiques du Québec, avec l’émission de plus de 630 000 tonnes de gaz à effet de serre par année.

«Cette décision d’arrêter le projet d’usine d’urée est la meilleure selon moi. Ce fertilisant à base fossile, qui court-circuite le cycle biogéochimique de l’azote, qui émet encore des gaz à effet de serre dans les champs, n’est certes pas une idée soutenable en 2019», a réagi un porte-parole de la coalition, Marc Brullemans, tout en se demandant si la COOP fédérée allait revenir à la charge plus tard ou «si elle fera définitivement un deuil de la production d’urée québécoise».