Zouina (à gauche) et Vincent, deux des six participants du projet EcoUse, qui vise à remettre en état des batteries au lithium et les intégrer à des étuis de téléphone intelligent.

54 heures pour accoucher d’une entreprise

SHAWINIGAN — Vendredi dernier, alors que commençait le Startup Weekend au Digihub de Shawinigan, Zouina, Nicolas, Kevin, Élianne, Karine et Vincent ne se connaissaient pas. En à peine 54 heures, ils ont toutefois développé un esprit d’équipe, mis sur pied un projet d’entreprise et développé un produit inusité.

«On a formé l’équipe à 21 h, vendredi, et on a fait un brainstorm sur un projet qui ne marchait pas, raconte Vincent, étudiant en administration à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Alors on a viré à 180 degrés et on a monté un projet pour réutiliser les batteries de cellulaire au lithium. On sait que lorsque les batteries de téléphone sont jetées, il leur reste encore 80 % de leur puissance. On reconditionne les batteries et on les intègre dans des étuis à téléphone qui sont rechargeables.»

L’idée de ce projet, baptisé EcoUse, vient de Zouina, chercheuse postdoctorale au Centre national en électrochimie et en technologies environnementales (CNETE) de Shawinigan. Son idée de départ était liée au rechargement des voitures électriques par énergie solaire, un projet que les six comparses ont finalement mis de côté, le jugeant trop compliqué et ambitieux pour le développer en si peu de temps.

C’est l’intention derrière le Startup Weekend: mettre en relation des gens, principalement des jeunes, attirés par l’entrepreneuriat et curieux d’en faire l’expérience, et leur permettre de créer un projet entrepreneurial, tout en recevant aide et conseils de mentors. De vendredi à dimanche, une soixantaine de participants ont pris part à cette troisième édition de la mouture shawiniganaise de l’événement.

«Les gens arrivent le vendredi soir et présentent leur idée de projet, explique David Brouillette, facilitateur au Startup Weekend, entrepreneur et enseignant au Cégep de Trois-Rivières. Les gens votent pour les 10 meilleures idées et les équipes se forment selon les intérêts de chacun. Ensuite, ils discutent de tous les aspects des projets et ils doivent faire un pitch final dimanche.»

Parmi les projets présentés au cours de la fin de semaine, notons, en plus de celui d’étui à téléphone avec batterie rechargeable intégrée, un réseau de distribution de bière, une entreprise en boucherie se voulant «la prochaine Fernandière» et des rations de survie véganes destinées aux randonneurs.

Première expérience entrepreneuriale

L’idée est de présenter un projet aussi près que possible d’une véritable entreprise et de convaincre le jury chargé d’évaluer le projet de sa viabilité. En plus du produit à développer, il faut donc penser à sa rentabilité et à sa visibilité, en créant par exemple une page Facebook et un site internet.

«Le but n’est pas de créer une entreprise, mais de vivre une expérience entrepreneuriale, souligne M. Brouillette. C’est très éducatif, ils apprennent les rudiments de comment bâtir une entreprise, avec des coachs qui les aident. Mais il arrive que des entreprises créées dans des Startup Weekend continuent après.»

Les dix équipes en compétition couraient la chance de remporter l’un des trois prix offerts par les organisateurs de l’événement. D’une valeur de 15 000 $, ces prix comprennent des formations en lancement d’entreprise, des forfaits de coworking et un dîner-conférence. Le premier prix a été remis au projet Smart Gorilla, un concept de repas santé pour le plein air en sachets compostables. Mais même si son équipe ne remporte aucun prix, David Brouillette estime que chaque participant en ressort gagnant.

«On voit des gens développer des compétences, mais également leur savoir-être, témoigne-t-il. On a un jeune qui est arrivé ici super gêné, mais aujourd’hui (dimanche), il parle aux gens et prend sa place dans son équipe. C’est ce qui me fascine le plus, des fois, on voit vraiment une amélioration chez eux.»

Pour bon nombre de participants, cette expérience est d’ailleurs leur premier véritable contact avec le monde entrepreneurial, en dehors des cours qu’ils suivent ou ont suivis à l’université ou au cégep. Si la plupart viennent de la région, principalement de Shawinigan et de Trois-Rivières, il arrive que des participants viennent de l’extérieur de la région. C’était le cas cette année, avec 19 étudiants en Techniques de l’informatique au Cégep de Sorel-Tracy qui ont fait la route jusqu’à Shawinigan pour vivre cette expérience.

«Ça s’inscrit dans leur cours d’introduction à la profession, puisque l’entrepreneuriat fait partie des possibilités qui s’offrent à eux», indique Jean-Philippe Hébert, professeur au Cégep de Sorel-Tracy. Ce dernier est d’ailleurs familier avec le Digihub de Shawinigan, puisqu’il s’en est inspiré pour créer un espace similaire au sein de son établissement d’enseignement.

«C’est un écosystème qu’on veut reproduire à Sorel-Tracy. Les deux villes ont un profil semblable, dans le sens où nous aussi, on a de grandes entreprises dont certaines ont fermé ou coupé des postes. Le Cégep serait impliqué, mais on attend que la ville aussi s’implique, ça prend une volonté politique.»