Pierre Blanchet
Pierre Blanchet

«24 000 $, c’est ce que ça prend»

Trois-Rivières — Le contexte de la crise de la COVID-19 peut représenter une fenêtre intéressante pour revendiquer un revenu viable au Québec, mais encore faut-il que le milieu politique ait la volonté de régler cette question.

Coordonnateur du Groupement pour la défense des droits sociaux de Trois-Rivières, Pierre Blanchet mentionnait il y a environ deux mois que les prestations d’aide sociale devraient être rehaussées à 1500 $ par mois afin de permettre aux gens de bénéficier d’un revenu annuel de 18 000 $. Ce montant se rapproche de la mesure du panier de consommation, mais M. Blanchet reconnaît d’emblée qu’un revenu viable de 24 402 $ amènerait une personne à aller au-delà de ses besoins de base.

«Le montant du panier à la consommation n’est pas si élevé, car on ne prend pas l’aspect de la réalisation de soi. On ne parle pas de trouver sa place dans la société comme la personne le souhaiterait, de se réaliser, de changer ses conditions de vie en recommençant un parcours professionnel. Peu importe l’endroit où on est, on a besoin de se réaliser. C’est un aspect pour vivre dignement. Le revenu viable permet d’aller plus loin. C’est la différence entre survivre et vivre dignement.»

Selon lui, le revenu viable permettrait à une personne de faire face à certains investissements reliés à de la formation professionnelle. D’autres personnes seraient moins coincées financièrement lorsqu’elles doivent composer avec un handicap ou un problème de santé majeur.

Sylvie Tardif

«C’est un bon moment, actuellement, de réfléchir à la fin de la pauvreté, à savoir ce qu’on veut comme société par rapport aux besoins des personnes. Mais ça prend toutes sortes de calculs pour financer la chose. Et ça prend de la volonté politique.»

La volonté politique, c’est aussi l’ingrédient soulevé par Sylvie Tardif pour permettre de relever les conditions de vie des plus démunis, elle qui souligne que très peu de mesures ont été mises en place pour les assistés sociaux durant la pandémie.

«Dans les 24 000$ de l’IRIS, on calcule des activités de loisirs, de culture. C’est ce que ça prend pour être comme n’importe qui dans la société. Il faut viser ce montant, mais je doute qu’on y arrive à court terme. Et encore plus dans la situation actuelle. Quand ça va reprendre, on sera dans des années d’austérité», croit la coordonnatrice de Comsep.

Mme Tardif sait très bien que les besoins sont criants pour les plus démunis. La pauvreté et l’isolement de nombreuses personnes âgées, la difficulté pour les assistés sociaux de se projeter dans l’avenir, la maladie qui frappe sont trop souvent leur quotidien dépourvu d’espoir.

«24 000 $, c’est ce que ça prend. Mais si on avait comme revenu la mesure du panier de consommation, on aurait un gros pas de fait et des gens en situation de pauvreté seraient contents.»

«L’argent ne fait pas le bonheur, rappelle Pierre Blanchet. Mais il y contribue en grande partie.»