L’Aluminerie de Bécancour amorce une ronde d’embauche alors que 150 emplois sont disponibles.
L’Aluminerie de Bécancour amorce une ronde d’embauche alors que 150 emplois sont disponibles.

150 emplois disponibles à l’ABI

Bécancour — Alors qu’il y a un an, le conflit à l’Aluminerie de Bécancour s’enlisait plus que jamais, voilà que l’entreprise poursuit son redémarrage en y allant même d’une offensive de recrutement pour 150 emplois disponibles.

«ABI tiendra une journée carrière le 8 février prochain à l’Auberge Godefroy de Bécancour afin de combler 150 postes occasionnels aux conditions de travail avantageuses d’ici le mois de mai prochain. Les candidats ont jusqu’à vendredi, le 7 février, pour s’inscrire sur la plate-forme Web: emploiABI.com. Ensuite, près de 250 personnes sélectionnées seront convoquées en première entrevue par l’équipe de recrutement. Au début de l’été 2020, le nombre d’opérateurs et de techniciens devrait être porté à environ 975», confirme la conseillère aux communications à l’ABI, Emilie Boissonneault. Au déclenchement du lock-out il y a deux ans, l’usine comptait 1033 travailleurs syndiqués.

Éric Drolet

«Pour quelqu’un qui n’est pas au courant du dossier de l’Aluminerie de Bécancour, ça pourrait paraître une bonne nouvelle en soi. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle, mais c’était une nécessité, suite aux départs à la retraite. Si on ne remplaçait pas une bonne partie des départs à la retraite, l’usine ne fonctionne pas. On est dans le nécessaire, on n’est pas dans le superflu au niveau de l’embauche», a tenu à faire savoir le président par intérim de la section locale 9700 du Syndicat des Métallos, Éric Drolet.

Selon lui, cette vague d’embauche servira possiblement aussi à «éponger en petite partie les départs à la retraite futurs». «Présentement, ce que ça me laisse présager, c’est que la formation et la durée de formation ne suffiront pas pour réussir à éponger ce déficit-là. Autrement dit, les départs à la retraite vont être plus rapides que réussir à former les gens d’ici au printemps et à l’été avec la période des vacances», confie-t-il comme préoccupation.

Jean-Guy Dubois

«Nos formateurs travaillent fort. Ce n’est pas évident parce qu’on a des problèmes avec le nouveau programme de formation et l’employeur est plus ou moins à l’écoute, faisant plutôt à sa tête à ce niveau-là. Présentement, on travaille fort, il y a des places où ils ont coupé de 33 % et de 50 % le temps de formation. Ça nous inquiète un peu. C’est l’un des gros dossiers qu’on fait en parallèle avec l’embauche des nouveaux», renchérit M. Drolet.

C’est sûr, dit-il, «qu’on accueille ça quand même d’une façon positive dans la mesure que ce sont des nouveaux travailleurs qu’on est content de voir, parce que nos gens à l’intérieur commencent à être essoufflés aussi».

Jean Boulet

Pour le maire Jean-Guy Dubois, la reprise des opérations, combinée à ces nouvelles embauches à l’ABI, a pour effet de «changer complètement l’humeur économique de Bécancour». Et à chaque fois, il se fait un devoir d’aller rencontrer les nouvelles cohortes d’employés pour leur vendre les avantages de s’installer dans sa ville. «C’est très sécurisant de voir ce qui se passe», a-t-il commenté.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, accueille favorablement la démarche du «plus grand employeur privé de la région».

Donald Martel

«J’avais rencontré la direction d’ABI en décembre, et on m’avait mentionné qu’à la mi-janvier, ils anticipaient l’embauche de 150 personnes. Il y en a 150 qui ont quitté durant le conflit et 50 depuis la signature, soit pour la retraite ou autre chose. Pour moi, c’est une excellente nouvelle. Et la Mauricie, de par notre proximité à ABI, va pouvoir être un bassin de recrutement intéressant. Et si ABI avait des besoins spécifiques, dans le contexte notamment de ma Grande Corvée, on sera en mesure de leur donner un coup de main», a-t-il indiqué.

À son avis, ces embauches vont permettre de stimuler l’économie de la Mauricie et du Centre-du-Québec. «ABI a des activités qui contribuent de façon importante annuellement au PIB québécois, et comme la majorité des retombées se concentrent dans la région, c’est prometteur», poursuit le ministre Boulet.

Jean-Claude Bernatchez

Pour sa part, le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard, a appris que les choses allaient rondement à l’ABI alors «qu’ils sont en train de compléter leurs équipes de travailleurs». Une lecture de la situation partagée par le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

«C’est une chance incroyable pour des gens de la région d’avoir un emploi bien rémunéré comme ça. C’est excellent pour l’économie. Et ça confirme un peu tout ce qu’on a dit tout au long du conflit à l’effet que c’était un joueur majeur au niveau de l’économie de la région dont on ne pouvait se passer. Maintenant, je trouve ça intéressant pour les perspectives d’emplois de ces jeunes-là, mais en même temps, c’est important de profiter de l’occasion pour améliorer la productivité de l’entreprise. Il y a des investissements à faire et je souhaite que la compagnie se tourne vers ça bientôt», a-t-il déclaré.

De son côté, le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez, croit que cette phase de recrutement augure «fort bien» pour la pérennité de l’usine.

Si à ses yeux celle-ci s’explique par le contexte général d’une rareté de main-d’œuvre, il y a tous ces départs survenus durant le conflit à l’ABI et les autres qui sont à venir.

«La relance de l’usine commande de nouveaux effectifs et le travail en aluminerie exigeant une formation de plusieurs semaines, on n’attend pas qu’un poste se libère avant de remplacer son titulaire. Cet exercice doit être planifié à l’avance», conclut le spécialiste.