Sans ses animaux et avec ses plates-bandes laissées à l’abandon, le Zoo de Saint-Édouard affiche des airs de désolation.

Zoo de Saint-Édouard: «où sont les animaux?»

SAINT-ÉDOUARD-DE-MASKINONGÉ — Alors que le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard, Normand Trahan, a pu retrouver l’accès à sa propriété, en attendant de faire face à la justice, la SPCA de Montréal refuse de dévoiler où ont été déplacés les animaux qui ont été perquisitionnés ou si elle a reçu des compensations financières pour certains d’entre eux. Pendant ce temps, ils sont plusieurs à s’inquiéter de la sécurité et du bien-être des bêtes durant l’opération, tout comme des chances de relance des activités du zoo à la fin des procédures judiciaires.

«Le mandat de perquisition n’explique d’aucune façon où s’en vont ces animaux-là, comment le transport va se faire et en quoi c’est la meilleure solution», déplore Me Michel Lebrun, avocat de M. Trahan. «Où sont rendus les animaux? Ont-ils eu des donations des organismes qui les ont reçus? Il y a des animaux qui avaient une très grande valeur là-dedans. On ne sait pas où ils sont. Il y a des animaux qui en avaient moins, ils ont eu plus de difficulté à les sortir», remarque-t-il, en soulignant l’opacité des façons de faire de la SPCA de Montréal.

«Que ce soit dans n’importe quelle institution, on ne déménage pas ça des animaux», affirme de son côté Jacinthe Bouchard, propriétaire de Zoo académie, à Nicolet, qui suit l’affaire du Zoo de Saint-Édouard depuis le début. Contrairement aux animaux domestiques, les animaux de zoo, tous comme les animaux sauvages, ne supportent pas d’être transportés, fait-elle valoir. Cela crée un stress et suscite chez eux des mouvements de panique qui peuvent être fatals, continue Mme Bouchard. Tout comme le recours à la sédation comporte de grands risques, maintient-elle.

Par ailleurs, Mme Bouchard a procédé elle-même à deux inspections du Zoo de Saint-Édouard depuis sa fermeture. Elle soutient en avoir davantage à dire contre les pratiques de la SPCA depuis qu’elle a investi les lieux que contre la façon d’opérer de Normand Trahan. «[La SPCA] donnait des poitrines de poulet aux oiseaux de proie, tu peux les tuer avec ça. Il y avait des sacs de plastique avec les ours, c’était épouvantable», s’indigne-t-elle, et d’ajouter que «ça faisait trois mois que le kangourou était encore dans son petit parc en dedans et qu’il fallait le sortir au soleil».

Si elle concède que tout n’était pas parfait auparavant, Mme Bouchard continue de qualifier de ridicules les accusations de cruauté et de négligence qui pèsent contre Normand Trahan. Selon elle, les problèmes étaient surtout reliés aux infrastructures et le propriétaire avait davantage besoin d’aide que d’autre chose. «Si tout ce qu’ils prétendent était vrai, il y a longtemps que les animaux seraient morts», soutient-elle.

Mme Bouchard s’inquiète par ailleurs pour le sort des animaux si ceux-ci devaient être rapatriés, donc de nouveau soumis à un épisode de déménagement, au terme des procédures judiciaires.

Tous les animaux du Zoo de Saint-Édouard ont été déplacés.

Quel avenir pour la municipalité?

La fin de la présence de la SPCA de Montréal à Saint-Édouard vient sceller de façon symbolique la destinée du zoo à court et moyen termes. Une affiche indique d’ailleurs que «le zoo est fermé pour la saison». Sans ses animaux et avec ses plates-bandes laissées à l’abandon, le lieu a des airs de désolation.

Pour le maire de Saint-Édouard, Réal Normandin, l’avenir de la municipalité passe inévitablement par la diversification. Si quelqu’un se montre intéressé par la relance du zoo, il craint que celui-ci ait à montrer patte blanche auprès des autorités. «Il ne travaillera pas sous une loupe, ça va être sous un microscope», image-t-il.

Par ailleurs, les déboires de Normand Trahan et la fermeture du zoo ont bel et bien eu un impact sur les activités des commerces, souligne le maire de Saint-Édouard, mais celui-ci demeure mineur, tempère-t-il. Il fait remarquer que la municipalité continue d’être avantageusement placée sur une route achalandée, comme en témoignent des statistiques routières récemment relevées par Transport Québec. «On a eu 13 200 véhicules en 14 jours, à la mi-juin, malgré la fermeture du zoo», se réjouit le maire.

Le Zoo de Saint-Édouard est complètement désert.

Des initiatives sont à l’étude pour relancer certaines activités, indique d’autre part M. Normandin. Il évoque la construction d’un préau, qui doit cependant rencontrer la faveur populaire, si le projet doit aller de l’avant. Un nouveau café doit bientôt ouvrir et la course Rushwood devrait attirer une foule significative à la fin du mois, relate le premier magistrat.

Sur un autre front, la municipalité doit maintenant composer avec un indice de dévitalisation revu à la baisse. Ce qui est une bonne nouvelle en soi, concède le maire, s’accompagne toutefois d’une révision, elle aussi à la baisse, de la portion du financement des infrastructures qu’assument les paliers de gouvernement supérieurs.