Du foin a été livré au Zoo de Saint-Édouard, mercredi.

Zoo de Saint-Édouard: «l’État, c’est la SPCA»

Saint-Édouard-de-Maskinongé — «Il y a un changement de garde au niveau de ce qui est l’autorité et dans ce cas, c’est la SPCA de Montréal. Pour ouvrir (le zoo), ça va prendre des animaux. Mais il semblerait que, subitement, ces animaux sont en danger et ils sont pris en charge par la SPCA de Montréal. C’est ce que je déduis des gestes de la SPCA qui agit comme l’autorité gouvernementale, entre guillemets. L’État, ce matin, c’est la SPCA.»

Me Michel Lebrun, avocat de Normand Trahan, ne semble pas se faire d’illusion concernant une possible ouverture du Zoo de Saint-Édouard en 2019. Alors que la SPCA commencera jeudi à retirer un premier groupe d’animaux de l’établissement, soit près d’une cinquantaine, le commerce devra miser sur un nombre raisonnable d’animaux pour espérer avoir une saison touristique au cours des prochains mois. À ce niveau, l’optimisme n’est pas au rendez-vous.

Vingt-quatre heures après l’exécution du mandat de perquisition par la SPCA de Montréal, cet organisme était à Saint-Édouard-de-Maskinongé, mercredi, afin de continuer à dresser l’inventaire des animaux pour déterminer leur condition. Quelque 50 animaux de ferme (chèvres, bovins, poneys, moutons) seront expédiés dans un refuge québécois, car la SCPA a les motifs de croire qu’il y a eu des infractions commises à leur égard. Selon le décompte effectué par la SCPA de Montréal, le zoo compte plus de 200 bêtes.

Me Lebrun affirme avoir pris connaissance d’articles de journaux concernant cet organisme montréalais afin de mieux savoir à qui il a affaire dans cette cause. Il perçoit la SPCA comme étant un organisme militant qui s’oppose aux animaux de ferme et à l’ablation des griffes des chats.

«Pour eux, mettre des animaux en cage, c’est de la cruauté envers les animaux. Dans leur grille d’analyse, une cage, c’est de trop. Il s’agit d’un organisme non gouvernemental, qui a un conseil d’administration, qui a son agenda, qui a ses causes. Un zoo, par définition pour eux, est un organisme qui commet des crimes en maltraitant des animaux. Ils travaillent avec la Humane Society International. Je crois que pour eux, manger un œuf ou boire du lait, c’est de la cruauté envers les animaux. Et c’est eux qui décident des animaux qui vont rester et ceux qui vont sortir de là. L’heure n’est sûrement pas à l’optimisme.»

Me Lebrun rappelle que cet organisme gère l’ensemble de la perquisition lancée mardi. Il prévoit examiner attentivement toutes les composantes du mandat.

«Ce qui se passe actuellement est une confiscation d’une entreprise qui fonctionnait de façon légale. Les gens de la SPCA ont refusé de montrer à M. Trahan la liste des items recherchés et refusent tout accès aux bâtiments où se trouvent les animaux. On lui bloque l’accès. Je suis en train de vérifier la légalité de tout ça. Il faut prendre connaissance du mandat de perquisition, de ce qu’il permet, et il y a les méthodes d’exécution. Il y a des règles là-dessus aussi.»

Normand Trahan et son avocat, Me Michel Lebrun.

Me Lebrun se questionne sur le fait que les actes reprochés à Normand Trahan se terminent en octobre 2018, alors que la SPCA prétend agir présentement pour sauver ces animaux.

«Il semble que ces animaux auraient souffert terriblement depuis six mois, alors que les agents de conservation faisaient des visites avec une certaine régularité, des vétérinaires. On ne remet pas en cause la légitimité du fait qu’il y ait des inspections, qu’il puisse y avoir des infractions, des corrections et des améliorations. C’est ce que M. Trahan essaie de faire depuis qu’il est là, mais il semble qu’on est passé à un autre niveau.»

Capable de faire la différence

Me Sophie Gaillard, directrice de la défense des animaux de la SPCA de Montréal, rappelle que l’organisme est capable de faire la différence entre ses politiques et la loi à appliquer concernant la cruauté animale. Voilà pourquoi elle assure que la SPCA ne considère pas qu’un zoo est un organisme qui commet des crimes en maltraitant des animaux.

«Nous n’avons pas de politique officielle concernant les zoos. On considère que toute institution qui garde des animaux en captivité doit respecter leur bien-être. Les politiques de la SPCA, c’est une chose. L’application de la loi, c’en est une autre. Le travail de nos enquêteurs est de faire appliquer la loi», raconte Me Gaillard en rappelant que l’enquête de la SPCA de Montréal a entraîné le dépôt d’accusations criminelles contre Normand Trahan.

Me Gaillard réagit de la même façon concernant la prétention de Me Lebrun sur le lien entre manger un œuf et commettre de la cruauté animale.

«On peut avoir des positions par rapport à l’élevage industriel pour les animaux, à la production de lait et d’œufs. Quand une pratique est légale, elle n’est pas interdite. On applique la loi.»

Me Gaillard refuse de commenter tout ce qui concerne le mandat de perquisition. Si un tel débat doit être fait, cela se passera lors du procès, affirme-t-elle.

Une vingtaine de membres de la SPCA de Montréal et de la Humane Society International étaient à Saint-Édouard-de-Maskinongé, mercredi, afin notamment de prendre soin des bêtes du zoo.

Il y a un peu plus d’un an, les actions de la SPCA de Montréal concernant une autre organisation mauricienne avaient fait les manchettes. Partisane de l’abolition des activités de rodéo au Québec, la SPCA avait interpellé les commanditaires du Festival western de Saint-Tite pour qu’ils cessent d’appuyer financièrement cet événement, spécialement la partie rodéo.