Après les importants travaux qui ont dû être effectués après l’inondation du printemps 2017, les affaires vont pour le mieux à Zoo Académie, selon la propriétaire des lieux, Jacinthe Bouchard.

Zoo Académie a repris du poil de la bête

NICOLET — Plus d’un an après l’inondation qui l’a prise par surprise, Jacinthe Bouchard, la propriétaire de Zoo Académie, à Nicolet, a tourné la page. Après une pénible bataille avec la Ville de Nicolet, la Ville de Bécancour et le gouvernement du Québec, le zoo-école attire toujours autant de visiteurs et d’élèves.

«Il y a beaucoup de bâtiments qui ont dû être détruits, parce qu’ils ont été trop inondés et on n’a pas eu la permission de les reconstruire à cause des nouvelles réglementations, explique Mme Bouchard. Il a fallu que je convainque les personnes à la ville.»

Parmi ces bâtiments, le plus important est l’écurie, qui permet d’héberger les chevaux et d’entreposer le foin dont un grand nombre d’animaux ont besoin pour se nourrir. Mme Bouchard avait affirmé l’an dernier s’être butée à la résistance de la Ville de Nicolet, dont le service d’urbanisme exigeait que le bâtiment soit reconstruit en dehors de la zone inondable. Or, c’est finalement avec le ministère de l’Environnement et la Ville de Bécancour qu’elle indique avoir eu le plus de problèmes.

«La Ville de Nicolet ne nous met pas de bâtons dans les roues, je pense que la mairesse aime beaucoup ce qu’on fait et je crois qu’elle sait où je m’en vais, confirme Mme Bouchard. Mais pour ce qui est de la législation, ce n’est pas juste au niveau municipal, c’est aussi au provincial, par exemple avec le ministère de l’Environnement. Tous ces acteurs-là se sont amusés à nous achaler.»

L’écurie a finalement été reconstruite là où se trouvait auparavant le stationnement de Zoo Académie, au coût de 150 000 $.

Nouveau contrat d’assurance

Le montant total des dégâts de l’inondation de 2017 s’est finalement élevé à 500 000 $. Heureusement pour Jacinthe Bouchard, le plus gros de cette somme a été remboursé par ses assurances.

«Ils ont été extraordinaires, ils ont été avec nous et nous ont soutenus, souligne-t-elle. La première journée de l’inondation, un conseiller était avec nous, il s’est promené en chaloupe pour nourrir les loups. Ils ont été extrêmement gentils.»

Cette générosité ne se retrouve toutefois pas dans le nouveau contrat d’assurance de Zoo Académie. Il ne couvre plus aucun dégât causé par des inondations.

Mme Bouchard a également dû assumer d’autres coûts, comme la reconstruction des clôtures et le rachat de 20 000 $ de foin, celui-ci ayant pourri à cause de l’inondation. Ses animaux ont toutefois eu un bon Samaritain pour les nourrir en attendant la reconstruction de l’étable.

«On a un agriculteur du coin, Marc Duval, qui nous a livré du foin, souligne-t-elle. Il venait nous en porter deux fois par semaine et puisque notre tracteur ne pouvait pas circuler dans la boue et l’eau, il venait porter les balles de foin dans chaque enclos avec son énorme tracteur, son “tank”. Il nous a beaucoup aidés à passer au travers.»

L’un des pensionnaires de Zoo Académie, un chevreuil recueilli après la mort de sa mère par Jacinthe Bouchard et son équipe, il y a deux ans.

Parés en cas de nouveau désastre

Bien qu’elle se rassure en rappelant qu’une inondation de l’ampleur de celle de 2017 n’arrive «qu’une fois aux cinquante ans», Jacinthe Bouchard affirme être prête en cas de nouveau désastre naturel.

«On a installé des saules pleureurs qui boivent beaucoup d’eau et le bâtiment principal est à l’abri des inondations. Et de la façon dont on a refait les parcs, même avec deux mètres d’eau, on est correct, parce que tous les animaux peuvent se mettre à l’abri en hauteur. S’il arrivait une grosse inondation comme la dernière fois, on est prêts. Mais on dit que c’est seulement aux 50 ans, alors je ne serai plus ici.»

Jacinthe Bouchard ne regrette d’ailleurs aucunement d’avoir choisi de s’installer aussi près de l’eau qui, même lors d’une année normale, déborde chaque année un peu sur son terrain. «C’est le paradis terrestre, ici, on a accès à une plage magnifique. Chaque printemps, il y a de l’eau, mais tout s’égoutte et ça finit par être correct. Ce n’est pas la raison pour laquelle je vais partir d’ici.»

À plein régime

Zoo Académie se relève fort bien après le désastre vécu, affirme sa propriétaire, qui offre de nombreuses formations, entre autres aux gens qui travaillent dans des jardins zoologiques ou qui désirent le faire. Plusieurs centaines de personnes suivent ces formations chaque année, à temps plein ou à temps partiel.

«Nos classes sont pleines cet automne, il y a des gens des cinq continents qui viennent suivre des formations ici, se réjouit Mme Bouchard. Zoo Académie, c’est ma folie, un projet qui prend forme et qui répond à une demande. Les gens adorent ça.»

Une quinzaine de professeurs offrent ces formations spécialisées, tant sur le comportement et la psychologie des animaux que sur les soins vétérinaires et la zoothérapie. Cette offre pourrait continuer à s’élargir, selon la demande.

«On est en développement. La formation de 240 heures, ça fait 10 ans que je la donne ici et en Europe, elle va toujours rester. Mais s’il y a de la demande, par exemple, pour des formations pour les toiletteurs, on va la développer», illustre Mme Bouchard.

La spécialiste du comportement animal continue également à donner des cours et des formations tant au Québec qu’à l’étranger. Au début de l’an prochain, elle passera six semaines dans le sud de la France, puis deux semaines au Bioparc de la Gaspésie, à Bonaventure, dans la Baie-des-Chaleurs. Si elle aime encore se déplacer pour donner des formations, Mme Bouchard concède qu’elle préfère toutefois enseigner à Nicolet et rester près de ses protégés.

«C’est pour ça que j’ai ouvert ici, parce qu’avant, je faisais la même chose (enseigner), mais ailleurs, dans les institutions, explique-t-elle. Là, je suis un peu tannée de voyager. J’aime mieux mon petit endroit, mon paradis.»

Un paradis qu’elle se fait cependant une joie de partager avec d’autres personnes qui viennent le visiter, que ce soit dans le cadre de leur travail ou par simple curiosité.

«Ça sert à quoi d’avoir le paradis si tu ne peux pas le partager?» conclut Jacinthe Bouchard.