«Le 0-20 ans, c’est la moitié de la municipalité. Ça n’a pas de bon sens», a laissé tomber le maire de Maskinongé, Roger Michaud, à l’annonce du décret adopté par le gouvernement du Québec concernant les restrictions imposées à la reconstruction de résidences à la suite d’inondations.

Zones inondables: un décret qui ne fait pas l’unanimité

MASKINONGÉ — Le décret adopté par le gouvernement du Québec concernant les restrictions imposées à la reconstruction de résidences à la suite d’inondations ne fait pas l’unanimité auprès d’élus de la région.

Lundi matin, le gouvernement a annoncé la mise en place de ce décret qui institue une «zone d’intervention spéciale afin de favoriser une meilleure gestion des zones inondables».

«On s’approche de quelque chose de réaliste» — Jean Lamarche, maire de Trois-Rivières

Ce décret entraîne l’imposition d’un moratoire qui interdit la construction dans les secteurs inondables si un bâtiment touché par une inondation a subi des dommages lui ayant fait perdre plus de la moitié de sa valeur. Le décret vise les secteurs situés dans la zone inondable selon la cote de récurrence 0-20 ans et ceux inondés lors des crues printanières de 2017 et de 2019.

Quelque 783 municipalités sont concernées, dont Trois-Rivières. Et le maire Jean Lamarche semble plutôt satisfait des modifications apportées depuis la première version de ce projet présentée en juin.

«La zone d’intervention spéciale a moins d’impact sur les citoyens de Trois-Rivières. Une partie de la bande riveraine du Saint-Maurice a été enlevée de la zone. C’est dû aux commentaires des représentants de la Ville. On avait présenté un mémoire d’une vingtaine de pages pour exprimer ce qu’on voulait comme modifications et la majorité semble avoir été retenue. On s’approche de quelque chose de réaliste», estime le maire Lamarche.

«Le 0-20 ans, c’est la moitié de la municipalité. Ça n’a pas de bon sens» — Roger Michaud, maire de Maskinongé

Au fil des travaux associés à la production de ce décret, 30 municipalités au préalable incluses dans le projet ont été écartées en raison d’ajustements effectués par le gouvernement au cours du processus visant à déterminer quels secteurs doivent faire partie de cette zone d’intervention spéciale. Il faut dire que les consultations publiques ont aussi amené leur lot d’informations de la part de plusieurs participants qui avaient critiqué le travail effectué à ce sujet.

Ce ne sont plus 120 000, mais 98 000 résidences qui sont concernées par cette zone qui inclut Maskinongé. La composition du décret ne fait pas le bonheur du maire de la localité, Roger Michaud, qui remet en question la façon de procéder du gouvernement.

«Dans la zone de 0-2 ans, ça va. Mais 0-20 ans? Les gens qui vendent leur maison, qui va acheter ça? Le 0-20 ans, c’est la moitié de la municipalité. Ça n’a pas de bon sens. Si quelqu’un passe au feu, on ne sait pas s’il aura le droit de rebâtir ou pas. Au lieu que ce soit des fonctionnaires de Québec qui ne vivent pas en zone inondable, il faudrait parler à des gens qui vivent ici. Ça fait 63 ans que je vis en zone inondable, mais jamais Québec ne nous consulte», dénonce le maire Michaud, dont la résidence fait partie de la zone d’intervention spéciale.

Selon Geneviève Dubois, le gouvernement québécois fait preuve de courage en se penchant sur ce sujet. Mais de mener un tel dossier en pleine période estivale n’est pas l’idéal.

«Le timing est mauvais, c’est ce qui est le plus irritant» — Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet

«Les citoyens sont en mode vacances. Il y a des gens qui se retrouvent dans la zone d’intervention spéciale, mais qui n’ont jamais été inondés et qui ne sont pas dans la zone du 0-20 ans. Les villes sont à personnel réduit, mais on doit produire. On a rencontré le ministère des Affaires municipales le 2 juillet et on avait jusqu’au 4 juillet pour présenter nos demandes qui ont été acceptées en bonne partie par le gouvernement. Repenser les zones inondables, je n’ai pas de problème. Le timing est mauvais, c’est ce qui est le plus irritant», dit la mairesse de Nicolet qui estime que le gouvernement fait preuve «d’écoute».

Les municipalités auront la responsabilité d’appliquer ce décret. Celui-ci doit être en vigueur jusqu’au dépôt, d’ici décembre 2020, des nouvelles cartographies concernant les zones inondables de plusieurs villes et MRC québécoises, dont les communautés urbaines de Montréal et de Québec ainsi que la MRC de Maskinongé. Les Villes et MRC concernées par ce travail représentent 75 % de la population québécoise.

Les personnes qui considèrent que leur résidence devrait être exclue de la zone d’intervention spéciale ont jusqu’au 19 août pour se manifester auprès de leur Municipalité.

Les administrations municipales achemineront leurs demandes au gouvernement qui se chargera de les évaluer. La décision sera rendue en septembre.