Samuel Beauchemin, rédacteur en chef de Zone Campus et Carol-Ann Tellier, directrice générale du Groupe des médias étudiants de l’UQTR.

Zone Campus se sent menacé

TROIS-RIVIÈRES — Alors que les journaux du Québec luttent en ce moment pour leur survie parce que leurs revenus publicitaires leur échappent au profit des géants du web, le journal étudiant Zone Campus de l’UQTR craint lui aussi pour sa survie, mais pour une tout autre raison.

«Notre journal, le Zone Campus, est en danger à cause d’une poignée d’étudiant.e.s (surtout des hommes) qui menacent de se rendre à l’assemblée étudiante (de l’AGÉUQTR, mardi) pour voter une motion annulant les cotisations étudiantes. Nous vivons de ces cotisations», explique un communiqué envoyé à tous les journaux universitaires du Québec et intitulé «Appel à l’aide».

Cette affaire aurait débuté lorsque des étudiantes ont porté plainte à Radio-Canada, il y a quelques jours, contre des propos sexistes tenus sur la page Facebook Spotted l’UQTR, à ne pas confondre avec la page Facebook Spotted: UQTR qui est davantage une plate-forme d’échanges et d’entraide pour les étudiants de l’établissement.

Après leurs plaintes contre le contenu de Spotted l’UQTR, les étudiantes en question auraient été visées par de multiples propos haineux au point où Zone Campus a décidé de publier un éditorial sur la question le 27 septembre.

L’auteure de l’éditorial, Valérie Deschamps, y mentionne que «faire du slutshaming» (utilisation de l’habillement ou des comportements sexuels des femmes pour les humilier) «c’est intolérable tant dans un contexte universitaire que dans notre société.»

Spotted l’UQTR, qui se nomme également Zone cocotte, donne en effet allégrement dans les propos vulgaires et sexistes sur son fil d’actualité sous prétexte de vouloir faire rire. Le 29 septembre, le ou les administrateurs ont même posté une menace envers le journal étudiant. On peut lire: «Ce soir... nous avons décidé d’éliminer...» et le commentaire est assorti d’une image sur laquelle on voit Zone Campus.

La direction du journal étudiant craint que mardi, alors que se tiendra l’assemblée générale de l’Association générale des étudiants de l’UQTR, le groupe derrière cette page Facebook fasse voter une motion pour faire annuler les cotisations des étudiants qui soutiennent Zone Campus et la radio étudiante.

D’ailleurs la page Facebook Spotted l’UQTR a mis en ligne, lundi après-midi, une invitation à ses abonnés à se rendre à l’assemblée pour demander l’abolition des cotisations obligatoires pour Zone Campus et la radio étudiante CFOU (10 $ au total).

Frédérik Borel, conseiller à l’exécutif de l’AGÉUQTR, indique que les choses ne pourront pas se passer comme ça. Il faudrait d’abord qu’une telle motion soit acceptée par les étudiants à l’occasion de l’assemblée annuelle du Groupe des médias étudiants de l’UQTR, le printemps prochain. Par la suite, si cette assemblée générale devait accepter une telle motion, il faudrait qu’elle soit soumise ensuite à une autre assemblée générale annuelle, celle de l’AGÉUQTR, explique-t-il. Or, M. Borel explique qu’aucune plainte n’a été déposée à l’AGÉUQTR concernant les 10 $ qui sont prélevés aux étudiants pour assurer les activités de Zone Campus et de la radio étudiante.

Pas moins de 14 000 personnes sont abonnées à la page Facebook Spotted l’UQTR. Le fils d’actualité contient des propos insultants envers le travail des étudiants, en traitant le journal de «torchon» dont les écrits sont «dignes d’un blog Skyrock.»

Samuel Beauchemin, le rédacteur en chef de Zone Campus, indique que des plaintes ont été déposées à Facebook contre cette page, mais sans effets. La page en question ne serait que la pointe de l’iceberg. Une autre page Facebook, fermée celle-là, intitulée La procrastination, ma passion s’attaque également de façon encore plus virulente à l’intégrité du journal et de ses journalistes, dit-il.

Le journal craint que ce groupe «poussé par la haine et le fanatisme» en vienne à compromettre l’existence même du journal. «Cela créerait un grave précédent pour tous les médias étudiants», indique le communiqué de Zone Campus en soulignant le fait que «les médias étudiants sont là pour faire rayonner la vie étudiante en plus d’être un excellent milieu formateur.»

En lançant un appel généralisé à l’aide pour les assauts subis depuis deux semaines, Zone Campus veut protéger la liberté de presse, indique Samuel Beauchemin.

«On a peur que ça aille plus loin», dit-il.