D'anciens résidents de la Maison Carignan, de gauche à droite: Jean-Claude Dallaire, Mélanie Gosselin, Mathieu Toulouse, Kevin Marin, Jean-Sébastien Rousseau et Martin Gaudefroy. Bien qu'absent de la photographie, Yvon Carignan était présent à la rencontre.

Yvon Carignan sera congédié 

Les braises sont toujours aussi ardentes à la Maison Carignan. Selon le nouveau directeur général, Alain Poitras, le fondateur de la maison de thérapie ne réintégrera jamais ses fonctions. Peu importe les conclusions de la firme Samson Bélair/Deloitte & Touche, mandatée pour faire la lumière sur les irrégularités administratives qui auraient été commises par le passé, M. Carignan ne reprendra jamais la barre de l'organisme qu'il a fondé. «Deux options sont sur la table: soit M. Carignan fera l'objet d'accusations criminelles, soit sa gestion sera considérée comme très mauvaise. Malgré le résultat, il ne reviendra pas.»
M. Poitras se dit dégoûté par la tournure des événements, qu'il considère comme une campagne de salissage entreprise par le clan d'Yvon Carignan. «Ç'a n'a pas de bon sens!, s'insurge-t-il. Ce n'est pas drôle toute cette histoire. Depuis cinq mois, on commence à peine à avoir la paix au centre.»
Selon lui, toute l'équipe souhaite tourner la page le plus rapidement possible. Un livre qui ne pourra être refermé qu'après le renvoi officiel du fondateur. «J'ai hâte que cette histoire soit finie et qu'on passe à autre chose. Yvon Carignan utilise les réseaux sociaux pour salir notre réputation personnelle et la réputation du centre. On lui a fait parvenir une mise en demeure pour qu'il cesse son salissage. C'est pourquoi il sera congédié bientôt. On aurait dû le faire dès juillet 2013, mais par pitié le conseil d'administration l'a épargné.»
«Yvon Carignan a commis des fautes graves, renchérit M. Poitras. J'en connais déjà une partie, dont je ne peux pas vous parler, mais on a failli perdre notre subvention de l'Agence de la santé à cause de ça. Il va donc être congédié définitivement dans pas grand temps. Lorsque nous aurons le rapport de la firme Samson Bélair/Deloitte & Touche, la population saura pourquoi on le congédie», assure M. Poitras. 
Rappelons que lors de l'assemblée générale annuelle de l'organisme, tenue à l'auberge Godefroy le 27 juin dernier, les aviseurs légaux avaient stipulé que les conclusions du rapport de la firme montréalaise allaient guider les recommandations qu'ils formuleraient au conseil d'administration quant à l'avenir de M. Carignan. Aux dires de M. Poitras, les dés seraient désormais joués. 
Un climat de terreur allégué
Les couteaux volaient bas lors d'une rencontre que d'anciens résidents avaient réclamée au Nouvelliste, en présence d'Yvon Carignan, vendredi matin. Visiblement, ils en avaient gros sur le coeur. Une kyrielle de reproches fusaient de toutes parts, autant de semonces qui marqueraient une rupture entre l'ère Carignan et la nouvelle administration. À leur avis, un «climat de terreur» régnerait dorénavant au centre. Les mots intimidation, menaces, représailles, peur, dénigrement, insultes ont été plusieurs fois lancés sur la table pour imager le changement de philosophie qu'ils ont noté durant les derniers mois. Certaines erreurs thérapeutiques auraient même été observées.
Mathieu Toulouse en avait gros sur le coeur quant au traitement qu'il dit avoir reçu lors de son passage à la Maison Carignan. Après 130 jours de thérapie, durant lesquels il a entrepris plusieurs démarches pour recevoir, en vain, une aide financière de dernier recours, on lui aurait donné deux jours pour régler une facture de 4000 $, sans quoi il serait retourné en prison. Ne possédant pas ladite somme, la direction l'aurait réclamée à ses parents. M. Toulouse considère ce geste comme un bris de confidentialité grave. «La direction a appelé mon père sans mon consentement. Ça ne se fait pas. J'ai eu l'air d'une vidange et je me suis senti humilié», avoue-t-il non sans frustration. 
Une colère toute aussi palpable chez Mélanie Gosselin, qui n'en est pas à sa première thérapie et qui a donc constaté de visu le «avant» et le «après» Yvon Carignan. Mme Gosselin dénonce le fait qu'à son arrivée le 2 mars dernier, elle a dû attendre quasiment deux mois avant de rencontrer un intervenant et ainsi procéder à la rédaction de son plan d'intervention vers l'abstinence. Notons que les réglements généraux de l'organisme stipulent qu'une première rencontre doit avoir lieu dans les 24 heures suivant l'inscription.
«C'est moi qui ai demandé à voir un intervenant, une rencontre qui a eu lieu à la fin avril. Si je ne l'avais pas demandée, combien de temps aurais-je attendu? Pendant deux mois je me suis contentée de suivre les réglements, de faire ce qu'on me disait de faire, sans pouvoir parler de mon vécu lors de rencontres individuelles. Les intervenants me disaient qu'ils n'avaient pas le temps, qu'ils étaient trop occupés, que ce n'était pas nécessaire parce que j'avais fait plusieurs thérapies.»
Le nouveau directeur général, Alain Poitras, refute du revers de la main les allégations de Mme Gosselin. Il assure que toutes les personnes qui se présentent au centre de thérapie sont rencontrées individuellement dans les 24 heures par un intervenant dûment formé. «Le ministère de la Santé nous oblige à faire cette évalutation, nos archives le prouvent. C'est impossible qu'une résidente ait attendu plus de deux mois, impossible. À la fin de leur thérapie, les résidents font une évalutation des services reçus et leur note ne va jamais en bas de 8 sur 10.»
Le rapport de la firme Samson Bélair/Deloitte & Touche devrait être complété dans la première semaine du mois d'août. Un communiqué de presse sera rédigé au plus tard en septembre. D'ici là, M. Poitras tient à rassurer la population et les 94 résidents actuels en répétant que le centre offre les mêmes services que par le passé, avec la même philosophie et la même qualité d'intervention. Quant au clan de M. Carignan, il compte bien déposer une deuxième plainte officielle au Bureau de la commission régionale aux plaintes et à la qualité des services de l'Agence de la santé et des services sociaux.