Yvon Carignan est débouté en Cour supérieure dans sa poursuite contre la Maison Carignan.

Yvon Carignan débouté sur toute la ligne

TROIS-RIVIÈRES — Le fondateur de la Maison Carignan, Yvon Carignan, est débouté en Cour supérieure. L’homme qui a été suspendu, puis congédié de son poste de directeur général de ce centre de thérapie pour alcooliques et toxicomanes en 2014, a échoué sur toute la ligne dans sa tentative non seulement de réintégrer son poste, mais également d’obtenir des compensations monétaires qui s’élevaient à près de 790 000 $.

Dans un jugement rendu cette semaine par le juge Jacques Blanchard, on constate que non seulement Yvon Carignan n’a pas réussi à convaincre le tribunal des préjudices qu’il avait subis depuis son congédiement il y a quatre ans, mais également que le conseil d’administration de l’époque était justifié de le congédier étant donné la teneur des manquements observés tant dans sa gestion du centre de thérapie que par son attitude adoptée sur la place publique contre son employeur lors de sa suspension avec solde, en juin 2014.

On se souviendra qu’à ce moment, Yvon Carignan avait été suspendu pour irrégularités administratives, une suspension qui avait fait grand bruit dans les médias, notamment lors d’une manifestation tenue par Carignan et plusieurs de ses proches et anciens bénéficiaires de la Maison Carignan lors de l’assemblée générale de la maison, à l’Auberge Godefroy.

Or, le jugement révèle que les irrégularités administratives soulevées portaient particulièrement sur la gestion financière de la ressource à compter de décembre 2012, moment où le commis-comptable en poste a quitté ses fonctions. En juin 2013, une firme mandatée pour faire l’audit de la Maison Carignan, tel que l’exige le gouvernement qui verse une grande partie du financement à l’organisme, constate que la tenue des livres n’est plus à jour depuis décembre 2012. Les chiffres qui auraient été donnés au conseil d’administration en février 2013 et ceux révélés au 31 mars 2013 démontraient par ailleurs un écart de plusieurs centaines de milliers de dollars, à la grande surprise du conseil d’administration. Le Tribunal dit douter de la crédibilité d’Yvon Carignan lorsqu’il affirme avoir fait un suivi auprès de son équipe de comptabilité.

La Maison Carignan.

Par ailleurs, le juge relève des témoignages entendus lors du procès tenu en mai dernier que des sommes d’argent appartenant à la Maison Carignan ont été prêtées par Yvon Carignan à des tierces personnes, dont certaines n’ont jamais été remboursées. Le juge mentionne que le demandeur a démontré une incapacité à comprendre son rôle de directeur général lorsqu’il a autorisé ces prêts.

Le demandeur aurait également autorisé un prêt de 3000 $ à une compagnie qu’il avait créée ainsi qu’un montant pour l’achat d’un logiciel comptable au bénéfice de cette entreprise. Il aurait également avancé une somme d’argent à un ancien résident afin qu’il puisse acquitter le loyer dû personnellement à M. Carignan, qui était propriétaire d’une maison de chambres à Champlain.

Le tribunal est en outre d’avis qu’Yvon Carignan avait un devoir de loyauté envers son employeur lors de sa suspension avec solde, mais qu’il a fait preuve de manquement en critiquant et dénigrant la ressource et le conseil d’administration sur la place publique. Pour le juge, il s’agissait là d’un motif sérieux pour le conseil d’administration afin de résilier son contrat de travail. À ce titre, le jugement établit aussi qu’Yvon Carignan a été le seul artisan de l’atteinte à sa réputation, puisqu’il a avisé lui-même les médias de son congédiement et a accordé plusieurs entrevues aux journalistes. Il a également relayé sur les réseaux sociaux tout ce qui était publié à son sujet.

Finalement, le juge a rappelé que dans un recours fondé exclusivement sur le Code civil du Québec, le tribunal n’avait pas l’autorité d’ordonner sa réintégration et ce, même si la conclusion était à l’effet qu’il avait été injustement congédié.

Invité à commenter ce jugement, Yvon Carignan a indiqué qu’il voulait d’abord étudier le tout avec son avocat, Me Jacques Patry, afin de vérifier s’il y avait matière à porter le jugement en appel. Il n’a toutefois pas caché sa déception face aux conclusions. «Je suis assommé. C’est incompréhensible. Je n’ai pas fait de la m... toutes ces années, je ne suis pas un bandit. Je n’ai pas laissé une bâtisse vide quand j’ai quitté, et la Maison Carignan ne doit rien à personne. On va analyser tout ça, mais ça fait cinq ans que ça dure et que je me détruis physiquement là-dedans», fait-il valoir.

De son côté, la Maison Carignan dit accueillir favorablement le jugement qui, selon elle, confirme que le conseil d’administration a toujours agi dans l’intérêt de la Maison Carignan. «Nous sommes satisfaits de la décision de la Cour. Le conseil d’administration ainsi que l’ensemble du personnel de la Maison Carignan sommes heureux de pouvoir mettre cet épisode derrière nous. À la Maison Carignan, notre unique objectif est de venir en aide aux personnes souffrant de dépendance. Notre centre de thérapie vise à aider les individus à résoudre les difficultés qu’engendre la surconsommation d’alcool, de drogues ou de médicaments et c’est à ce niveau que nous devons consacrer nos énergies », mentionne la directrice générale de la Maison Carignan, madame Valérie Piché.