Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, en entrevue au Nouvelliste.
Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, en entrevue au Nouvelliste.

Yves-François Blanchet: «On se sent respecté au parlement»

Trois-Rivières — Voulant rester les deux pieds sur terre malgré son succès électoral, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui préfère conduire sa voiture, admet qu’avec une équipe de 32 députés à Ottawa, «on se sent respecté au parlement».

«La prochaine étape, c’est que les gens s’approprient le Bloc. Ce parti appartient aux Québécois», a confié au Nouvelliste celui qui dit vivre le «trip d’une vie».

Déjà, celui-ci parle de gains en ce que le pétrole n’était pas mentionné dans le discours du trône qui, en plus, est ouvert à augmenter le pouvoir d’achat des aînés.

«Et le gouvernement a déjà versé les premiers chèques aux entrepreneurs agricoles sous gestion de l’offre et il a l’intention d’imposer la TPS aux géants du web, ce qui ne se serait jamais produit sans l’intervention du Bloc», affirme-t-il fièrement. Mais pas question de voter en faveur du nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique, «obtenu sur le dos des Québécois».

Au plan des dossiers régionaux, il compare le projet de train à grande fréquence au sasquatch car «on en parle beaucoup, mais on ne le voit jamais». «Je pense que le 71 millions, c’est strictement une mesure dilatoire qui sert à gagner du temps pour un gouvernement qui n’a aucune intention réelle de construire le train», croit M. Blanchet.

Selon lui, la raison pour laquelle ça ne se fait pas, à la base, c’est que la rentabilité est incertaine. «Quand on parle de transport collectif à Montréal ou à Québec, on ne parle pas de rentabilité, mais quand on parle de transport collectif entre les villes du Québec, là soudainement, il faudrait que ce soit rentable», dénonce le député de Beloeil-Chambly.

Or, il croit fermement que le TGF serait utile à Trois-Rivières. «C’est majeur. Ça doit se faire. Le gouvernement canadien doit mettre son poing sur la table et faire ce qu’il dit plutôt que de strictement multiplier les engagements électoraux qui ne se réalisent jamais. Et si quelqu’un travaille à la réalisation du TGF pour de vrai dans un délai raisonnable, il aura l’appui du Bloc. Les 71 millions, mettez-les donc sur le train», lance le chef bloquiste.

En ce qui concerne l’aide aux victimes de la pyrrhotite, il veut s’inspirer de la proposition de son parti pour les victimes d’inondations afin qu’elles puissent avoir accès sans pénalité à leur REER pour réparer les résidences. «Il y a là une piste de réflexion. Quand les élections approchent, tout le monde exprime une grande tristesse par rapport aux victimes de la pyrrhotite, mais le lendemain, on les oublie. Ça devient extrêmement irritant pour eux aussi. Et on ne peut pas faire abstraction de leur amertume face à Lavalin, qui est aussi dans l’actualité», souligne-t-il.

D’ailleurs, par rapport au dénouement du dossier de SNC-Lavalin, Yves-François Blanchet parle d’un jugement «qui prouve que la position qu’on défendait était possible».

«Ce qu’on avait dit, c’est que les criminels soient punis, que les travailleurs qui n’ont rien à se reprocher ne soient pas pénalisés, que le siège social et l’expertise québécoise soit protégés et le jugement semble faire ça. La glace était très mince parce que défendre les travailleurs avait un peu l’air de défendre les dirigeants. Or, on n’a jamais défendu les dirigeants. Il reste que ce que SNC Lavalin a admis avoir fait en Libye, c’est innommable. Quelle ampleur de corruption sans bon sens! Mais ça, ça n’a pas été fait par l’ingénieur qui travaille au bureau de Rouyn-Noranda de SNC-Lavalin», a-t-il commenté.

Finalement, quand on lui demande ce qu’il pense d’une possible candidature de Jean Charest à la tête du Parti conservateur du Canada, il ne peut s’empêcher de dire qu’il a de «la misère à imaginer l’Ouest canadien considérer comme chef celui qui est à l’origine de la bourse du carbone au Québec et de la tarification du carbone que eux détestent».

«Et le Parti conservateur s’étant prétendu noble et vertueux, je les vois mal s’amouracher d’un chef qui, à tort ou à raison, traîne une aura de scandale, mais ça leur appartiendra», a-t-il conclu.

Protection des fonds de pension: Blanchet veut revenir à la charge

Alors que le drame des retraités du Groupe Capitales Médias défraie la manchette, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, entend revenir à la charge pour déposer un projet de loi visant une meilleure protection des fonds de pension.

Car, rappelle-t-il, la députée bloquiste de Manicouagan, Marilène Gill, avait déjà déposé un tel projet de loi à la dernière législature qui faisait des fonds de retraite des créanciers privilégiés «qui se payaient avant n’importe qui d’autre» dans le cas d’une faillite.

«Les choses ne peuvent pas être faites avant d’être faites. On a déjà déposé un projet de loi, mais on n’a pas pu le faire étudier, car il a été bloqué par les autres partis. On a déjà pris l’engagement durant la campagne de redéposer ce projet de loi. Si les libéraux et les autres partis nous avaient laissé avancer avec ce projet de loi, la question ne se poserait pas pour les fonds de retraite des travailleurs de Capitales Médias. C’est sûr qu’on va revenir», fait-il remarquer.

«L’autre élément, on ne peut pas ne pas avoir le mot Power Corporation qui nous tourne dans la tête un peu parce que pour eux autres, ce ne serait pas une si grosse affaire de prendre la responsabilité morale d’un enjeu qui, à bien des égards, remonte à eux», renchérit celui qui fut déjà chroniqueur au sein du Groupe Capitales Médias. 

Finalement, ce dernier se dit admiratif du modèle coopératif qui fut développé. «Quelle belle façon de protéger la diversité et l’indépendance des journalistes», a-t-il conclu.