Les employés d’Hydro-Québec ont eu fort à faire cette fin de semaine pour tenter de rebrancher le plus rapidement possible les personnes privées de courant.
Les employés d’Hydro-Québec ont eu fort à faire cette fin de semaine pour tenter de rebrancher le plus rapidement possible les personnes privées de courant.

Week-end noir

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES —La situation s’améliorait d’heure en heure, dimanche, alors que les nombreuses pannes d’électricité dans la région se résorbaient l’une après l’autre. En Mauricie, il restait moins de 5000 clients d’Hydro-Québec privés de courant en début de soirée. La situation était moins rose au Centre-du-Québec, où près de 12 000 abonnés étaient toujours sans électricité. Il semble par ailleurs que les vents violents de vendredi aient causé la mort d’une personne à Saint-Étienne-des-Grès.

Les fortes bourrasques de vendredi n’auront pas fait que des dégâts matériels: un homme a perdu la vie des suites d’un traumatisme crânien cette fin de semaine. Selon Radio-Canada, la victime, un septuagénaire de Saint-Étienne-des-Grès, aurait été blessée à la tête en tentant de rattraper l’abri de voiture de son voisin emporté par le vent. 

Le septuagénaire a été transporté à l’hôpital. Le CIUSSS a confirmé qu’un homme est décédé des suites d’un traumatisme crânien cette fin de semaine, sans préciser son âge, son lieu de résidence, ni les circonstances de sa blessure. 


Écoles fermées

Les Mauriciens et Centricois qui ont des enfants d’âge scolaire devront par ailleurs vérifier si l’école que fréquente leur progéniture sera ouverte ou non lundi. La Commission scolaire de la Riveraine a d’ores et déjà indiqué sur sa page Facebook que l’ensemble de ses écoles, centres et services de garde seront fermés lundi. 

La Commission scolaire du Chemin-du-Roy a indiqué en soirée dimanche que toutes ses écoles avaient de l’électricité. Si jamais un problème devait survenir, les gens en seront informés avant 6 h 30, lundi matin.

La Commission scolaire de l’Énergie n’a pour sa part envoyé aucun avis ou communiqué à cet effet. 

Le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec indique par ailleurs que la clinique de vaccination qui devait avoir lieu lundi au Centre des arts populaires de Nicolet est annulée. Les 400 personnes inscrites à cette clinique seront contactées sous peu par le CIUSSS afin de planifier une autre plage horaire de vaccination. 

Par ailleurs, tous les hôpitaux de la région sont à nouveau alimentés normalement en électricité, à l’exception du Centre Christ-Roy de Nicolet, qui fonctionnait toujours grâce à des génératrices, dimanche soir. 

Deux centres d’hébergement

À Nicolet, les résidents de plusieurs secteurs ont enfin vu la lumière alors que le courant a commencé à se rétablir à partir de midi. Encore dimanche matin, 80 % de la population était privée de courant. Entre-temps, la Ville s’est organisée pour offrir de l’aide comme elle le pouvait à ses résidents. Un centre d’hébergement a été ouvert samedi soir à l’hôtel de ville, qui a dû être alimenté en courant par génératrice. Une vingtaine de personnes ont profité samedi soir de la chaleur, du café et de la compagnie offerts sur place et 10 personnes ont passé la nuit dans la salle du conseil, réaménagé temporairement en dortoir. 

Quelques dizaines de Nicolétains ont profité de cette hospitalité de l’hôtel de ville, dimanche. Un repas leur a même été offert, gracieuseté des entreprises IGA, Le Galoto et Subway de Nicolet. 

Le centre d’hébergement restera opérationnel jusqu’à ce que la crise soit résolue, assure la Ville. 

L’École nationale de police du Québec a pour sa part ouvert les portes de son centre sportif pour permettre aux sinistrés de se doucher, entre 13 h et 21 h, dimanche. 

Les pompiers nicolétains n’ont pas chômé cette fin de semaine. En plus de faire du porte-à-porte dans les résidences pour personnes âgées afin de s’assurer que celles-ci étaient en sécurité, une trentaine d’entre eux ont dû combattre un feu de cheminée sur la rue de Monseigneur-Lafortune, dimanche matin. Personne n’a été blessé et les dégâts n’étaient pas catastrophiques, rassure toutefois la Ville. Les pompiers ont également dû mener quelques interventions à des résidences où des chauffages d’appoint étaient utilisés, en raison du risque d’émanation de monoxyde de carbone. Lorsque le courant est revenu dans certains secteurs, peu après midi, ils ont également été mobilisés pour vérifier des commerces où des alarmes se sont déclenchées. 

Plusieurs poteaux ont été entraînés au sol par la chute d’un arbre sur le terrain de l’École nationale de police de Nicolet, vendredi, coupant ainsi la ligne principale d’électricité et de télécommunications de Nicolet.

Débrouillardise et dévouement

Citoyens et commerçants ont donc dû se débrouiller comme ils le pouvaient sans électricité tout au long de la fin de semaine. Le supermarché IGA de Nicolet a pu rester fonctionnel grâce à ses génératrices. Le Super C situé de l’autre côté du boulevard Louis-Fréchette a pour sa part dû louer une imposante génératrice pour garder ses aliments au frais. 

Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, le Canadian Tire n’a pas fermé ses portes samedi et dimanche, même s’il était privé lui aussi de courant. Les propriétaires du commerce ont décidé d’ouvrir malgré tout pour fournir aux Nicolétains le nécessaire d’urgence, comme des piles, des lampes-torches, des bonbonnes de gaz, etc. 

«Vendredi, on a décidé de fermer quand on a perdu le courant, parce qu’on croyait que ce serait rétabli rapidement. Samedi, on s’est réuni ici tôt le matin et on a vu que plusieurs personnes attendaient devant le commerce. Après avoir jasé avec elles, on a décidé d’ouvrir et de leur donner un coup de main. C’était important pour nous d’aider les citoyens», résume Marie-Christine Pelchat-St-Jacques, directrice générale du Canadian Tire. 

Quatre employés ont donc travaillé toute la journée dans le magasin, s’éclairant à la lampe frontale pour escorter les clients dans le magasin. Un présentoir rassemblant les items essentiels en cas d’urgence a été dressé près de l’entrée du magasin et les transactions en argent comptant ont été faites «à la mitaine». Les plus grosses transactions qui devaient absolument passer par la carte de crédit ont été faites par téléphone, avec le magasin de Trois-Rivières, qui avait du courant. En tout, samedi et dimanche, plus de 250 clients ont ainsi pu s’approvisionner et s’équiper pour surmonter le manque d’électricité. 


Marie-Christine Pelchat-St-Jacques, directrice générale du Canadian Tire de Nicolet, et son équipe ont gardé le magasin ouvert malgré la panne d’électricité, afin de permettre aux Nicolétains de se procurer les essentiels pour passer à travers la panne d’essence.

Les municipalités s’organisent

Plusieurs autres municipalités de la région se sont également mobilisées pour venir en aide à leurs citoyens. À Saint-Pierre-les-Becquets, l’aréna accueille les gens qui désirent se réchauffer, se restaurer et même prendre une douche. L’école secondaire La Découverte, à Saint-Léonard-d’Aston, a aussi ouvert ses portes pour permettre aux citoyens de se réchauffer et de recharger leur téléphone cellulaire. Les municipalités de Saint-Boniface et Saint-Élie-de-Caxton ont également ouvert un centre d’accueil à leurs citoyens. La situation s’était grandement améliorée à Saint-Élie-de-Caxton, dimanche après-midi, mais le maire
Robert Gauthier assure que le centre restera ouvert pour les quelques résidents qui n’avaient toujours pas d’électricité en fin d’après-midi. 

D’autres municipalités ont également fait du porte-à-porte pour s’assurer de la sécurité de leurs citoyens et évaluer la nécessité d’ouvrir un centre d’hébergement. «La plupart des gens sont bien équipés, plusieurs ont un poêle à bois, mais les municipalités sont prêtes à agir si elles ont des demandes, explique Sébastien Doire, directeur régional de la Sécurité civile. Ça s’organise.» Les communications étaient par ailleurs moins perturbées dimanche. Samedi, les ondes cellulaires rentraient difficilement dans certains secteurs en Mauricie et au Centre-du-Québec. La Sécurité civile a donc dû demander à ses partenaires, notamment la Sûreté du Québec, de se rendre physiquement dans certaines municipalités pour rester au fait de l’évolution de la situation. «C’est beaucoup mieux aujourd’hui», assurait cependant M. Doire dimanche.

Plusieurs personnes ont dîné à l’hôtel de ville de Nicolet, transformé en centre d’hébergement d’urgence, dimanche.

Patience, dit Hydro-Québec

Selon Hydro-Québec, la situation s’est grandement améliorée tout au long de la fin de semaine. «Ça va bien en Mauricie et pour l’ensemble du Québec: 86 % des abonnés ont retrouvé le courant depuis le début. Ça va bon train, des équipes externes venant de Détroit et de l’Ontario nous ont rejoints. On a une bonne puissance de travail, avec presque 1200 personnes sur le terrain», souligne Annie Beaudoin, porte-parole d’Hydro-Québec dans la région. 

Mme Beaudoin rappelle par ailleurs qu’au début de la crise, vendredi, 990 000 clients étaient privés de courant, contre plus de 60 000 au moment de mettre sous presse dimanche. 

Les prévisions de la société d’État restaient cependant les mêmes quant au rétablissement: la plupart de ses clients devaient retrouver le courant dimanche soir, mais quelques-uns, situés dans des secteurs plus éloignés ou plus durement touchés, risquent de devoir attendre un peu plus longtemps. 

«On est encore beaucoup dans des secteurs prioritaires, sur les grandes artères. Mais c’est sûr qu’on va pouvoir se diriger bientôt dans des secteurs où il y a moins d’abonnés. Déjà, lorsque des équipes terminent dans un secteur, elles peuvent prêter main-forte dans d’autres secteurs où il y a encore des pannes», ajoute Mme Beaudoin. 

Gare aux intoxications

Les autorités publiques ont par ailleurs multiplié les appels à la prudence, cette fin de semaine, en ce qui concerne l’utilisation de génératrices et de chauffages d’appoint. 

Elles rappellent que les appareils à combustible (bois, gaz propane, essence, mazout) peuvent émettre du monoxyde de carbone (CO), un gaz indétectable à moins d’être muni d’un avertisseur, et qui peut entraîner la mort en quelques minutes. 

Il est donc recommandé aux gens qui sont toujours privés de courant de ne pas faire fonctionner de génératrice dans un endroit fermé et de l’éloigner des portes et fenêtres de la maison. Les autorités déconseillent
par ailleurs l’utilisation d’appareils à combustion d’appoint à l’intérieur. 

Rappelons qu’un couple avait été retrouvé sans vie dans sa résidence de Shawinigan, l’an dernier, pendant une panne d’électricité qui avait également duré plusieurs jours. 

Les autorités avaient déclaré qu’une intoxication au CO2 était la cause vraisemblable de ces décès. 


La Sécurité civile invite également les citoyens à faire preuve de prudence avant de consommer des aliments qui sont restés plusieurs heures dans un réfrigérateur non fonctionnel. Plusieurs aliments deviennent impropres à la consommation quand ils cessent d'être réfrigérés. La liste de ces aliments pout être consultée sur le site internet du MAPAQ.