Walmart a annoncé mardi la mise sur pied d’un nouveau programmes de stages pour les personnes avec un trouble du développement.

Walmart relance son programme de stages pour personnes handicapées: un geste applaudi, mais avec des réserves

TROIS-RIVIÈRES — Walmart Canada annonçait mardi la remise sur pied d’un programme de stages pour les personnes présentant un trouble du développement, près d’un an et demi après y avoir mis un terme, ce qui avait entraîné de nombreuses réactions dans la région. La nouvelle a été accueillie de manière positive par plusieurs intervenants s’intéressant au dossier, notamment le CIUSSS de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui est directement concerné. Certains ont toutefois exprimé des réserves face à la formule de ce programme.

Ce dernier prévoit pour tous les participants actuels une occasion de stage rémunérée ou bénévole, avec possibilité de renouveler le contrat. Ces options seront possibles avec l’appui des écoles, des établissements de soins de santé et de services sociaux et des organismes à but non lucratif qui s’occupent de ces personnes handicapées. Les nouveaux participants se joignant au programme en remplacement de participants actuels se verront offrir une occasion de stage rémunérée avec un contrat renouvelable. Dans les cas de stages bénévoles avec un contrat, celui-ci pourra être renouvelé une fois, pour un maximum de deux ans, permettant ainsi à ces nouveaux participants d’acquérir de nouvelles compétences.

«On est très satisfait, indique Jacinthe Cloutier, directrice adjointe pour la clientèle adulte en déficience intellectuelle et troubles du spectre de l’autisme au CIUSSS MCQ. On est content qu’une entreprise prenne la peine de faire un programme de stages de formation, on accueille ça favorablement.»

Contrairement à l’ancien programme de la multinationale, le nouveau ne prévoit toutefois pas de plateau de travail, qui permettait à des personnes avec des limitations plus prononcées de travailler tout de même, mais avec la présence d’un employé du CIUSSS MCQ pour les accompagner. 

«Des employés modèles»

Lorsque la nouvelle était tombée, l’an dernier, que Walmart mettrait un terme au programme qui lui permettait d’embaucher des personnes avec une déficience intellectuelle, elle avait eu un effet dévastateur sur ces dernières, qui perdaient non seulement un emploi, mais également un lieu de socialisation et de valorisation. 

Le cri de détresse de ces employés avait été entendu par de nombreux employeurs de la région, qui avaient contacté le CIUSSS MCQ pour leur offrir des opportunités d’emploi ou de stage.

La mobilisation a été telle que 18 des 19 employés concernés par la fin du programme de Walmart ont pu intégrer un nouveau lieu de travail ou de stage.

Deux d’entre eux, Catherine Plamondon et André Blais, ont été embauchés et travaillent toujours au supermarché IGA Baril, à Shawinigan. La propriétaire de l’épicerie, Séléna Baril, s’était dite à l’époque très satisfaite de ses deux recrues. Un an plus tard, elle l’est toujours autant. 

«Ça se passe très bien, confirme-t-elle. Ce sont des employés modèles, définitivement. On est très contents de les avoir et ils sont très heureux d’être ici.»

 Le supermarché avait déjà embauché deux autres personnes vivant avec une déficience intellectuelle avant l’arrivée de Catherine et André. Mme Baril ne ferme d’ailleurs pas la porte à en embaucher davantage. 

Selon le CIUSSS, des 19 personnes affectées par la fin du programme de Walmart, une seule a émis le souhait de retourner y travailler. Mme Baril confirme que ce n’est ni Catherine ni André qui ont fait cette demande. 

Séléna Baril, propriétaire du IGA Baril, à Shawinigan.

Des bémols

S’il assure que le retour de ce programme est positif, Martin Caouette, professeur au département de psychoéducation de l’UQTR, qui s’intéresse à la question de l’intégration des personnes handicapées dans la société, notamment au travail, a quelques réserves sur certaines de ses modalités

Il craint qu’en offrant des stages rémunérés et d’autres bénévoles, même avec une indemnisation pour couvrir, par exemple, les frais de transport, Walmart crée des catégories d’employés. 

«C’est problématique parce qu’il va y avoir, côte à côte, des gens qui vont être rémunérés et des gens qui ne le seront pas alors qu’ils font les mêmes tâches, soulève-t-il. Ça va créer des catégories d’employés et je ne pense pas que ce soit bon pour l’intégration. Quelle sera la place des stagiaires bénévoles dans l’entreprise? Est-ce qu’ils seront invités aux partys de Noël?»

Du côté du CIUSSS MCQ, personne n’est tombé en bas de sa chaise en apprenant que certains stagiaires ne seraient pas rémunérés. «Ça se fait ailleurs, assure Mme Cloutier. Souvent, ce sont les familles des usagers qui préfèrent qu’ils ne soient pas rémunérés, parce qu’ils ont peur qu’ils ne puissent plus bénéficier des programmes de solidarité sociale.»

Martin Caouette admet que la perte de ces programmes est problématique pour les personnes vivant avec un trouble du développement, en particulier la couverture des frais de médicaments, qui peuvent être élevés. Il faudrait, pour lui, repenser ces programmes, qui ne sont pas des incitatifs à l’emploi à l’heure actuelle. 

«La  meilleure solution, elle est sur le bureau du ministre Jean Boulet en ce moment: le revenu minimum garanti, croit-il. C’est ce que lui a recommandé un comité de travail qui s’est penché justement sur cette question-là. Ça permettrait de garantir à ces personnes un montant, par exemple, 300 $ par mois, sur lequel elles ne seraient pas imposées.» 

Martin Caouette, professeur au département de psychoéducation à l’UQTR.

D’autres déchirements

La durée du stage chez Walmart est également problématique pour M. Caouette. «Ceux qui vont se retrouver stagiaires bénévoles n’auront l’opportunité de renouveler leur stage qu’une seule fois. Ça veut dire des personnes qui ont peut-être des limites plus importantes, mais qui ont quand même des activités de travail, qui vont se retrouver encore une fois, deux ans plus tard, devant rien», déplore-t-il.  

Cette question est également une préoccupation du CIUSSS MCQ, qui a tout de même été consulté par la multinationale pendant qu’elle élaborait le programme. «On trouve ça un peu limité, que ce soit un maximum de deux ans, concède Mme Cloutier. Il va falloir en tenir compte quand on va expliquer ça aux usagers. Ça va prendre de l’accompagnement, comme quand on doit leur expliquer qu’ils auront un long trajet à faire pour se rendre à leur lieu de travail.»

M. Caouette doute pour sa part que l’accompagnement
suffise à atténuer les difficultés d’adaptation que vivent les personnes vivant avec une déficience intellectuelle. 

«On aura beau trouver les bons mots, il reste qu’il va falloir leur dire: après deux ans, c’est fini. On va voir le même type de déchirement que quand Walmart a annoncé la fin de son programme, l’an dernier», prévient-il. 

Avec La Presse canadienne

Jacinthe Cloutier, directrice adjointe pour la clientèle adulte en déficience intellectuelle et troubles du spectre de l’autisme au CIUSSS MCQ.

En Mauricie et au Centre-du-Québec

Plus de 160 employeurs offrent d’accueillir des stagiaires avec un trouble du développement;

907 ont recours aux services aux adultes en déficience intellectuelle et troubles du spectre de l’autisme du CIUSSS;

Ces services reçoivent une trentaine de nouveaux usagers chaque année.