Julie Boulet

«Vous en aviez fumé du bon»

Trois-Rivières — Alors que le député péquiste André Villeneuve a interpellé vendredi la ministre Julie Boulet sur «l’absence de leadership mauricien autour de la table du conseil des ministres libéral», celle-ci n’a pas raté l’occasion de blâmer le Parti québécois pour la fermeture de Gentilly-2 en plus de ridiculiser les prévisions du PQ sur les retombées du Fonds de diversification économique de 200 millions de dollars.

C’est que par rapport à cette enveloppe mise de l’avant par le gouvernement de Pauline Marois, le député de Berthier a parlé de projets qui, au bout de 15 ans, devraient atteindre 3,5 milliards de dollars au total et permettre à terme la création de 40 000 nouveaux emplois.

«Je n’ai rien contre le fonds de Gentilly, on est content de l’avoir. On l’a exigé et on l’a demandé. Mais 40 000 emplois, vous en aviez fumé du bon. Il y en a 4000 de créés à l’heure actuelle, de créés ou sauvegardés avec plus de la moitié de l’argent. On est loin du 40 000. Vous rêviez en couleurs», a lancé celle qui a parlé d’une «procédure partisane», susceptible de se répéter pour chaque région, selon ce qu’elle a appris de la bouche de Véronique Hivon.

C’est lors de sa première réplique que la députée de Laviolette a rappelé «le plus gros coup qu’on a eu à subir au cours des dernières années en Mauricie», soit la fermeture de la centrale nucléaire.

«C’est le Parti québécois qui a mis la clé dans la porte, créant une onde de choc au niveau des travailleurs. Chez nous, c’était 2400 emplois et une masse salariale de plus de 50 millions de dollars. Encore aujourd’hui, il y a des cicatrices profondes que ces gens-là n’oublieront jamais», a-t-elle affirmé.

Or, le député Villeneuve a souligné que les intentions du PQ de fermer Gentilly-2 avaient été annoncées en 2009. «Lors de la campagne de 2012, notre position était très claire, avec le gouffre financier de Point Lepreau au Nouveau-Brunswick où tout dérapait», a-t-il relevé.

«Et ce que la ministre ne dit pas, c’est qu’ils le savaient eux aussi qu’on s’en allait dans le mur avec ça. Ils le savaient et ils ne l’ont pas dit durant la campagne. Ils ont patiné comme les meilleurs patineurs artistiques présentement, là, aux Olympiques», renchérit le représentant péquiste.

Julie Boulet n’a pas raté l’occasion de blâmer le Parti québécois pour la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2.

Une déclaration qui a fait bondir Julie Boulet. «Quand on n’est pas capable d’assumer que c’est nous autres qui a fait quelque chose, ce n’est pas drôle, hein? Quand on est obligé de dire: Les autres avant nous voulaient le faire. Imaginez, il sait qu’est-ce que le premier ministre voulait faire. C’est toute une défense. On l’a fermée, mais les autres avant nous voulaient le faire. Mais moi, j’étais là. Je n’étais pas de l’autre côté, j’étais à côté du premier ministre. Je peux dire que la bataille, on ne l’avait pas perdue, ce n’est pas vrai qu’on avait décidé de la fermer», assure-t-elle.

«On n’est jamais fiers d’être obligés de poser un geste comme celui de la fermeture de Gentilly-2. Ce n’est pas une question de fierté, c’est une question de s’assurer de faire les choix qui étaient nécessaires de faire à ce moment-là, et on l’a fait. Je pense qu’on peut plus parler de courage», a rétorqué André Villeneuve.

Participant à cette interpellation, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, a mis son grain de sel. «C’est vrai que les libéraux ne sont pas responsables de la fermeture, mais sincèrement je pense que, s’ils avaient agi plus rapidement, on aurait pu commencer la réfection. Ce que j’ai toujours reproché au Parti québécois, c’est d’avoir pris la décision de fermer la centrale dès le premier conseil des ministres, sans connaître les tenants et aboutissants», a-t-il indiqué.

Du même souffle, le représentant caquiste a écorché le bilan gouvernemental par rapport au parc industriel et portuaire de Bécancour où «il s’est perdu plus d’emplois qu’il ne s’en est créé depuis 15 ans». «Ce n’est pas normal. C’est le meilleur potentiel de la grande entreprise au Québec, et il n’y a eu aucun résultat», a-t-il martelé.

En entrevue, la ministre Boulet disait ne pas comprendre que le PQ fasse cette interpellation au cours de laquelle André Villeneuve a essentiellement reproché aux députés libéraux de la région «de ne pas avoir mis leur pied à terre» en réaction aux coupes appliquées par leur gouvernement, entre autres, en santé, où, dit-il, «la Mauricie souffre d’un manque à gagner de 38 millions de dollars au moment où le gouvernement accorde des centaines de millions aux médecins»

Et à ses yeux, la ministre Boulet n’a pas fait son travail et ne pèse pas lourd au sein du cabinet Couillard. «Jamais elle n’a mis son poing sur table au conseil des ministres pour dire que ça suffit, les citoyens de la Mauricie n’en peuvent plus. En santé, ça craque de partout. Il manque toujours 350 préposés aux bénéficiaires au CIUSSS de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec et le personnel en place est à bout de souffle», décrie le porte-parole de l’opposition officielle responsable de la région mauricienne.

Mais la principale intéressée ne voit pas les choses de la même façon. «Je pense que la Mauricie a fait un grand bond par en avant et que l’économie va bien. Il y a eu des belles annonces structurantes avec de la création d’emplois. On avait le défi de reconvertir notre économie. Ce n’est pas fini, mais on est sur une bonne mouvance, on réussit très bien. Il y a des problèmes, je n’ai jamais dit que tout était parfait, mais ce n’est pas vrai que tout va mal», a-t-elle commenté.

Présent, le député de Maskinongé et président du caucus de la Mauricie, Marc H. Plante, s’est dit fier de «la progression remarquable de notre région au cours des quatre dernières années», faisant allusion, entre autres, au taux de chômage historiquement bas, à la croissance des entreprises et à une hausse marquée du tourisme.