Pas moins de 829 syndiqués, sur une possibilité de 926 membres, ont participé à l’assemblée syndicale lundi.

Vote à l'ABI: surprise et déception

TROIS-RIVIÈRES — Le rejet massif de la dernière offre patronale par les syndiqués d’ABI est accueilli comme une douche froide par certains intervenants politiques et économiques de la région. Interpellés par Le Nouvelliste à la suite du dévoilement des résultats du vote tenu lundi, ils ont tous avoué qu’ils espéraient la fin du conflit de travail qui perdure déjà depuis 14 mois.

«Ça me surprend énormément», lance d’emblée le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois. «Je suis surpris, mais dans l’optique que je ne connaissais pas le protocole de retour au travail. C’est là que tout s’est joué, je pense. Il y avait des normes à l’effet que des travailleurs allaient rentrer plus tard.»

Le maire de Bécancour croyait bien que l’usure engendrée par 14 mois de lock-out allait pousser les syndiqués à accepter l’offre patronale et retourner au travail. «Je m’attendais si peu à ce qu’ils rejettent l’offre. Je m’attendais qu’avec l’usure et la compagnie qui voulait rouvrir l’usine, la proposition serait plus attrayante et alléchante», mentionne Jean-Guy Dubois. «Je ne sais pas ce qu’il y avait dans la proposition patronale, mais si elle a été refusée à 82 %, c’est qu’elle n’était pas attrayante.»

Le maire de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Maintenant que la dernière offre a été rejetée par les syndiqués, le maire Jean-Guy Dubois attend désormais la suite des choses. «Il va se passer de quoi dans les prochains jours? Et de toute façon, quelqu’un qui aime les montagnes russes devrait venir vivre à Bécancour pendant un an ou deux, il va connaître ça», ajoute le maire qui précise que malgré sa déception, il ne souhaite pas le règlement du conflit «à n’importe quel prix».

De son côté, le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, se disait «extrêmement déçu» par le résultat du vote. «J’étais plus dans le souhait que ça fonctionne», soutient le député de la Coalition avenir Québec.

Donald Martel estime que la position des membres du syndicat, qui ont rejeté l’offre patronale à 82 %, est très claire et que le vote secret lui donne un caractère plus démocratique. Le député de Nicolet-Bécancour, qui ne remet pas en cause la légitimité du vote tenu lundi, souhaite maintenant «que le syndicat en recommandant de rejeter la proposition ait un plan de match».

Donald Martel, le député de Nicolet-Bécancour.

«J’espère que les deux parties vont se mettre à table très rapidement, mais je pense que la balle est maintenant dans le camp du syndicat», mentionne-t-il. «La compagnie a fait une proposition. Pour moi, c’était un signe qu’elle était prête à repartir l’usine. Le syndicat a recommandé de rejeter les propositions. Il avait tout à fait le droit. Maintenant, ça fait 14 mois que le conflit dure. C’est quoi la prochaine étape? Je trouverais ça intéressant que le syndicat fasse rapidement une nouvelle proposition, car il y a une volonté de la compagnie de régler le conflit.»

Donald Martel se questionne aussi sur les conséquences de ce rejet. «J’espère que le rejet de cette proposition ne refroidira pas trop l’employeur», dit-il. «On va se mettre en mode attente. On va voir ce qui va se passer.»

ABI est le plus gros employeur du Parc industriel et portuaire de Bécancour. Depuis le début du lock-out, les conséquences économiques du conflit sont bien réelles, rappelle le président-directeur général de la Société du parc, Maurice Richard. «Ce que nous souhaitions, c’est que ça se règle. Et c’est ce que nous souhaitons encore», affirme-t-il. «[Le lock-out] a un impact négatif majeur au niveau social et économique pour l’ensemble de la région. Ce n’est pas une bonne nouvelle. Nous voulions voir ça derrière nous, surtout après 14 mois.»

Le président-directeur général de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, Maurice Richard.

Ce conflit de travail nuit aussi à la crédibilité économique de la région, précise Maurice Richard. Ce lock-out envoie de mauvais signaux aux entreprises potentiellement intéressées à venir s’établir Bécancour, mentionne aussi le président-directeur général du Parc industriel et portuaire.