Chemin Roxham
Chemin Roxham

Non, ce n’était pas la faute du chemin Roxham

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q Est-ce qu’un des facteurs qui expliqueraient pourquoi le Québec est plus touché que l’Ontario ne serait le fait que le Québec a accueilli beaucoup de réfugiés irréguliers qui passaient par le chemin Roxham? Ces personnes devaient passer par New York, qui constitue la région la plus affectée par la COVID-19 aux États-Unis. Or, on sait que ces réfugiés accueillis par centaines durant plusieurs semaines alors que la pandémie se développait n’étaient pas soumis à une quarantaine. Ils ont donc pu se déployer librement vers Montréal, qui constitue la région la plus affecté par la COVID-19 au Québec. Alors qu’en est-il?», demande Claire Simard, de Laval

R Il est vrai qu’avant que le chemin Roxham ne soit fermé, le 21 mars dernier, entre 60 et 80 migrants l’empruntaient quotidiennement pour venir demander l’asile au Canada, et qu’ils n’étaient pas soumis à une période d’isolement obligatoire — les services douaniers ne faisaient que leur demander de s’isoler, rapportait Radio-Canada à la mi-mars. Il est aussi vrai que l’État de New York est de loin le plus touché aux États-Unis, avec près de 30 % des cas américains de COVID-19 à lui seul, et même plus de 40 % si on inclut le New Jersey voisin. Et c’est bien dans la région de Montréal, où se dirige effectivement la majorité des immigrants («réguliers» et «irréguliers»), que l’on retrouve le plus de cas de COVID-10 : environ 60 % des cas confirmés de la province sont concentrés dans l’île de Montréal et à Laval.

Alors est-ce qu’on peut faire un lien entre les deux? Pas forcément et, à vrai dire, les quelques données pertinentes dont on dispose suggèrent plutôt que non. D’abord, de manière générale, plus de 150 000 personnes (touristes et citoyens revenant de l’étranger) entrent au Canada à chaque jour en temps normal, et les plus récents chiffres de Statistique Canada à ce sujet montrent que ce fut le cas au moins jusqu’en février dernier. Au Québec, on parle de plus de 22 000 entrées par jour, alors la soixantaine de plus qui passait le chemin Roxham n’a pas pu changer grand-chose à notre exposition collective au virus.

Jusqu’à la mi-mars, au moins la moitié des nouveaux cas confirmés de COVID-19 au Canada étaient reliés à des voyages internationaux, d’après les rapports épidémiologiques quotidiens du fédéral (voir figure 6). Au Québec, la situation était très comparable, signe que le chemin Roxham ne semble pas avoir changé grand-chose : le 23 mars, le directeur de la Santé publique Horacio Arruda parlait encore de 40 % de transmission communautaire contre 60 % de voyageurs internationaux, mentionnant que les pays d’où revenaient les voyageurs infectés étaient «autant Cuba [et] le sud que l’Italie, la France».

Le ministère de la Santé ne tient pas de statistiques au sujet du statut d’immigrant ou de demandeur d’asile des cas confirmés au Québec, m’a indiqué son service des communications. Mais on connaît tout de même quelques détails au sujet des sept premiers cas confirmés de COVID-19 au Québec, on n’en trouve aucun qui a vraisemblablement pu emprunter le chemin Roxham.

Le tout premier, annoncé le 28 février, était une femme qui revenait d’Iran. Le second (5 mars) était un résident des Laurentides qui avait voyagé en Inde, et il semblait vivre assez loin de Montréal puisqu’il avait consulté à l’hôpital de Mont-Laurier.

Les troisième et quatrième cas, tous deux confirmés le 9 mars, revenaient pour leur part de France et d’«Europe du Nord-Ouest», avait précisé le ministère de la Santé dans son communiqué. Les cas 5, 6 et 7 ont quant à eux été annoncés le 11 mars, tous dans la région de Montréal : il s’agissait d’une personne qui venait de revenir d’Irlande (et qui avait malheureusement pris les transports en commun à Longueuil), d’une qui revenait des Caraïbes et de Miami et d’une autre qui avait voyagé en République dominicaine. Bref, il est évident qu’aucun d’eux n’était un demande d’asile ni n’avait emprunté le chemin Roxham.

Cela ne signifie évidemment pas qu’aucun des migrants qui sont passés par là n’avait la COVID-19. Il est vraisemblable que quelques uns d’entre eux l’aient ramenée avec eux. Mais les faits et les chiffres que l’on a suggèrent fortement que cette «porte d’entrée» n’a pas pu jouer autre chose qu’un rôle extrêmement mineur et anecdotique. Ce virus-là est manifestement entré par (beaucoup) d’autres canaux que celui-là.

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