On ne sait pas combien de temps il faut attendre pour être vraiment certain qu’il ne reste plus de virus actif sur les masques.
On ne sait pas combien de temps il faut attendre pour être vraiment certain qu’il ne reste plus de virus actif sur les masques.

La patience est-elle un bon désinfectant?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Q: «Quand j’enseignais en gestion agricole au cégep, je devais parler de la notion de vide sanitaire. Je me servais de l’exemple des expositions agricoles qui utilisent pendant une période courte (environ 2 semaines) leurs étables pour accueillir des animaux provenant de différentes fermes d’élevage. Une fois l’exposition terminée, les étables sont nettoyées puis verrouillées. Rien ni personne ne peut y entrer de sorte que les microbes meurent faute de ressources pour survivre et se reproduire. Alors ne pourrait-on pas appliquer ce principe afin de récupérer les masques de protection? Après les avoir stockés dans un endroit isolé pendant un certain temps, ne pourrait-on pas les utiliser de nouveau?» demande Martin Paradis, de Saint-Martin-de-Beauce.

R: Le coronavirus qui donne la COVID-19 est ce que les microbiologistes appellent un «virus enveloppé» : lorsqu’il sort d’une cellule qu’il a infectée, il «arrache» un petit bout de la membrane cellulaire, faite de lipides. Cela l’aide à protéger ses protéines fragiles lorsqu’il circule dans l’organisme, mais cela vient aussi avec un inconvénient : les virus enveloppés ne «survivent» généralement pas bien à l’air libre.

Une seule étude a documenté la survie de la COVID-19 sur des surfaces jusqu’à maintenant. Elle est parue dans le New England Journal of Medicine à la mi-mars et a trouvé que même sur les plastiques, qui sont les surfaces où le virus persiste le plus longtemps, au bout de trois jours il ne reste pratiquement plus de virus actifs.

Alors oui, en principe, on pourrait sans doute désinfecter des masques simplement en les laissant à l’air libre dans une pièce fermée. «Je ne connaissais pas le principe du vide sanitaire avant, mais ça pourrait théoriquement marcher», indique le chercheur en microbiologie de l’Institut Armand-Frappier (INRS) et spécialiste des coronavirus Pierre Talbot. Cependant, avertit-il, c’est-là une «technique» qui n’a jamais été testée scientifiquement, alors on ne sait pas combien de temps il faut attendre pour être vraiment certain qu’il ne reste plus de virus actif sur les masques.

M. Talbot précise tout de même que les coronavirus se conservent généralement mieux dans les endroits frais et humides. On peut donc penser qu’un vide sanitaire chaud et sec serait plus efficace.

___

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.