Il y a très peu de risque de se contaminer en vélo. Pour diminuer encore le risque, on peut éviter de rouler juste derrière une autre personne (ce qui diminue aussi les risques d’accident et donc d’engorgement des urgences…).
Il y a très peu de risque de se contaminer en vélo. Pour diminuer encore le risque, on peut éviter de rouler juste derrière une autre personne (ce qui diminue aussi les risques d’accident et donc d’engorgement des urgences…).

COVID-19: pas de risques dehors?

Valérie Borde
Fondatrice, Centre Déclic
Avec le déconfinement et les beaux jours (enfin presque…), nous recevons beaucoup de questions sur les risques liés à telle ou telle situation en extérieur.  

À l’extérieur, les mouvements de l’air dispersent plus rapidement les particules émises par des porteurs du virus, ce qui diminue sa concentration dans l’air et donc les risques qu’une quantité suffisante parvienne à contaminer votre système respiratoire. Sur les surfaces qui restent exposées aux éléments, comme les bancs publics, le virus est aussi plus vite inactivé que sur des surfaces à l’intérieur. Voilà pourquoi la désinfection des espaces extérieurs a été jugée inutile.

Certaines personnes ont donc pris pour acquis que les risques d’attraper la maladie sont négligeables dès lors qu’on se trouve dehors. Certes, dans une prépublication souvent citée en dehors du monde scientifique, des chercheurs chinois n’ont pas trouvé un seul cas de contamination qui se soit produit à l’extérieur parmi 318 petits groupes de gens dans lesquels au moins 3 personnes ont été infectées à partir d’un cas initial, ce que les infectiologues appellent des grappes de contamination. Parmi ces 318 éclosions de la maladie, 129 impliquaient exclusivement des membres d’une famille habitant ensemble, 133 des proches, 29 des personnes du réseau social (collègues, amis…) et 24 impliquaient des inconnus. 

Par ailleurs, sur 7324 cas de contamination assez documentés pour qu’on en connaisse le contexte, survenus dans 320 villes de Chine hors de la province du Hubei, les mêmes chercheurs ont trouvé un seul cas où la maladie a été transmise à l’extérieur, par une personne ayant eu une conversation avec une autre.

Mais d’une part cette étude n’a pas été validée par d’autres chercheurs, et d’autre part elle a documenté des cas survenus en janvier, une période où la météo en Chine n’est pas toujours propice aux longs échanges et autres activités à l’extérieur. 

Dehors ou pas, une conversation rapprochée avec une personne ou le partage d’objets — des ustensiles pour un pique-nique, par exemple — peuvent être suffisants pour transmettre le virus. 

La science ne peut pas donner un pourcentage de probabilité précis d’attraper le virus pour chaque activité : il est impossible d’envisager absolument tous les cas de figure qui peuvent se présenter en tenant compte de tous les paramètres qui pourraient avoir une influence. De plus, les modes de transmission du virus ne sont pas encore parfaitement élucidés.

On sait que la contagion se fait principalement par des gouttelettes respiratoires infectieuses émises en toussant, ou possiblement par la simple respiration. Ces gouttelettes voyagent peu dans l’air puisque la gravité les fait rapidement retomber, d’où l’idée du 2 mètres, une distance de sécurité qui diminue de beaucoup les risques par rapport à des contacts plus rapprochés. D’où aussi l’idée de tousser et d’éternuer dans son coude. La transmission par des aérosols, des particules tellement fines qu’elles restent en suspension dans l’air, fait encore l’objet de débats : elle n’est pas exclue, même si elle n’a pas été documentée comme étant un mode important de contamination. Dehors, la circulation de l’air fait en sorte que la dilution d’éventuels aérosols est très rapide, ce qui diminue énormément les risques.

Le temps d’activité du virus sur différentes surfaces a été documenté en laboratoire, mais pas «dans la vraie vie» où il est probablement moindre. Il est impossible de dire précisément combien de temps le virus peut rester actif à tel ou tel endroit. Par contre, on sait que pour être contaminé par une surface, il faut y avoir touché avec les mains puis avoir porté celles-ci à son visage. D’où l’idée du lavage des mains, qui casse net cette chaîne de transmission, car le virus est très facilement détruit par le savon. Pour minimiser les risques, il faut aussi nettoyer ou désinfecter les objets ou surfaces qu’on touche souvent.

Les personnes qui ont des symptômes de la COVID-19 sont à l’origine de la majorité des cas de transmission. Mais on sait que ceux qui ont le virus mais n’ont pas, ou pas encore, de symptômes peuvent aussi être contagieux. Mieux vaut donc considérer que chacun d’entre nous, même en parfaite grande forme, est en tout temps potentiellement à risque de transmettre la maladie.

Dans ce contexte d’incertitude, chaque personne doit donc faire preuve de jugement lors de ses activités extérieures, en plus évidemment de suivre les consignes de la santé publique. Les chances qu’un masque diminue notablement les risques dans des activités extérieures, si ces consignes sont respectées, sont extrêmement minces. Voici quelques conseils plus spécifiques.

Au volant

Très peu de risque de se contaminer en conduisant, fenêtres ouvertes ou fermées, sauf si on voyage avec une personne infectée à bord. Voyager avec une personne avec laquelle on réside ne change rien au risque. Voyager avec une autre personne est plus aléatoire pour elle comme pour vous, ouvrir les fenêtres diminue le risque.

En vélo

Très peu de risque de se contaminer. Pour diminuer encore le risque, on peut éviter de rouler juste derrière une autre personne (ce qui diminue aussi les risques d’accident et donc d’engorgement des urgences…).

À pied

Essayer de respecter le 2 mètres de distance le plus souvent possible, mais ne pas oublier que le temps de contact compte aussi. Une fraction de seconde à 1 mètre est potentiellement moins risquée que 15 minutes à 2 mètres. Privilégier les rues ou parcs peu achalandés. Essayer de laisser la voie libre pour les autres lorsque vous vous arrêtez pour discuter ou faire la file devant un commerce.

Au parc, dans la cour et sur le balcon

Les rassemblements en extérieur avec des personnes avec lesquels vous n’habitez pas restent interdits, sauf exceptions (contexte d'aide, transports en commun, groupes qui respectent la règle des 2 mètres, etc.). Toutes les activités où on partage du matériel — verres, chaises, ballons, etc. — augmentent le risque de contagion. Les risques de contamination d’un balcon à un autre sont très faibles, mais il vaut mieux éviter de sortir sur votre balcon si vous êtes en isolement alors que vos proches voisins sont sur le leur. Si votre voisin immédiat ne respecte pas les règles ou conseils de santé publique, on peut le lui rappeler gentiment ou ne pas sortir en même temps. Les risques d’être contaminé chez soi par un virus qui serait entré par une fenêtre sont infimes.

* * * * *

Précision : une version antérieure de ce texte laissait entendre que tous les rassemblements extérieurs sont toujours interdits, ce qui est inexact. Elle a été modifiée afin de préciser qu'il existe maintenant des exceptions notables à cette règle et que les regroupements extérieurs sont permis pour, notamment, ceux qui maintiennent une distance de 2 mètres avec les autres.

___

La COVID-19 suscite énormément de questions. Afin de répondre au plus grand nombre, des journalistes scientifiques ont décidé d’unir leurs forces. Les médias membres de la Coopérative nationale de l’information indépendante (Le Soleil, Le Droit, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien et La Voix de l’Est), Québec Science et le Centre Déclic s’associent pour répondre à vos questions. Vous en avez? Écrivez-nous. Ce projet est réalisé grâce à une contribution du Scientifique en chef du Québec, qui vous invite à le suivre sur Facebook, Twitter et Instagram.