Jean-Guy Gauvin, propriétaire de la boutique Pro-Nature à La Tuque, montre un modèle de caméra de chasse.

Vols dans les chalets, un fléau à La Tuque

La Tuque — La Haute-Mauricie est un espace privilégié par les villégiateurs en raison notamment de son immense territoire de 26 000 km2. À La Tuque, on compte plus de chalets que de résidences. Chaque année, les vols dans les chalets sont un fléau. Dans les trois dernières années, près de 180 dossiers ont en effet été ouverts par les policiers pour des vols dans les chalets.

En 2019, au rôle d’évaluation de la Ville de La Tuque (excluant Lac-Édouard et La Bostonnais) on enregistre près de 4220 chalets, comparativement à 4065 résidences.

«On a plus de chalets que de maisons sur le territoire de La Tuque», confirme Hélène Langlais, directrice des communications de Ville de La Tuque.

Bientôt, les propriétaires de ces résidences secondaires seront nombreux à retourner en forêt après la période de dégel, et c’est souvent à ce moment qu’ils constateront qu’ils ont été victimes de malfaiteurs.

«Souvent, quand les gens ouvrent leur chalet, on a plus d’appels. Mais ça ne veut pas dire que ça vient d’arriver. L’important, c’est que les gens nous appellent. C’est très important de nous signaler le vol et on demande aux gens de le faire. Ça nous permet souvent d’avancer dans nos enquêtes», indique Hélène Nepton, porte-parole de la Sûreté du Québec.

À LIRE AUSSI: «On va en forêt pour être tranquille»

C’est exactement 179 dossiers d’introduction par effraction et de vols dans les chalets qui ont été compilés par la Sûreté du Québec en trois ans. En 2016, 32 dossiers sur 65 ont été solutionnés, 4 sur 38 en 2017 et 31 sur un total de 76 l’année dernière.

«Souvent, on n’est pas contemporain au vol. Il y a souvent des indices qui ont disparu lorsqu’on arrive. Ça peut avoir des conséquences sur le taux de résolution, mais on a quand même plus d’un tour dans notre sac», avance la porte-parole de la Sûreté du Québec.

Selon ce que Le Nouvelliste a pu constater, la proportion de dossiers qui se sont rendus ou qui sont encore devant les tribunaux est cinq fois plus élevée lorsqu’on parle de vols dans des chalets comparativement à des maisons d’habitation.

«Je suis en poste depuis juin 2015 à La Tuque, et c’est une réalité que je n’ai pas connue ailleurs. […] Clairement ici, ça saute aux yeux. Il y a plus d’introductions par effraction dans les chalets que dans des maisons. Il y a une disproportion entre les deux», constate le procureur de la Couronne, Me Éric Thériault.

Le territoire de la ville de La Tuque a plus de 26 000 km2.

Les sentences varient entre des travaux communautaires et une peine de pénitencier. La majorité des peines se situent toutefois aux alentours de 12 mois de prison dans les 3 dernières années, selon nos calculs, pour les dossiers de La Tuque.

«Il faut que le message de dissuasion et de dénonciation général passe. Les gens ont le droit à la quiétude autant dans leur résidence que dans leur chalet», affirme Me Thériault.

Souriez, vous êtes filmés

Pour un nombre croissant de chasseurs, les caméras de chasse ne servent plus tant à épier le gibier, mais bien à faire fuir les voleurs ou du moins enregistrer des preuves pour les identifier.

«C’est rendu qu’on a plus de demandes de caméras pour surveiller le chalet et le chemin qui mène au chalet que pour surveiller les orignaux. Il y a eu plusieurs vols cet hiver. En décembre, janvier, plusieurs personnes se sont fait voler. Les gens nous demandent la meilleure caméra sur le marché», souligne Jean-Guy Gauvin, propriétaire de la boutique Pro-Nature à La Tuque.

Les caméras sont de plus en plus sophistiquées et performantes, mais elles ne sont pas à l’abri des voleurs. Certains malfaiteurs récupèrent la caméra avant de quitter les lieux.

«Il faut la cacher comme il faut sinon les propriétaires se font voler la caméra. […] On en vend de plus en plus. Elles sont rendues beaucoup plus petites qu’avant, près de trois fois plus petites. C’est beaucoup plus facile à cacher et à manœuvrer. C’est facile d’utilisation. Il y a des modèles qui ont un écran à l’intérieur, qui se chargent à l’énergie solaire, avec une carte SD…»

«Aujourd’hui, il y a plusieurs compagnies qui en font. Il y en a pour tous les goûts et dans toutes les gammes de prix. Ça commence aux alentours de 59 $. S’il y avait du réseau cellulaire dans le coin, il y a même des modèles qui fonctionnent avec le cellulaire. On peut aller chercher des images de notre caméra à distance. Il y a des gens qui le font en ville», ajoute M. Gauvin.

Les images de la caméra peuvent servir de preuves dans certains dossiers, mais ne sont pas infaillibles, selon la Sûreté du Québec.

«Ça dépend des cas. Si la caméra est en mesure de capter des voleurs en train de s’introduire ou de sortir des objets, évidemment que ça peut être utile. Il faut que l’image soit de qualité et la caméra doit être bien positionnée. La caméra doit aussi être bien camouflée», note Hélène Nepton, porte-parole à la SQ.

On appelle également à la prudence, les images ne doivent pas servir à se faire justice soi-même non plus via les réseaux sociaux.

«On n’encourage pas cette façon de faire. Les gens pourraient être victimes de menaces, on ne sait jamais à qui on a affaire […] Ça pourrait nuire à une enquête policière aussi. Il faut porter plainte à la police. C’est la chose à faire. Il nous arrive de diffuser des vidéos pour identifier des suspects. Lorsque l’information va rentrer sur ces individus, elle va rentrer à la centrale d’informations criminelles et eux vont la colliger. C’est un enquêteur qui va prendre ça en charge», explique Mme Nepton.