Luc Martin a été victime de vol à de nombreuses reprises.

Vols dans les chalets: «C’est frustration par-dessus frustration»

LA TUQUE — «Je ne sais pas pourquoi la Sûreté du Québec demande aux gens de déclarer les vols de chalets, car ça ne sert à rien à part compiler des statistiques. J’ai été volé à maintes reprises depuis les trente dernières années. C’est très dur pour le moral, on se sent violé dans notre intimité chaque fois.» Luc Martin est propriétaire d’un chalet dans la Zec Gros-Brochet et la série de textes publiés par Le Nouvelliste la semaine dernière l’a fait réagir. Il dénonce l’inertie des autorités et les frustrations que peuvent engendrer de nombreuses plaintes qui n’aboutissent à rien.

«Les premières fois, je contactais la police et je me pliais à leurs multiples demandes de renseignements, de numéros de série, de factures… ça demande beaucoup de temps et ça vient créer un certain espoir. Par contre, après plusieurs vols et plusieurs appels à la SQ, c’est la frustration qui s’installe. Ça ne donne rien», note le Shawiniganais.

«Souvent, on en vient à la conclusion que de se faire justice soi-même, ce serait plus rapide», ajoute-t-il.

Ce dernier s’est fait voler plusieurs fois au fil du temps, tellement qu’il a cru bon cacher ses objets de valeur dans un cabanon dissimulé au beau milieu de la forêt. Malheureusement, le ou les derniers malfaiteurs qui ont dévalisé son chalet ont fait table rase.

«C’est frustration par-dessus frustration. Le dernier vol que j’ai eu, j’avais pour 28 000 $ de stock. Il n’y avait plus d’ustensiles, plus de chaudrons, ils ont même pris le papier-cul, la décoration, il n’y avait plus rien. […] La dernière fois, lors du gros vol, ils ont pris le temps de se promener partout et ils ont trouvé le cabanon», souligne M. Martin.

«J’ai rappelé la SQ parce que le vol était très important, on m’a fait les mêmes demandes de liste, etc. J’ai raccroché, j’étais désabusé», dénonce-t-il.

Il a alors décidé de s’équiper de caméras, mais les voleurs sont bien au fait qu’il peut y en avoir.

«Souvent, on se fait même voler les caméras et par le fait même les enregistrements», lance-t-il.

Luc Martin avait quand même réussi dans un dossier à capturer une photo du véhicule, mais sans le numéro d’immatriculation.

«Quand j’ai mentionné ça aux agents de la SQ, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas se déplacer pour chacun des vols, que si je n’avais pas capté une photo où on peut voir clairement la plaque ou qu’on voit clairement ce monde-là en train de voler, ils ne peuvent rien faire. Là, je me suis dit pourquoi mettre temps, argent et énergie pour déclarer les biens à la SQ quand il ne se passe rien».

Parfois, les malfaiteurs ne volent pas grand-chose, mais les dommages sont grands et décourageants. Il y a quelques années déjà, M. Martin s’est fait voler une arme à feu. Le problème, en plus du vol, c’est que le voleur n’a pas refermé les portes en quittant.

«Je n’allais pas là l’hiver. Imaginez, un hiver de temps les portes ouvertes, c’est toute la faune locale qui était installée dans le chalet. Les matelas, les couvertures... tout était infesté. Il a fallu tout jeter, il a fallu enlever l’isolation et tout refaire à neuf», expose le sexagénaire.

Puis les primes d’assurance sont particulièrement dispendieuses, selon le villégiateur.

«Si on déclare tous les vols, on engraisse les statistiques et le prix des primes d’assurance monte en flèche».

Luc Martin se questionne sur la présence de la SQ sur le territoire à certains moments critiques.

«La SQ mentionne recevoir beaucoup de plaintes au printemps. Comme les gens ouvrent les camps, c’est là qu’on s’aperçoit des vols. Peut-être que la SQ pourrait être plus présente à certains moments? Les vols se commettent souvent après la grosse chasse et avant la neige à l’automne […] On ne les voit pas souvent durant cette période. Je sais que c’est une question d’effectifs, mais on a besoin de se sentir épaulés», affirme Luc Martin.

Ce dernier sent également un manque d’empathie et de volonté de «mener une enquête sérieuse de la part de certains enquêteurs».

La réglementation des Zec pourrait aussi être revue selon lui. Il estime que la modification de certains règlements pourrait améliorer la situation.

«Je n’ai pas le droit de bloquer mon chemin même s’il est privé au cas où quelqu’un voudrait mettre son bateau à l’eau alors qu’il y a plein de places ailleurs. S’il n’y avait pas ce règlement-là, je pourrais mettre une clôture à un endroit où ce n’est pas possible de passer à côté. Je me sentirais mieux protégé. On réduirait peut-être pas mal les vols. Présentement, les voleurs ont le beau jeu», dénonce-t-il.

Celui qui est propriétaire d’un chalet depuis une trentaine d’années veut désormais vendre même s’il adore l’endroit.

«J’adore ça aller là, mais j’ai peur d’arriver et que la porte soit ouverte. […] Ma conjointe souvent, elle ne veut pas venir. Elle a peur. On a peur que ce soit défoncé et on a peur que quelqu’un se présente quand on est là», conclut M. Martin.

Rappelons que chaque année, les vols dans les chalets sont un fléau. Dans les trois dernières années, près de 180 dossiers ont en effet été ouverts par les policiers pour des vols dans les chalets en Haute-Mauricie.