Les instigateurs du mouvement des triangles jaunes, Stéphane Guay, Dave Angers et Valérie Ratelle-Gauthier.

Vision zéro: une opposition plus tranchante

TROIS-RIVIÈRES — L’adoption par le conseil municipal de Trois-Rivières de la philosophie de sécurité routière «Vision zéro» suscite de plus en plus de mécontentement chez les opposants à l’une des mesures de cette philosophie, soit l’abaissement de la limite de vitesse à 40 km/h sur les rues locales et collectrices. Le groupe, qui se disait jusqu’ici contre cette mesure et en faveur d’une consultation publique globale sur le projet, prend désormais une position plus tranchante sur la question en changeant de nom et en se baptisant «Trifluviens contre Vision zéro». Un changement qui n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux.

L’un des porte-parole du regroupement, Stéphane Guay, explique ce changement de position en raison de l’attitude adoptée par certains membres du conseil municipal envers les citoyens qui souhaitent faire connaître leurs appréhensions face à ce projet. Les instigateurs invitent d’ailleurs désormais toute personne partageant cette position à adopter le port du triangle jaune afin de faire connaître sa position.

«Le mépris, la fermeture et l’intransigeance des élus face à nos nombreuses représentations ainsi que leur incapacité chronique à venir répondre aux questions légitimes de la population nous obligent à nous positionner dorénavant contre l’ensemble du projet Vision zéro tel qu’il est imposé par le conseil municipal», indique-t-il dans un communiqué.

En entrevue, lundi, M. Guay ajoute que le groupe Facebook, qui compte quelque 940 membres, s’est toujours dit en faveur de la sécurité routière, mais soutient que «Vision zéro» n’est pas forcément la solution. «Il y a moyen de cibler des problématiques et d’agir de façon plus précise sans adopter nécessairement l’ensemble de cette philosophie, alors qu’on ne sait toujours pas combien ça va nous coûter de mettre en place ces mesures», rappelle-t-il.

Selon lui, les élus ont disposé de près de trois mois pour vendre ce projet à la population, mais qu’ils n’ont pas réussi à le faire, laissant la méfiance s’installer de plus en plus. «On reste encore et toujours avec des questions sans réponses, on a lancé des choses, fait des démarches pour obtenir des statistiques, des faits. En fin de compte, c’est nous qui sommes des leaders là-dedans alors que les porteurs du dossier devraient prendre davantage les devants», croit-il.

Le groupe, qui sera d’ailleurs présent lors des consultations publiques prévues les 16 et 23 février à Trois-Rivières, profitera de la présence de leur kiosque pour faire la distribution de triangles jaunes à la population qui désirerait en avoir. «À défaut d’être entendus, peut-être serons-nous regardés», ajoute M. Guay.

Confrontation

Ce changement de nom sur Facebook n’a pas tardé à faire réagir le conseiller municipal Luc Tremblay, qui a répliqué en publiant sur cette page le message «Trifluviens contre la sécurité», ce qui lui a valu une tonne de commentaires de la part des internautes.

«J’assume ce que je dis et c’est ce que je pense. Le but premier de «Vision zéro» est d’améliorer la sécurité routière. De se dire contre cette philosophie, pour moi, signifie être contre l’amélioration de la sécurité routière et c’est inacceptable», croit M. Tremblay.

Selon lui, il importe que les citoyens se montrent patients pour obtenir les réponses qu’ils désirent avoir, et qu’elles arriveront dès que les études permettront de mieux chiffrer les interventions qui devront être faites. «On ne peut pas chiffrer aujourd’hui ce que ça va coûter parce que les études ne sont pas faites. Avant d’en arriver aux options finales, on veut discuter avec les citoyens lors des consultations publiques mais aussi sur le terrain. On veut identifier les rues plus problématiques. Il y aura ensuite des études faites par des spécialistes qui nous proposeront les meilleures mesures à prendre», mentionne M. Tremblay, qui rappelle que le conseil s’est dit prêt à reculer sur la mesure la plus controversée, soit la réduction de la limite de vitesse à 40 km/h sur certaines rues.

«On a répondu positivement à plusieurs de leurs revendications. Il est faux de dire qu’on ne les écoute pas. On est prêt à abandonner le 40 km/h. Mais on ne reculera pas sur la sécurité en général», martèle-t-il, rappelant que d’autres mesures peuvent être mises en place tant à l’ouverture de nouvelles rues que sur des artères déjà problématiques.

Pour Stéphane Guay, cette publication du conseiller municipal était «de bas étage» et indigne de la position qu’il occupe. «C’est de la confrontation pure et simple, du gros n’importe quoi. Sur notre groupe, nous acceptons tout le monde et on veut des discussions franches et ouvertes. Mais à ce point là? Cette intervention met en lumière le peu d’argumentaire dont disposent les conseillers municipaux qui soutiennent le projet. Si c’est ça l’essentiel de leur message, on a des craintes à avoir», signale Stéphane Guay.