La limite de vitesse devrait passer de 50 km/h à 40 km/h dans les rues locales et collectrices de Trois-Rivières au cours de l’année 2019.

«Vision zéro»: une mesure qui divise

TROIS-RIVIÈRES — Au lendemain de l’adoption, mardi soir par le conseil municipal de Trois-Rivières, de la «Vision zéro», les réactions ont fusé de toutes parts, mercredi. L’une des principales mesures de cette nouvelle philosophie visant l’amélioration de la sécurité routière, soit l’abaissement à 40 km/h des limites de vitesse dans les rues locales et collectrices, ne fait pas l’unanimité.

Des citoyens ont d’ailleurs profité de l’occasion pour lancer des pétitions afin de se prononcer contre cette mesure qu’ils estiment coûteuse et inutile. L’un d’eux, Dave Angers, a initié une pétition sur le site change.org, qui avait amassé près de 300 signatures mercredi soir. «J’ai fait quelques recherches et il y a aussi plusieurs études qui disent que l’abaissement de la vitesse ne change pas grand-chose. Mais mon argument principal est de constater que c’est un investissement énorme pour la population, alors qu’il existe un million de mesures qui auraient probablement plus d’impact que celle-là», explique M. Angers.

Ce dernier attendra de voir le nombre de signatures recueillies au cours des prochains jours avant de pousser plus loin le dossier. «Je cherchais surtout à savoir combien de personnes sont du même avis que moi. Est-ce que nous sommes une majorité silencieuse? Si je vois que oui, alors on apportera certainement ça plus loin et on présentera le tout au conseil pour demander une vraie consultation», mentionne M. Angers.

Pour la conseillère municipale Mariannick Mercure, qui a initié le projet d’adoption de la Vision zéro, les échos reçus mercredi sont en grande majorité positifs. «On reçoit beaucoup de courriels de gens qui nous remercient pour ça. Évidemment, il y en a aussi quelques-uns qui ne sont pas d’accord, mais ils le sont souvent pour des raisons qui nous laissent penser qu’ils n’ont pas eu toute l’information», explique-t-elle, rappelant que des séances d’information et des forums seront tenus pour permettre à la population de comprendre la Vision zéro et d’y apporter des suggestions.

Mme Mercure ne s’est pas montrée surprise de voir que des initiatives comme la pétition de M. Angers voyaient le jour. «On s’attendait à ça. Dans toutes les villes où ils ont implanté la mesure, ils ont connu de la résistance. On vient toucher aux habitudes de vie des citoyens, c’est certain que ça devient confrontant, mais il faut considérer l’objectif derrière tout ça qui est de protéger les plus vulnérables et d’augmenter la sécurité routière», signale la conseillère du district des Forges.

Mardi soir, c’est la Vision zéro dans son ensemble que le conseil municipal a adoptée. Une étude sur les différents impacts budgétaires est en cours, et l’implantation des différentes mesures qui y sont comprises se fera au fur et à mesure au cours des prochains mois et des prochaines années. Mariannick Mercure indique que la mesure du 40 km/h pourrait entrer en vigueur à l’été ou l’automne prochain, une fois que le travail avec tous les partenaires aura été effectué.

D’ailleurs, la confusion règne en ce qui concerne les coûts liés à cette mesure. Alors que le porte-parole au cabinet du maire, Yvan Toutant, avance que le remplacement de tous les panneaux routiers représenterait de 250 000 $ à 300 000 $, Mariannick Mercure soutient plutôt que c’est 180 000 $ qui a été inscrit au budget pour cette mesure.

Trop vite?

Pour sa part, la conseillère municipale Valérie Renaud-Martin, qui n’a pas appuyé la résolution mardi soir, estime qu’on veut aller «trop loin trop vite». «On voit aujourd’hui comment c’est reçu, sur les médias sociaux mais aussi avec les pétitions et les courriels que l’on reçoit. On perd le contrôle sur le message et c’est ce que je trouve dommage. L’objectif d’augmenter la sécurité routière est louable, personne ne peut être contre ça. Mais ce que je dis, c’est que le moyen que l’on prend pour y arriver n’est peut-être pas le bon», mentionne-t-elle.

Pour Mme Renaud-Martin, il est difficile de comparer l’implantation de cette mesure à Trois-Rivières avec des villes comme Montréal ou San Francisco, où les réseaux de transport en commun sont beaucoup plus importants. «À Trois-Rivières, c’est pratiquement 97 % de la population qui possède une voiture. Moi j’aurais voulu qu’on procède à un grand chantier, qu’on consulte la population en amont pour bien faire les choses. Il y a plusieurs projets qui sont en cours qui vont être touchés par cette nouvelle mesure, et par-dessus tout, on ne peut même pas encore évaluer les coûts qui vont découler de tout ça», ajoute-t-elle.

Selon le conseiller du district de Sainte-Marthe Daniel Cournoyer, qui a initié le vote mardi soir sur cette résolution, l’abaissement des limites de vitesse nécessitera l’ajout d’une nouvelle caserne incendie, soit l’implantation d’un camion et de pompiers dans la caserne de la rue Laviolette, afin de pouvoir respecter la norme de 10 pompiers en 10 minutes, prévue au schéma de couverture de risques.

Mariannick Mercure, quant à elle, soutient que l’initiative se traduira évidemment par des investissements de la part de la Ville, mais qui bénéficieront à l’ensemble de la population.