Plusieurs intervenants ont présenté les impacts, selon leur expertise, de Vision zéro, tant positifs que négatifs.

Vision zéro: premier exercice concluant, selon la Ville

Trois-Rivières — Au lendemain de la première de deux séances de consultations publiques sur Vision zéro, la Ville de Trois-Rivières dresse un bilan positif de ce premier exercice, qui a attiré 202 visiteurs. Si les opinions exprimées par les participants aux tables de discussion organisées diffèrent et montrent toujours une division au sein de la population sur l’implantation de ce projet controversé, plusieurs participants et intervenants constatent qu’un consensus émerge: la sécurité routière est une préoccupation pour un grand nombre de Trifluviens.

Tant les gens en faveur que ceux opposés à Vision zéro ont admis que la sécurité sur et autour des rues de Trois-Rivières laisse à désirer. Les 126 participants aux tables rondes, lors desquelles ils pouvaient donner leur avis sur les mesures et les enjeux de Vision zéro, ont signifié, anecdotes et exemples à l’appui, qu’il est nécessaire d’agir pour améliorer la situation.

«Les gens trouvent que ça roule vite et qu’il y a un manque de courtoisie, confirme Cynthia Simard, coordonnatrice des communications à la Ville de Trois-Rivières. Ce sont des points qui revenaient souvent. Il y a consensus là-dessus, comme quoi la sécurité routière, on doit faire quelque chose. C’est surtout sur les moyens qu’il n’y avait pas consensus.»

Les citoyens ont pu donner leur opinion sur les différentes mesures contenues dans Vision zéro.

Bien que des ajustements soient à faire, notamment sur l’aménagement des salles qui a favorisé une certaine cacophonie par moment, Mme Simard estime que l’exercice de samedi est positif et prometteur pour la seconde séance de consultations prévue pour samedi prochain à la Bâtisse industrielle.
La conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, qui avait présenté Vision zéro au conseil municipal de Trois-Rivières en octobre dernier, était également satisfaite de cette première journée. «Ça a bien été, je trouve. Il va falloir attendre le rapport qui doit être fait sur les consultations pour avoir l’ensemble du portrait, mais je trouve déjà que les gens étaient plus nuancés que sur les réseaux sociaux», remarque-t-elle.
Mme Mercure rappelle par ailleurs que ces consultations publiques permettront au conseil municipal de choisir les mesures pour améliorer la sécurité routière, quitte à laisser de côté celles qui déplaisent à un trop grand nombre de citoyens.
Bien que le groupe «Trifluviens contre Vision zéro» se soit également prêté au jeu de cette consultation, en tenant un kiosque d’information au Centre communautaire des Ormeaux et en participant aux tables rondes, le coadministrateur de ce groupe créé sur Facebook était mitigé sur son bien-fondé.
«On nous consulte sur l’application et non sur l’adoption de Vision zéro, déplore Stéphane Guay. Je pense qu’il devrait y avoir une consultation sur le fond de la chose, maintenant que les gens ont eu de l’information, avec les kiosques. Je pense que les gens vont être en mesure de dire si oui ou non le conseil municipal va dans une bonne direction.»
De son côté, le créateur du groupe Facebook «Trifluviens pour la sécurité routière et une vision d’avenir», Julien Vassallo, avait indiqué au Nouvelliste, vendredi, qu’il aurait lui aussi souhaité que la consultation porte sur la philosophie derrière Vision zéro et non sur son application.
Les citoyens consultés par Le Nouvelliste après les tables rondes se sont pour leur part dits satisfaits de la façon dont les choses ont été faites, samedi. «C’est un bon début, affirme Robert Légaré. Au moins, ils nous demandent notre opinion.»
«C’est bien, mais j’aurais eu le goût de parler plus», regrette Michel Monier.
Plusieurs participants semblent par ailleurs en avoir appris davantage sur l’ensemble des mesures contenues dans Vision zéro, notamment le réaménagement des rues et l’amélioration du déneigement des trottoirs en hiver, que la volonté de réduire la vitesse avait éclipsés. «Vision zéro, ce que j’en avais retenu, c’est le 40 km/h», concède Diane Demers.

Difficile cohabitation
Pour nombre de citoyens qui ont participé aux tables de discussion, la mesure visant à réduire la vitesse à 40 km/h dans certains secteurs ne donnera aucun résultat. Plusieurs ont rappelé que les limites de vitesse sont trop souvent bafouées et croient que la Ville devrait plutôt exiger que son service de police soit plus sévère et plus présent dans les rues de la ville. L’exercice auquel ont participé ces citoyens est par ailleurs révélateur des difficultés de la cohabitation entre automobilistes, cyclistes et piétons. Ce problème a toutefois été attribué à un manque d’éducation et de courtoisie de la part des usagers de la route. Des lacunes qui doivent être comblées, ont dit de nombreux participants, par l’éducation, la sensibilisation et une meilleure surveillance.
L’idée de former un comité chargé de surveiller l’application de Vision zéro, voire de guider son implantation en identifiant des secteurs plus à risque et les mesures qui permettraient de corriger la situation, a également trouvé un certain écho parmi les personnes présentes à la consultation.
Plusieurs participants ont également soulevé la question des coûts d’implantation et de maintien des mesures proposées dans Vision zéro.

Candidats présents
Les trois candidats déclarés dans la course à la mairie de Trois-Rivières ont fait acte de présence à la séance de consultations publiques, samedi. Jean-François Aubin et Éric Lord se sont mêlés aux participants aux tables rondes, alors que Jean Lamarche a préféré rester en retrait pour s’informer aux différents kiosques et parler à des électeurs potentiels. M. Aubin s’est d’ores et déjà prononcé contre la diminution des limites de vitesse, une position qu’il a maintenue samedi.
«Il y a avant tout un travail d’éducation à faire, c’est la seule chose qui garantit que le reste de Vision zéro va marcher, martèle-t-il. On peut bien mettre des pancartes, mais s’il n’y a pas de sensibilisation qui est faite, ça ne donnera rien.»
Ses deux adversaires préfèrent pour leur part attendre avant de se jeter à l’eau.
«La consultation d’aujourd’hui alimente ma réflexion, mais je préfère attendre la prochaine consultation, indique M. Lord. Après, je vais me prononcer publiquement sur la manière d’implanter la sécurité à Trois-Rivières.»
Tout en affirmant qu’il est venu à la consultation avant tout pour se faire une tête sur le sujet, M. Lamarche avance l’idée que la manière dont a été amené le projet de Vision zéro a peut-être été maladroite. «On a un peu l’impression d’avoir une solution à laquelle on cherche un problème, souligne-t-il. C’est un peu ça, je pense, l’objet des consultations: remplir ce bout d’information qu’il semble manquer aux citoyens.»
Sans se prononcer catégoriquement sur la question, M. Lamarche ajoute qu’«il y aurait peut-être moyen de revoir l’idée du 40 km/h par rapport à l’ensemble de Vision zéro».