Vision zéro: «La population a envoyé un signal fort»

TROIS-RIVIÈRES — «La population a envoyé un signal fort. On espère qu’il sera entendu». C’est en ces mots que Stéphane Guay, porte-parole du regroupement «Trifluviens contre Vision zéro» a accueilli la victoire de Jean Lamarche à la mairie de Trois-Rivières. Bien qu’il soit difficile pour lui de mesurer à quel point Vision zéro a pu avoir un impact dans le résultat de cette élection, il estime tout de même que ce sujet n’a certainement pas pu être écarté de la tête des électeurs lorsqu’ils se sont rendus dans les bureaux de vote.

«Nous sommes très heureux du résultat de l’élection, car M. Lamarche était réellement le seul candidat à s’afficher pour l’abandon de la philosophie Vision zéro, et qui prônait plutôt des actions ciblées en sécurité routière. C’est difficile de mesurer à quel point sa position et notre appui à sa campagne ont pu avoir un impact, mais à voir les échos qu’on en recevait, c’est évident que ça a eu un impact», croit Stéphane Guay, qui se réjouit d’ailleurs de voir que M. Lamarche est sorti en avance dans treize des quatorze districts électoraux.

M. Guay rappelle que Jean Lamarche a été le seul élu autour de cette table à gagner ses élections alors que la population connaissait sa position sur Vision zéro. Les conseillers municipaux en faveur de cette philosophie ont en effet toujours prôné que la population leur avait grandement fait part d’une inquiétude en ce qui concerne la sécurité routière lors de la campagne électorale de 2017, mais la philosophie n’a été amenée à la table du conseil qu’une fois les élections passées, rappelle M. Guay.

«En 2017, ça n’avait pas été exposé aux électeurs. Ça fait longtemps qu’on demande un sondage scientifique sur la question, qu’on demande une consultation non pas sur les moyens, mais sur la philosophie elle-même. Je crois qu’avec l’élection du seul candidat qui souhaite l’abandon de Vision zéro, on l’a, notre sondage», mentionne Stéphane Guay, qui ajoute que pour Jean Lamarche, la question de l’urne n’était pas Vision zéro, mais l’harmonie autour de la table du conseil. Or, cette harmonie, c’est notamment en raison de Vision zéro qu’elle a été troublée récemment, rappelle-t-il.

«Pour la suite des choses, nous allons laisser du temps au temps, mais nous allons continuer d’assurer une vigie. L’objectif pour nous reste le même, et on espère que le conseil soit à l’écoute des gens», conclut-il.

De l’avis du nouveau maire de Trois-Rivières Jean Lamarche: «Vision zéro est une solution à un problème que nous n’avons peut-être pas en ce moment.»

Dialogue

Pour le conseiller municipal Claude Ferron, l’un des instigateurs de Vision zéro à Trois-Rivières, l’heure est d’abord au dialogue avec le nouveau maire, avec qui il n’a pas encore pu échanger sur le sujet.

«Nous avons établi dix grands axes de réflexion à la suite des consultations publiques, et je crois que ces grands axes reflètent bien les préoccupations qui nous ont été adressées lors de ces consultations. Maintenant, il va falloir s’asseoir avec le nouveau maire et poursuivre la réflexion avec lui. Il faut dire qu’il y a aussi une réalité budgétaire qui va nous rattraper et devoir jouer sur l’intensité des mesures apportées», signale Claude Ferron, qui dit se placer en mode dialogue dans ce dossier.

Contrairement à ce que soutient Stéphane Guay, M. Ferron ne croit pas que l’élection de Jean Lamarche envoie un signal aussi clair contre l’ensemble de Vision zéro. «Moi j’ai un autre son de cloche. Je crois qu’il y a autant de gens qui en veulent que de gens qui n’en veulent pas. Les axes de réflexion que nous avons soumis au dernier conseil répondaient aux craintes exprimées et je pense que c’était un bon outil pour poursuivre le travail. M. Guay est visiblement en mission contre Vision zéro. Est-ce qu’il y a quelque chose derrière ça? A-t-il l’intention de se présenter aux prochaines élections? Je n’en sais rien», mentionne M. Ferron.

«On n’a pas besoin de Vision zéro»

Si on se fit au propos du maire de Trois-Rivières nouvellement élu, le dialogue avec les élus sur Vision zéro ne devrait pas être très long. Jean Lamarche prône l’abandon de ce projet et se dit plutôt favorable à une approche au cas par cas en matière de sécurité routière.

«Vision zéro est une solution à un problème que nous n’avons peut-être pas en ce moment», lance le maire élu de Trois-Rivières, anciennement porte-parole du ministère des Transports du Québec.

«Nos gens de sécurité routière à Trois-Rivières sont très compétents. Je sais qu’on peut travailler en trouvant des solutions à chaque problématique. Ces solutions peuvent faire partie de Vision zéro, mais on n’a pas besoin de se baser sur Vision zéro pour trouver des solutions aux problèmes qu’on a.»