Le pilote et spécialiste de la conduite automobile, Bertrand Godin.

Vision zéro: il faut éviter la pensée magique

TROIS-RIVIÈRES — L’idée de diminuer les limites de vitesse dans les rues locales et collectrices de Trois-Rivières suscite beaucoup de réactions ces dernières semaines. Mais est-ce que le fait de diminuer la limite de vitesse de 50 km/h à 40 km/h, comme le proposent les élus trifluviens partisans de Vision zéro, rendra les automobilistes plus conscients de leur environnement? Pas nécessairement, si on se fie à l’expert en conduite automobile et pilote Bertrand Godin.

«C’est certain que plus on réduit la vitesse, moins les blessures sont graves. Mais souvent l’accident n’est pas causé par la vitesse, mais bien l’inaction», lance d’emblée Bertrand Godin lors d’une entrevue accordée au Nouvelliste.

«On mise beaucoup dans notre société de faire des conducteurs réglementaires. Ce qu’on montre, c’est la conduite en fonction des règlements, qui n’a rien à voir avec la conduite sécuritaire. [...] La pensée magique que ce n’est que la vitesse qui va arrêter les accidents, c’est une utopie.»

Le spécialiste de la conduite automobile donne l’exemple du monde de l’aviation. «On s’est rendu compte en aviation que plus tu essaies de gérer les dangers par de la réglementation, moins les gens étaient conscients des dangers», ajoute Bertrand Godin. «Ça ne veut pas dire que je suis contre la réglementation, bien au contraire. Ça prend de la réglementation. Mais il ne faudrait pas croire que de circuler à 40 km/h enlève tous les dangers. Ce qui arrive, c’est qu’on baisse la vigilance et on se rend compte qu’il y autant d’accidents qu’avant. [...] Le danger est que quelques personnes laissent tomber leur garde en se disant qu’il n’y a plus de danger.»

L’attention des conducteurs ne devrait donc pas être uniquement sur l’odomètre. Ce n’est pas parce que la limite est de 50 km/h ou 40 km/h que ces vitesses sont sécuritaires et adéquates, rappelle Bertrand Godin. De plus, le code de la sécurité routière oblige les automobilistes à adapter leur vitesse lorsque la visibilité est réduite, et ce même en raison de l’obscurité. «Il faut regarder autour de soi aussi et être capable de mettre son attention au bon endroit», précise-t-il.

Lors de tests en simulateur de conduite, Bertrand Godin a demandé aux participants de repérer les groupes d’enfants. La majorité des conducteurs apercevait aucun ou un seul groupe, alors qu’il y en avait quatre. «S’ils avaient roulé moins vite, ils auraient vu davantage les groupes d’enfants. Je demandais aux participants ce qui dictait leur vitesse et ils me répondaient que c’était le panneau», explique Bertrand Godin. «C’est donc la vitesse qui a dicté la vision, alors qu’en conduite c’est la vision qui doit dicter la vitesse.»

Le conseil municipal de Trois-Rivières souhaite abaisser la limite de vitesse dans les rues résidentielles et collectrices de 50 km/h à 40 km/h. Cette photo a été prise à l’intersection des rues Père-Daniel et Sainte-Marguerite.

Être conscient du risque lorsqu’on se retrouve derrière le volant est essentiel à une bonne conduite, soutient Bertrand Godin. De plus, le conducteur ne doit pas être impulsif, doit respecter l’autorité, ne pas se sentir invulnérable, ne pas être macho et ne pas être résigné face à ce qui arrive.

«On décide de règles, respectons-les. Et surtout, essayons de comprendre pourquoi on fait ces règles», soutient le spécialiste en conduite automobile. «Si la limite est de 40 km/h dans une zone qui est à risque parce qu’il y a des enfants, acceptons-le et respectons-le. [...] C’est possible que dans une zone de 40 km/h on doive rouler à 10 km/h. Il ne faut pas ignorer les êtres humains autour de nous.»

Le respect de la signalisation routière sur l’autoroute, comme les cédez-le-passage, est également un élément primordial. Or, Bertrand Godin estime que plusieurs automobilistes ne respectent pas la signalisation sur l’autoroute 40 dans le secteur de Trois-Rivières, ce qui entraîne des manœuvres dangereuses et des collisions. Rappelons que le ministère des Transports du Québec étudie la possibilité de diminuer la vitesse sur la portion urbaine de la 40 à 80 km/h.

«Si on réduit les vitesses et qu’on demande aux automobilistes de garder plus de distance les uns avec les autres, c’est certain qu’on va réduire énormément les collisions. Mais encore une fois, on voit combien de tamponnage dans le trafic le matin», donne en exemple M. Godin.

Les cours de conduite sont trop orientés vers la réussite de l’examen de conduite, estime Bertrand Godin. «On montre à avoir un permis de conduire, mais tous les aspects dynamiques de la conduite et la compréhension de l’effet d’une voiture sont laissés de côté. Je vois même des gens qui n’ont jamais testé leur voiture en cas de freinage d’urgence», dénonce-t-il. «Il faut aller plus loin dans l’éducation de la conduite pour atteindre un objectif zéro.»

Alco Prevention Canada et le cannabis

Bertrand Godin est à nouveau porte-parole d’Alco Prevention Canada, une entreprise qui distribue des alcotests. Et cette année avec la légalisation du cannabis, l’entreprise propose le produit Cannabis verdict qui permet de détecter le THC dans l’organisme jusqu’à 10 heures après une consommation. Cet outil permet de faire de la prévention et de savoir si on est apte à prendre le volant.

«On a beaucoup évolué depuis les années 70 où on calculait la distance entre deux villes en nombre de bières», précise Bertrand Godin. «Aujourd’hui, les gens sont mieux préparés qu’avant et on a les outils pour convaincre les gens de ne pas conduire.»