Une seconde séance de consultations publiques sur Vision zéro se tiendra ce samedi à la Bâtisse industrielle.

Vision zéro en Colombie-Britannique: «C’est vers là que le Québec s’en va»

Trois-Rivières — Le discours entourant la sécurité routière et l’adoption de Vision zéro par une Ville comme Trois-Rivières sera-t-il appelé à changer au cours des prochaines années au Québec? À en croire l’expérience vécue par les conseillers municipaux Claude Ferron et Mariannick Mercure il y a quelques jours en Colombie-Britannique, il y a matière à penser que oui. Un travail qui devra se faire grâce à la communication avec les citoyens et la concertation des différents intervenants concernés par ce dossier.

On se souviendra que les deux conseillers municipaux ainsi qu’une ingénieure des Travaux publics se sont rendus il y a deux semaines à Surrey, en Colombie-Britannique, afin de participer à un colloque sur Vision zéro, la philosophie de sécurité routière adoptée par cette province en 2013, cinq ans avant que le ministère des Transports du Québec fasse de même. Selon ce qu’ils ont pu constater, force est d’admettre que le discours, et surtout les actions, ont changé dans plusieurs villes et municipalités de l’Ouest canadien depuis ce temps.

«On dirait qu’on a pu voir où le Québec sera dans cinq ans. On sait aujourd’hui que Transports Québec planche sur une campagne de sensibilisation à Vision zéro pour 2020, ça va sans doute venir nous aider. Nous étions un peu avant notre temps il faut croire, mais c’est vers là que le Québec s’en va», a indiqué Mariannick Mercure, reconnaissant que les communications n’auront pas été des plus efficaces lors de l’adoption de Vision zéro.

Pourtant, alors qu’on leur reproche d’avoir adopté Vision zéro avant de connaître les mesures qui devront être prises à Trois-Rivières pour améliorer la sécurité routière, les conseillers ont constaté qu’il en avait été de même lors de l’adoption de cette philosophie dans l’Ouest canadien. «Là-bas aussi, on a d’abord adopté Vision zéro la première année, pour ensuite mettre un plan d’action avec les mesures à mettre en place les années suivantes. Nous n’avons pas fait les choses bien différemment», indique Mme Mercure.

Les deux conseillers municipaux disent avoir constaté un changement majeur dans le discours entourant la sécurité routière, et surtout l’absence de tabou par rapport à ce sujet. «Leur façon de faire est liée à l’approche éthique. On ne parle plus des événements causant des morts ou des blessés comme étant inévitables, on en parle comme étant inacceptables. Même dans leurs outils de communication, ils cessent d’utiliser le mot «accident», qui réfère forcément à un événement inévitable. Il y a moyen de changer le discours», constate Mme Mercure.

Déjà, les collectes de données concernant la sécurité routière se font en concertation avec les hôpitaux plutôt que seulement avec les autorités policières, ce qui a grandement changé les statistiques, ont-ils constaté. À San Fransisco, on a dénoté une différence de 39% dans les statistiques d’accidents avec morts ou blessés qui impliquaient des vélos, 24% impliquant des piétons et 28% impliquant des véhicules en se fiant aux données des hôpitaux. «Ça s’explique souvent par le fait que les gens ne font pas toujours appel aux services policiers, ou encore qu’ils ont quitté les lieux en ambulance ou par d’autres moyens pour se rendre à l’hôpital avant que les policiers n’interviennent», constate Claude Ferron, qui croit qu’à moyen terme, il serait intéressant pour la Ville de se doter d’outils qui permettront de rallier les statistiques médicales aux statistiques policières pour avoir un portrait fidèle de la situation sur nos routes et mieux identifier les endroits problématiques.

Par ailleurs, les deux conseillers municipaux aimeraient pouvoir réfléchir sur le rôle de la Commission sur la circulation et le stationnement afin d’y faire siéger également une personne de la Santé publique ainsi que du ministère des Transports pour que la Ville travaille en concertation avec ces deux organismes.

Mesures

Lors d’une présentation faite au conseil municipal, lors de la séance de travail précédant la séance publique mardi, Mariannick Mercure et Claude Ferron ont également présenté plusieurs mesures déjà mises en place ailleurs et qui pourraient s’adapter aux rues de Trois-Rivières, en tenant évidemment compte du climat et des hivers plus rigoureux et enneigés que ceux de la Colombie-Britannique.

Parmi ces mesures, on pense au projet «Écoles sécuritaires et actives», où la Ville et l’école établissent un plan de match pour sécuriser les accès principaux à l’école afin de permettre aux enfants de circuler dans les rues environnantes en sécurité pour se rendre à l’école.

Les «rues et quartiers conviviaux» ont également été mentionnés comme étant très populaires dans les villes ayant adopté Vision zéro. À la demande des citoyens d’un quartier donné, on détermine les entrées de ce quartier par des mesures physiques et de la peinture au sol par exemple, où l’on délimite le changement d’une zone de vitesse, des mesures d’atténuation du trafic, des ronds-points, des sens uniques.

«De cette façon, les gens ont le sentiment de se réapproprier la rue», note Mme Mercure.

Le voyage effectué en Colombie-Britannique a par ailleurs été salué par plusieurs membres du conseil municipal, qui ont souligné l’intérêt d’aller chercher le savoir et l’expérience à l’extérieur pour permettre au conseil d’apprendre et d’avancer plus rapidement.

Claude Ferron et Mariannick Mercure ont également souligné le grand enthousiasme et le dévouement des employés municipaux présents samedi dernier aux consultations publiques sur Vision zéro au centre communautaire des Ormeaux. Une autre séance de consultations publiques aura lieu ce samedi à la Bâtisse industrielle.