Les ressources pour femmes victimes de violence conjugale de la région ne font pas exception. À bout de souffle, elles sont souvent à pleine capacité et peinent à offrir certains services en raison d’un manque de financement et de personnel.

Violence conjugale: les maisons d’hébergement de la région à bout de souffle

Trois-Rivières — Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a lancé un cri d’alarme, mercredi, déplorant que ses membres soient débordés. Les ressources de la région ne font pas exception. À bout de souffle, elles sont souvent à pleine capacité et peinent à offrir certains services en raison d’un manque de financement et de personnel.

«En général, on est toujours au-dessus de 100% d’occupation. On a beaucoup, beaucoup de demandes auxquelles on ne peut pas répondre. On peut donner des services sans hébergement et leur parler au téléphone, mais ça ne leur donne pas d’hébergement», déplore Johanne Fréchette, coordonnatrice de la Maison de Connivence, située à Trois-Rivières.

Si une femme dont la sécurité est compromise les appelle, ces maisons tentent de lui dénicher une place coûte que coûte. «On fait une évaluation de la dangerosité de la situation pour elle et ses enfants. Si elle est en danger, on va l’installer dans la salle de jeu et on va lui mettre des matelas à terre, sauf qu’on sait que c’est temporaire. On fait le tour des maisons pour voir si elles ont une chambre de libre. Parfois, elle accepte d’aller à l’extérieur de la région, mais encore là, c’est souvent plein. On essaie de voir avec elle si elle peut se rendre chez de la famille, et on la met sur une liste d’attente», poursuit Mme Fréchette.

La situation est la même à la Maison Le Far, également située à Trois-Rivières. «Depuis le début de l’année financière qui commence le 1er avril, on dépasse notre taux d’occupation. Le 100% est dépassé chaque mois présentement. On a une liste d’attente», mentionne Karine Gendron, directrice de cette ressource d’hébergement pour les femmes victimes de violence. D’ailleurs, depuis sa fondation en 1985, rares ont été les moments où son taux d’occupation s’est retrouvé sous les 100%.

Là aussi, les intervenantes font des pieds et des mains pour leur trouver une place. «Les intervenantes font une évaluation quotidienne de leur sécurité, parce que si jamais on voit que leur sécurité est compromise, on va s’activer pour essayer de lui faire une petite place à l’intérieur de notre maison ou travailler avec nos partenaires des autres maisons d’hébergement, qui elle aussi ont souvent une liste d’attente. Sinon, elles sont sans ressource», déplore Mme Gendron.

Au Toit de l’amitié à La Tuque, il n’y a pas de problème au niveau de l’hébergement, mais on peine à offrir des services à l’externe qui sont également essentiels pour ces femmes. «On est à bout de souffle», lance Ginette Girard, coordonnatrice.

Ces services peuvent prendre la forme de rencontres individuelles ou de groupes, d’accompagnement. «Ces demandes, on doit aussi être capable d’y répondre», fait valoir Mme Girard. «On ne peut pas répondre à toutes les demandes alors on y va par priorité», ajoute-t-elle.

Des décisions difficiles. «Ce sont des choix très difficiles à faire. C’est crève-coeur. On essaie d’y aller le plus logiquement possible et avec le niveau de dangerosité de chacun des dossiers», mentionne Mme Girard.

C’est la même situation dans les autres maisons. «Le Far a une mission d’aide pour les femmes en difficulté et victimes de violence. Depuis plus de cinq ans, pour le volet femmes en difficulté en externe, on n’est plus capable de répondre à la demande», explique Mme Gendron. «On n’a pas suffisamment de ressources pour les services externes. Le manque d’argent, ç’a beaucoup plus d’impact qu’on pense», renchérit Mme Fréchette.

Comment ces organismes pourraient-ils se sortir la tête de l’eau? Par un meilleur financement, ont-ils tous répondu.

Cela leur permettrait notamment d’offrir de meilleures conditions à leurs employées qu’ils peinent à recruter. En effet, la pénurie de main-d’oeuvre les frappe de plein fouet, et avec le réseau de la santé qui embauche, ils ne sont pas de taille face à d’autres employeurs mieux nantis comme le CIUSSS par exemple. «La pénurie de main-d’oeuvre est un enjeu parce qu’on est une ressource 24 h sur 24, sept jours sur sept. On a des quarts de travail de jour, soir, nuit. Ce sont des femmes qui sont des employées ici, elles ont une vie familiale. On a des enjeux majeurs de recrutement. Le réseau vient chercher les professionnelles parce qu’on n’est pas en mesure d’accoter leurs conditions salariales», raconte Mme Gendron. «Quand on travaille dans le communautaire, on n’a pas un salaire extraordinaire. Ce sont des personnes qui ont des formations, qui s’attendent à avoir de meilleures conditions. En hébergement, on travaille le soir, la nuit, la fin de semaine. Ce n’est pas ça qui est vraiment winner actuellement. C’est très difficile de trouver, et en même temps, c’est essentiel. On est presque tout le temps en train de chercher quelqu’un. C’est très préoccupant», confie Mme Fréchette.

Mais pendant qu’elles doivent jongler avec des chiffres, des horaires, ces maisons pensent surtout à toutes ces femmes qui ont besoin de leur aide. «La détresse de ces femmes est immense», plaide Mme Fréchette.