Lyne Bourgelas est directrice adjointe de la maison d’hébergement Le Far à Trois-Rivières.
Lyne Bourgelas est directrice adjointe de la maison d’hébergement Le Far à Trois-Rivières.

Violence conjugale: deux projets pour informer et sensibiliser

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
La Tuque — Deux nouveaux projets ont été lancés pour la lutte à la violence conjugale dans la région. Dans les prochains mois, le Centre d’amitié autochtone de La Tuque et Le FAR (Famille, Accueil, Référence) multiplieront les efforts de sensibilisation en matière de violence conjugale.

Le FAR a mis en place le projet «Sous tension: Participation citoyenne pour s’unir contre la violence conjugale» qui s’échelonnera sur trois ans.

«C’est un beau gros projet qui nous stimule énormément. Vraiment, on a hâte d’aller plus loin avec ça», lance Lyne Bourgelas, directrice adjointe de la maison d’hébergement Le Far, à Trois-Rivières.

Les intervenantes se sont rendu compte au fil du temps que les femmes n’étaient peut-être pas outillées adéquatement au sujet de la violence conjugale.

«On connaît la violence souvent sous un aspect, mais pas complètement. Elles arrivaient chez nous conscientes de vivre une certaine violence, mais pas de toute l’ampleur de la violence qu’elles vivaient. Elles-mêmes peuvent être portées à banaliser cette violence.»

«On entendait aussi souvent des préjugés au niveau de la violence, autant à l’intérieur de nos murs qu’à l’extérieur. On se disait qu’il fallait faire quelque chose», ajoute Mme Bourgelas.

C’est de là qu’est né le projet «sous tension». Dans un premier temps, l’organisme souhaite dresser un portrait de ce qu’il se passe sur le terrain avant de se mettre en action dans les deux années suivantes.

«On va se permettre la première année d’aller chercher ce qui empêche ou retient les citoyens et citoyennes de la Mauricie de jouer un rôle actif lorsqu’ils sont témoins de violence conjugale. On remarque souvent que les gens ne veulent pas agir.»

«On veut examiner si c’est notre système de croyances qui fait que l’on ne bouge pas. Est-ce que ce sont les conditions socio-économiques? Est-ce que l’âge des gens à une influence par rapport à ça? Est-ce que tout ça est mixé?»

C’est ce que les porteurs du projet tenteront de trouver dans les prochaines semaines. Un sondage a d’ailleurs déjà été effectué afin d’en savoir davantage sur les connaissances et les tabous des répondants en lien avec la violence conjugale.

«On veut essayer de trouver les variables et ensuite développer les meilleurs outils pour augmenter le nombre de personnes qui pourraient avoir de meilleures connaissances sur le sujet de la violence conjugale. Aussi, on veut créer de meilleurs outils pour aider les personnes témoins et les victimes de violence conjugale.»

Le FAR souhaite, entre autres, créer une escouade de gens pour porter le message; des gens qui ont aidé quelqu’un, qui ont vécu une situation de violence conjugale, des policiers, des médecins, un voisin…

Laurianne Petiquay est directrice générale du Centre d’amitié autochtone de La Tuque.

«Autant des hommes que des femmes, parce qu’on veut aussi s’assurer que les femmes comprennent que ce ne sont pas tous les hommes qui sont violents», note Mme Bourgelas.

«On a plusieurs outils qu’on veut développer, mais on ne veut pas les dévoiler tout de suite. […] On veut sensibiliser les gens face aux tabous, aux préjugés, on va essayer de les déconstruire le plus possible. L’ultime but aussi c’est de briser l’isolement des femmes qui vivent une situation de violence conjugale.»

Un projet qui tombe bien dans les circonstances, alors qu’on s’aperçoit que les cas sont plus lourds avec la pandémie qui sévit.

«Chaque personne a déjà son bagage, mais en plus, on ajoute le stress de la COVID. On sent la lourdeur supplémentaire qui pèse sur les femmes qui font appel à nous», confirme Mme Bourgelas.

Cette dernière soutient toutefois que la situation se passe quand même «bien» dans les circonstances.

Projet Manikewin

Manikewin signifie en atikamekw préparer son terrain pour bien vivre et pour faire face aux éventualités. C’est le nom qui a été choisi pour le projet du Centre d’amitié autochtone de La Tuque (CAALT) qui vise à sensibiliser les hommes et les jeunes garçons de 12 ans et plus à la violence conjugale.

À cet égard, le CAALT proposera dans les trois prochaines années une programmation d’activités culturellement «sécurisantes et pertinentes» qui favoriseront la discussion et la réflexion.

«C’est vraiment une bonne nouvelle. On reconnaît en acceptant le projet que ce que l’on met en place c’est utile et pertinent, et que ça aide à faire partie du changement», lance Laurianne Petiquay, directrice générale du CAALT.

«Les hommes et les aînés deviennent des modèles pour les jeunes hommes. On va travailler en milieu naturel avec la transmission des savoirs. On va bâtir un programme pour eux. C’est vraiment génial, je suis vraiment contente», a lancé Mme Petiquay.

Le CAALT soutient qu’en milieu autochtone, la violence conjugale et familiale est un problème social alarmant. On indique même que la problématique est nettement supérieure comparativement au milieu allochtone. Le CAALT affirme aussi être préoccupé par le peu de ressources et de services spécifiques aux hommes sur le territoire.

Par son projet, l’organisme veut créer, entre autres, des espaces où les garçons et les hommes se sentent en confiance et à l’aise d’exprimer leurs sentiments et leurs réflexions. Les intervenants veulent susciter une réflexion auprès des hommes autochtones à l’égard de la problématique de la violence conjugale et des rôles sociaux ancestraux des sociétés autochtones.

On veut aussi, par le biais du projet, mobiliser les aînés et les modèles masculins autochtones quant au partage des savoirs et de l’expérience.

Le gouvernement du Québec a investi 300 000 $ pour ces deux projets de sensibilisation à la violence conjugale.

Grâce à un investissement de 1,9 million de dollars à travers tout le Québec, dix-neuf projets seront financés sur un maximum de trois ans, soit de 2020 à 2023, pour prévenir la violence conjugale et agir contre celle-ci.