Cette photo a été prise quelques heures après l’incident.
Cette photo a été prise quelques heures après l’incident.

Violence au hockey: «je ne souhaite pas ça à personne»

LA TUQUE — «Ce que j’ai vécu, je ne souhaite pas ça à personne». En janvier 2019, le 19 exactement, Julien Gauthier était loin de se douter que sa vie changerait drastiquement. Au milieu d’une partie de hockey senior, il a encaissé un violent coup de poing au visage lors d’une mêlée générale. Depuis l’incident au Colisée Denis-Morel à La Tuque, l’homme de 25 ans doit composer avec d’importantes séquelles et a également dû faire le deuil du sport qu’il aimait tant depuis la première fois qu’il a chaussé ses patins à l’âge de deux ans.

«J’aimerais ça rejouer, mais je ne crois pas être en mesure de le faire, surtout pas dans une ligue avec des contacts», lance le hockeyeur de Sorel.

Ce qui est le plus difficile à digérer pour Julien Gauthier, c’est qu’il n’a pas pu accrocher ses patins volontairement, comme une retraite officielle. En une fraction de seconde, le temps d’un coup de poing qu’il n’a jamais vu venir, il a été forcé de le faire. «Tu as fait ça toute ta vie et du jour au lendemain, tu ne peux plus le faire. C’est une chose que je vais devoir accepter, mais qui est très dure en ce moment», note-t-il 18 mois après les événements.

«C’est dur à accepter qu’on m’ait enlevé ce que j’aimais le plus sur la terre. J’ai beaucoup de misère à l’accepter. Le hockey, c’est comme une famille, quand tu arrives dans la chambre, ce sont tous tes chums. Du jour au lendemain, tu perds tout ça… C’est difficile».

Mais les répercussions vont bien plus loin que le hockey. Les conséquences physiques lui mènent la vie dure. Le jeune homme a perdu près de 50 % de son audition du côté gauche. Pendant plusieurs mois, se lever du lit est devenu un calvaire, il a dû se tenir sur les murs pour être capable de marcher en raison de pertes d’équilibre très sévères, et il a dû endurer des maux de tête à répétition.

Cette photo de Julien Gauthier a été prise deux jours après la partie de hockey.

Les mois qui ont suivi ont été pénibles aussi pour tout l’entourage du hockeyeur.

«Une chance qu’ils étaient là pour me soutenir. Je ne sais pas comment j’aurais pu passer à travers tout seul. Ce n’était vraiment pas le fun. Pour mes parents, ma famille, ma sœur, mon frère, mon filleul, mes tantes, ce n’était pas drôle pour personne», assure-t-il.

Depuis quelques mois, Julien Gauthier est de retour au travail après une absence de près d’un an. La situation n’est pas toujours évidente pour l’émondeur.

«Des fois, dans un arbre, ce n’est pas évident. Avec mon métier, je dois faire avec. […] J’ai de bonnes et de mauvaises journées. Il y a des matins où je me lève et j’ai besoin d’une couple d’heures pour me remettre comme du monde. Parfois je me lève au ralenti, j’ai encore des maux de tête, ce n’est pas toujours évidemment avec les étourdissements aussi. Je dois faire avec ça».

Le jeune homme de 25 ans se consacre actuellement à son métier. Il n’est pas possible de reprendre l’entraînement pour le moment, mais il n’y renonce pas.

Près d’un an après les événements, Julien Gauthier a pu recommencer son travail d’émondeur.

«Quand j’arrive le soir, je n’ai plus la même énergie qu’avant alors que je m’entraînais presque tous les jours après ma journée de travail. Maintenant, je ne fais que travailler. En arrivant chez nous, je suis brûlé. J’ai essayé de m’entraîner à nouveau, mais j’ai de la misère à faire les deux en même temps».

Le 29 juin dernier, au palais de justice de La Tuque, son agresseur a plaidé coupable à une accusation de voies de fait causant des lésions corporelles.

«J’ai été surpris pour vrai. J’étais surpris parce qu’au début pour lui tout était beau. Je ne pensais vraiment pas qu’il allait plaider coupable», lance-t-il.

Au-delà de la surprise, c’est aussi un soupir de soulagement pour le hockeyeur qui n’aura pas à témoigner dans le cadre d’un procès.

«Ça ne me tentait pas d’y aller pour vrai. Je ne sais pas comment j’aurais réagi. Ç’aurait été dur de monter là-bas».

Julien Gauthier jouait pour le Métal Perreault de Donnacona .

Robby Petiquay fait l’objet actuellement d’un rapport présentenciel et d’un rapport de type Gladue qui explique la réalité autochtone de l’accusé. Il connaîtra sa sentence à l’automne. Julien Gauthier pour sa part suivra possiblement le tout à distance. Il s’en remet à la justice pour trouver une sentence juste et équitable. Son seul souhait c’est que les coups sournois, comme celui qu’il a reçu, disparaissent.

«Il ne faut plus que ça arrive. Je n’ai pas le goût de revoir ça. Je suis retourné voir jouer mon équipe après, j’ai eu beaucoup de misère à voir la game justement à cause de ça». Dans les jours qui ont suivi l’incident, en janvier 2019, de nombreuses questions sur les bagarres au hockey ont été soulevées. Julien Gauthier lui, n’en a pas contre ces bagarres tant que tous les joueurs impliqués sont consentants et respectueux.

«Ce n’est pas parce que j’ai reçu un coup comme celui-là qu’on doit enlever les bagarres. Il y en a d’autres des gars comme lui qui sont là pour se battre. Les gars se respectent, mais lui, il n’a jamais respecté personne. Il a déjà eu d’autres coups dans le passé», rappelle-t-il.

Il faut dire qu’il s’agit du deuxième événement impliquant Robby Petiquay dans le hockey senior. Il avait asséné un coup de bâton directement au visage d’un autre joueur en 2016.

«Simon Risk n’a plus jamais été capable de rejouer lui non plus. Il n’est jamais revenu. Un gars avec un dossier assez lourd comme lui (Robby Petiquay), je ne comprends pas pourquoi il pouvait jouer dans la ligue».

«Il faut que le message passe. Il y a eu Simon Risk, il y a eu moi… s’il ne le suspendait pas ç’aurait été qui la prochaine victime ? Je le répète, ce que j’ai eu comme coup, je ne souhaite ça à personne»v, insiste-t-il.

Rappelons que Robby Petiquay a été suspendu de la Ligue de hockey senior AAA du Québec (LHSAAAQ) pour une période de cinq ans après les événements de janvier 2019.