La résidence pour personnes âgées Villa Soleil comporte 45 places d’hébergement pour des personnes âgées autonomes et semi-autonomes.
La résidence pour personnes âgées Villa Soleil comporte 45 places d’hébergement pour des personnes âgées autonomes et semi-autonomes.

Villa Soleil: des aînés dénoncent leurs conditions

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — Des résidents, leurs proches, et même des employés de la Villa Soleil à La Tuque dénoncent les conditions actuelles de la résidence pour aînés. Ils avancent qu’il y a des problèmes de salubrité, des punaises de lit, un manque de personnel, que le bâtiment est désuet… Le propriétaire de la résidence s’est rendu sur place, lundi, pour rencontrer et faire le point avec les aînés qui vivent dans l’établissement et certains membres de leur famille. Le CIUSSS MCQ a également été mis au courant de la situation.

«Nous avons été informés d’insatisfactions vécues par des résidents de la Villa Soleil et de certaines familles», confirme Kellie Forand, porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

Toutefois, le CIUSSS MCQ ne commentera pas les détails spécifiques des insatisfactions soulevées puisque la Villa Soleil, qui accueille des personnes âgées autonomes et semi-autonomes, est un milieu de vie privé.

«Nous avons déjà émis des correctifs à apporter que le propriétaire devait mettre en place à l’intérieur de délais prescrits. Les validations que nous avons réalisées sur place au cours des dernières semaines confirment que certaines problématiques sont toujours présentes», ajoute-t-elle.

On assure que la situation est suivie de très près par la Direction du programme de soutien à l’autonomie de la personne âgée du CIUSSS MCQ, responsable d’émettre la certification permettant au propriétaire d’opérer une ressource privée, afin de s’assurer que la santé et la sécurité des résidents ne soient pas compromises.

C’est une publication Facebook, partagée plus de 210 fois, qui est à l’origine de cette vague de dénonciation sur les réseaux sociaux. Pierrette Morand Philibert a voulu dénoncer ce qu’elle a constaté lors de sa dernière visite là-bas.

«C’était vraiment horrible», lance-t-elle au téléphone.

Le Nouvelliste s’est entretenu avec Henriette Morand, une résidente depuis mars 2017. La dame tente de rester positive, mais constate des lacunes sur le terrain.

«On peut dire que ça va très mal, il n’y a plus rien qui fonctionne comme de l’allure […] On essaie d’être quand même positif, mais on s’attend à ce que les résidents soient traités avec respect», indique-t-elle.

«C’est le manque d’employés qui a démarré tout le problème. Les employés ne restent pas. C’est un des grands problèmes ici […] Ça fait trois semaines que je n’ai pas eu de bain. Une chance que j’ai une douche, mais il y en a qui n’ont pas cette chance. Je ne pense pas que c’est de la mauvaise volonté, mais plus le manque de personnel. Ils sont épuisés et découragés», lance la femme de 82 ans.

D’autres résidents se sont également confiés au Nouvelliste aux abords de la résidence.

«Depuis un mois et demi, ils ont lavé une fois ma toilette. Juste la toilette. Je paie 75 $ par mois pour mon ménage et mon lavage. On est écoeuré. Il y a des gens qui en auraient long à dire, mais ils ont peur des représailles», affirme un résident.

Une ancienne employée, qui a claqué la porte dans les derniers jours, affirme avoir déposé une plainte à la police. La Sûreté du Québec n’a pas voulu confirmer l’information, mais ne l’a pas non plus infirmée.

«C’est comme s’ils avaient laissé 60 enfants seuls», a-t-elle lancé au téléphone.

«Je leur ai dit aux policiers. Moi je ne travaille pas avec des cochons, ce sont des humains», ajoute-t-elle.

L’ex-employée affirme qu’il y a également des problèmes entourant la gestion des narcotiques, l’hygiène et la gestion du personnel dans l’établissement.

«Je suis contre l’injustice. Ça me fait de la peine quand même parce que je les aime les vieux là-bas. Je vais continuer de les défendre», assure-t-elle.

D’autres anciens employés ont également souligné que l’endroit était sale et insalubre. La résidence s’est aussi retrouvée aux prises avec un problème de punaises de lit.

«Ils ont fait leur gros possible. Ils ont tout nettoyé», lance Henriette Morand.

La nourriture, bien qu’abondante et disponible en tout temps selon les dirigeants, semble aussi être problématique aux yeux de certains résidents interrogés par Le Nouvelliste. Ils indiquent que «ce n’est pas super bon», «répétitif» et qu’il «manque sérieusement de légumes».

«On a fait des demandes, notamment concernant les légumes. On nous promet des changements», affirme Henriette Morand.

«Ils voient bien que ça ne marche pas. J’ai invité M. Pronovost (le propriétaire) à faire le tour dehors et à l’intérieur aussi pour qu’il voie comment ce n’est pas propre. L’entrée est épouvantable. Un petit coup de peinture et un nouveau plancher, ça ferait un grand bien», ajoute-t-elle.

Madame Morand tentera de trouver mieux dans les prochains jours. Elle ne sait pas si elle déménagera, mais elle assure qu’elle ira «très certainement voir ailleurs».

«J’ai de la misère à penser que je vais finir mes jours ici», note-t-elle.

Rassurés... en partie

Plusieurs proches des résidents ont assisté à la rencontre avec la direction. Ils ont été rassurés, mais en partie seulement.

«S’ils font des améliorations, ça va être correct, mais on n’est pas certain que ça va se faire. Il y a beaucoup d’améliorations à faire», soutient un des proches rencontrés après la réunion.

La députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, est au courant du dossier et elle indique qu’une enquête est en cours.

«C’est vraiment désolant. Ça fait plusieurs semaines que je travaille ce dossier-là, que je rapporte des choses au CIUSSS, que je parle avec la commissaire aux plaintes», affirme-t-elle.

«La salubrité, ça n’a pas l’air de s’être amélioré beaucoup, au niveau des employés, ça n’a pas l’air terrible de travailler là. Je ne sais pas ce qu’il se passe. […] S’ils ne sont pas capables d’offrir le minimum requis, et le minimum, c’est plus que ce qu’ils offrent actuellement, ils devraient tout simplement fermer. Ce n’est pas aux personnes âgées dans le besoin à subir une mauvaise gestion. J’ai envoyé des avis au CIUSSS», précise la députée.

Des recommandations des autorités avaient poussé la direction à apporter des correctifs dans le passé selon la députée, mais les corrections «ne doivent pas être temporaires», insiste Mme Tardif.

Le CIUSSS MCQ affirme que des directives ont été communiquées au propriétaire de la ressource privée et qu’il sera demandé à celui-ci de faire part de l’évolution de la situation aux résidents et à leur famille.

«La santé et la sécurité des résidents demeurent notre priorité. Nos intervenants de soutien à domicile sont présents quotidiennement auprès des résidents. Nos actions visent à soutenir et à s’assurer que le propriétaire trouve des solutions aux problématiques existantes et qu’un milieu de vie sain et sécuritaire soit offert aux résidents», affirme Kellie Forand, porte-parole du CIUSSS MCQ.

Manque de personnel et malentendu

La direction s’est défendue en début de semaine. Pour les dirigeants, qui ont tenté de calmer la grogne des résidents lors d’une rencontre lundi, il s’agit de malentendus et d’un manque de personnel.

«J’en ressors heureux. S’il y avait des petits problèmes, on peut dire qu’on en a pris note. Par contre, beaucoup de choses ont été exagérées par des gens qui ont écrit des choses inutiles sur Facebook. C’est complètement erroné ces choses-là», lance le propriétaire de la résidence Jean-Guy Pronovost.

«Ce que l’on vit, ce sont des choses bien normales dans une organisation tout à fait normale. Ce n’est pas nécessaire de crier ça sur la place publique. C’est idiot de faire ça. Ça va juste insécuriser nos résidents. […] Ce sont des gens qui ont du cœur ici, ce ne sont pas des égoïstes. Les employés ont énormément de cœur ici», ajoute-t-il.

On reconnaît toutefois qu’il y a certaines lacunes et on promet de tout faire pour y remédier. Le manque de personnel ronge toutefois l’organisation. Plusieurs employés sont en congé de maladie alors que d’autres, notamment à l’entretien ménager, ont quitté leurs fonctions en raison de la pandémie de COVID-19 qui les mettait à risque.

«Oui, il y a des petits problèmes c’est certain. On est en manque de personnel comme partout ailleurs. Je suis directrice ici et j’ai mes papiers de préposée. Je fais 40 heures par semaine sur le plancher pour combler. Les résidents ne manquent pas de soins», insiste la directrice de l’établissement Carole Martel.

«On fait des pieds et des mains pour avoir du personnel. En attendant, on fait notre possible. Par contre, les résidents ne manquent de rien. On ne peut pas engager n’importe qui non plus.»

La directrice nie par ailleurs catégoriquement que la résidence ait été laissée sans employé dimanche soir dernier.

«Ils ont dit qu’il n’y avait personne ici hier (dimanche), c’est faux. Il y avait quelqu’un sur place», assure-t-elle.

Les dirigeants ont cru qu’une mise au point devait être faite avec les résidents et les employés.

«On s’est aperçu qu’il y a beaucoup de mémérages et que les messages ne se rendaient pas aux bonnes personnes. Il y a des gens qui répètent tout à l’envers. Un moment donné ça explose et c’est ce qui est arrivé», note la directrice.

Quant aux rumeurs de fermeture de l’établissement, les dirigeants de la Villa Soleil ont tenu à les démentir. Des travaux devraient même avoir lieu prochainement, l’ascenseur devrait être changé entre autres. La peinture devrait aussi être rafraîchie.

«On a commencé à peinturer dans le bureau et là, on a eu les punaises de lit et la COVID. Tous nos efforts ont été là, mais tout est prévu. C’était plus important que de peinturer les murs», fait remarquer Mme Martel.

«Les filles ont travaillé des 16 heures par jour. On a fait désinfecter, on a fait tout le nécessaire. En pleine pandémie, en pleine canicule, les filles sortaient en tordant leur linge. Elles ont travaillé très fort […] J’ai une très belle équipe. Les filles ne comptent pas leur temps. Elles sont dévouées», a conclu la directrice de l’établissement.