François Bourassa réclame une enquête publique sur la sécurité des résidents de la Villa du jardin fleuri, et entamera des poursuites au civil à la suite de la mort de son père survenue le 26 février dernier.

Villa du jardin fleuri: deux décès nébuleux en moins d'un an

Le décès d'André Bourassa, ce septuagénaire mort gelé à la résidence Villa du jardin fleuri après s'être retrouvé embarré dehors en pleine nuit, aurait-il pu être évité? La question se pose plus que jamais alors qu'une autre dame, résidente de l'endroit, est décédée en avril dernier dans des circonstances pratiquement identiques. Une révélation qui enrage le fils de M. Bourassa, qui réclame maintenant une enquête publique sur la sécurité dans cette résidence.
Suzanne Ratelle déplore qu'aucun correctif n'ait été apporté à la sécurité de la résidence Villa du jardin fleuri, après le décès de sa mère, Thérèse Roberge, en avril dernier.
Un premier décès est en effet survenu en avril 2016, dans le logement situé tout juste à côté de celui d'André Bourassa. Thérèse Roberge, qui habitait cette résidence depuis quelques années, s'est levée en pleine nuit et est sortie de sa chambre pour se retrouver à l'extérieur avec sa marchette. Incapable de rentrer étant donné que la porte était barrée de l'intérieur, Mme Roberge a voulu descendre du petit perron de son entrée avec sa marchette mais a perdu pied. Elle est tombée face contre terre, a subi un traumatisme crânien ainsi qu'un oedème pulmonaire, en plus de multiples contusions. Transportée en ambulance à l'hôpital, elle y est décédée quelques jours plus tard des suites de ses blessures.
À l'époque, sa famille avait porté l'incident à l'attention de la commissaire aux plaintes du CIUSSS-MCQ, explique sa fille, Suzanne Ratelle. «On aurait voulu que cet accident serve de leçon pour que des correctifs soient apportés et que personne ne revive ce que nous avions vécu. Mais quand on a vu, la semaine dernière, ce qui s'est produit avec M. Bourassa, ça nous a donné un choc. Je ne comprends pas que la sécurité n'ait pas été renforcée. C'est inadmissible», déplore Mme Ratelle.
Second décès
Rappelons qu'André Bourassa, cet homme de 79 ans décédé le 26 février dernier, souffrait d'un début d'Alzheimer et a voulu quitter sa chambre en pleine nuit. Or, la porte de sa chambre se barrait de l'intérieur, et rien ne lui permettait de sonner pour alerter quelqu'un. Confus, il s'est retrouvé dehors en pleine nuit et est décédé d'hypothermie.
Son fils, François Bourassa, n'entend pas en rester là et réclame que des correctifs soient apportés. Il entamera des poursuites judiciaires dans les prochains jours contre la résidence. 
«Il n'y avait pas de sonnette, pas de caméra, pas d'alarme sur la porte. Ils sont capables de placer des détecteurs pour dire quand une personne se lève de son lit, mais ils ne peuvent pas assurer la sécurité des portes? Et depuis que c'est arrivé, j'apprends qu'il y a eu d'autres cas avant nous. La direction n'a absolument rien fait pour améliorer la sécurité, ils n'ont tiré aucune leçon. Il faut que ça change», s'exclame celui qui réclame aujourd'hui une enquête publique sur cette résidence, mais aussi sur l'ensemble des résidences pour personnes âgées.
«Ils doivent être contraints à des normes beaucoup plus sévères. S'ils ne sont pas capables de s'occuper eux-mêmes de sécurité, il doit y avoir quelqu'un au gouvernement qui décide et qui impose des règles. Il faut que ces personnes-là, qui sont malades et vulnérables, soient en sécurité. Je veux qu'on mène une enquête publique», a-t-il lancé, visiblement ébranlé, s'exclamant qu'il n'en revenait pas que son père soit mort seul à l'extérieur, «gelé comme un chien».
À l'heure actuelle, François Bourassa a contacté quelques firmes d'avocats pour prendre des renseignements en vue d'un recours au civil contre la résidence où habitait son père depuis un mois avant les événements tragiques. Il compte déposer une poursuite dans les plus brefs délais, espérant que cette action fasse bouger les choses «pour ceux qui habitent encore là», indique-t-il.
À la Sécurité publique de Trois-Rivières, on indique que l'enquête entourant la mort d'André Bourassa est toujours en cours. Le coroner mandaté au dossier n'a pas non plus fait connaître ses conclusions à l'heure actuelle. Impossible pour le moment de savoir si des accusations de nature criminelle pourraient être portées dans ce dossier.
Vendredi, Le Nouvelliste a tenté de joindre quelqu'un de la direction de l'établissement Villa du jardin fleuri, mais nos appels n'ont pas été retournés.
Le CIUSSS analysera les deux tragédies
Dans la foulée des événements survenus à la résidence Villa du jardin fleuri, le CIUSSS-MCQ confirme qu'il procède actuellement à des vérifications pour s'assurer de la sécurité des usagers qui résident présentement dans l'établissement, qui accueille des personnes autonomes et semi-autonomes.
«Les derniers événements survenus à la résidence pour personnes âgées la Villa du jardin fleuri sont très regrettables et ont commandé rapidement que le CIUSSS-MCQ procède à des vérifications pour s'assurer de la qualité et de la sécurité des soins et des services offerts aux usagers. Nous avons évalué tous les usagers actuellement hébergés à la Villa du jardin fleuri afin de s'assurer que leurs besoins correspondent aux services que la résidence est en mesure d'offrir», explique la porte-parole du CIUSSS, Geneviève Jauron.
Bien que les événements fassent l'objet d'une enquête policière et que le CIUSSS soit, pour cette raison, contraint à maintenir un certain niveau de confidentialité, Mme Jauron explique que les deux événements qui ont entraîné la mort de Thérèse Roberge et André Bourassa seront analysés. «Ces tristes événements ont amené le CIUSSS-MCQ à procéder à une analyse complète de ces deux situations afin de s'assurer d'améliorer continuellement nos services. Advenant que des actions doivent être apportées, elles seront déployées pour l'ensemble du territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Une équipe d'inspecteurs a été mandatée le 7 mars dernier pour procéder à une inspection quant au respect des normes et des critères de qualité demandé à la résidence. Les conclusions de cette inspection seront connues très prochainement», ajoute Mme Jauron.
Rappelons que toute résidence privée pour aînés, telle que la Villa du jardin fleuri, doit être certifiée afin de pouvoir opérer en toute légalité. Le rôle du CIUSSS-MCQ est d'émettre ou de retirer les certificats de conformité aux ressources sous recommandation d'un comité d'experts ainsi que d'assurer le maintien des normes et des critères. Le CIUSSS «a la responsabilité d'assurer la vigie de la santé, de la sécurité et la protection des usagers. Le rôle de l'établissement est également de s'assurer que l'usager ait une réponse adéquate à ses besoins d'assistance personnelle», ajoute Mme Jauron.