La Villa Champêtre, dans le secteur Pointe-du-Lac, fermera ses portes dans deux semaines.

Villa Champêtre: deux semaines pour relocaliser les personnes âgées

TROIS-RIVIÈRES — Une trentaine de personnes âgées en perte d’autonomie et leurs familles ont appris mercredi que la résidence pour personnes âgées qui les accueille dans le secteur Pointe-du-Lac fermera sous peu ses portes. Les résidents de la Villa Champêtre, située sur le chemin de la Pointe-du-Lac, disposent maintenant de seulement deux semaines pour quitter les lieux et se trouver une nouvelle résidence, un délai que certains déplorent et estiment insuffisant.

«C’est un peu cavalier comme façon de faire. Qu’il y ait une fermeture, ça peut arriver, je comprends ça. Mais qu’on nous donne 14 jours pour se revirer de bord, ça je le déplore grandement», indique Pierre-Richard Lavallée, dont la belle-mère de 90 ans devra être déménagée en urgence dans les prochains jours.

La dame, en perte d’autonomie, devra d’ailleurs faire face à un second déménagement en peu de temps, elle qui avait vécu la fermeture, en septembre 2017, de la Villa du Jardin fleuri du secteur Trois-Rivières-Ouest. «Elle a toujours été très bien traitée à la Villa Champêtre. On n’a rien à dire. Le personnel avait vraiment à cœur le bien-être de notre monde. On a fait le choix d’aller dans une résidence privée parce qu’on connaissait les services qu’elle allait recevoir, nous étions prêts à payer pour ça. Maintenant, on ne veut pas juste lui trouver une place, mais s’assurer qu’elle sera bien là où elle va être. Et 14 jours, ça ne nous laisse pas beaucoup de temps pour bien évaluer tout ça. Sans compter le stress du déménagement pour une personne comme elle», constate M. Lavallée.

Selon la copropriétaire de la résidence, Véronique Gélinas, c’est essentiellement la pénurie de main-d’œuvre qui aura fait son effet pour cette résidence. «On veut donner 100 % des soins à nos résidents, on veut leur donner le meilleur, mais c’est difficile parce qu’on n’arrive plus à recruter. Et ceux qu’on recrute, on a du mal à les garder parce qu’ils partent souvent pour le réseau public, qui peut leur donner des conditions salariales et des avantages sociaux qu’au privé nous ne sommes pas capables de leur donner. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. On a placé des annonces, on a fait des démarches et des démarches, mais le recrutement est difficile. Et moi j’ai toujours eu à cœur le bien-être de mes résidents et je préfère fermer plutôt que de leur donner la moitié du service auquel ils ont droit», indique Mme Gélinas, qui ajoute que les exigences gouvernementales toujours plus élevées pour les résidences privées ne viennent pas nécessairement avec une aide à la hauteur pour s’y conformer.

Questionnée à savoir la raison pour laquelle on donnait un délai si court aux familles, Mme Gélinas a indiqué qu’avec un délai plus grand, les employés auraient tout simplement quitté la résidence pour se trouver un emploi ailleurs, ce qui aurait nui aux résidents. «On va mettre la main à la pâte pour les jours qui restent, on va faire tout en notre pouvoir pour qu’ils soient bien. Mais avec le manque de personnel, on ne pouvait pas maintenir ce rythme-là plus longtemps», mentionne Mme Gélinas.

Gestion

Bien que les propriétaires évoquent essentiellement des problèmes de recrutement de personnel, la famille d’un couple de résidents a aussi questionné la gestion de la résidence jeudi. «J’estime que c’est une mauvaise gestion. Il y a eu toutes sortes de problèmes dans les dernières semaines. À deux reprises, il n’y avait pas d’eau chaude. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. On a voulu les déménager de là parce que je n’étais pas satisfait de la façon dont c’était géré, mais ce sont eux qui voulaient rester. On ne peut pas déraciner des personnes de leur milieu comme ça», explique Claude Pellerin, dont les beaux-parents de 78 et 89 ans habitent ensemble la résidence. Ce dernier déplore qu’il n’y ait pas plus de contrôle ou de surveillance de la part du CIUSSS, qui émet les permis d’exploitation. «Tout le monde la vit, la pénurie de personnel dans la région, et les entreprises ne ferment pas toutes pour ça. Là, on nous a prévenus de la situation alors qu’on était rendu dans l’eau avec une bouée de sauvetage. C’est déplorable», ajoute-t-il.

Jeudi matin, lors de notre visite sur les lieux, les employés ne cachaient pas qu’ils étaient sous le choc. «On l’a su après les familles, à la sortie de la réunion, qu’on allait perdre nos jobs dans deux semaines. Nous on va rester jusqu’à la fin parce que les résidents, on les aime. On va faire ça pour eux», a indiqué une employée, au bord des larmes.

Selon la propriétaire, une tentative pour vendre la résidence a été faite, mais des négociations avec des acheteurs potentiels ont avorté après quelques mois de discussions. 

«Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’on ferme. Quand on a acheté la résidence, c’était parce qu’on y croyait et qu’on avait le projet à cœur. C’est notre bébé qu’on se résigne à fermer», confie Mme Gélinas, qui a tenu à saluer le professionnalisme et le dévouement de son équipe auprès des résidents de la Villa Champêtre.

CIUSSS

La résidence fermera le 30 novembre prochain, et la totalité des résidents devront se trouver un autre endroit, une démarche pour laquelle ils seront épaulés par le CIUSSS-MCQ.

«Les résidents ont été rencontrés avec leurs familles. Notre mission est de favoriser l’accompagnement vers une relocalisation, et nous mettons à leur disposition des aides techniques et des intervenants psychosociaux. Évidemment, on leur présente les ressources qui peuvent
répondre aux besoins des résidents en perte d’autonomie, mais le choix final leur revient», explique Guillaume Cliche, responsable des communications pour le CIUSSS-MCQ.

En ce qui concerne le délai donné aux résidents, M. Cliche précise qu’en temps normal, la règle demande à ce que les résidences donnent un préavis de six mois, une notion qui a été rappelée aux propriétaires. 

«Par contre, dans un cas comme celui qui nous concerne, on constate que la résidence est dans l’incapacité de poursuivre ses activités plus longtemps. On ne peut pas exiger de leur part qu’ils poursuivent malgré tout, car c’est une question de sécurité
pour les résidents. Nous nous sommes activés rapidement pour mettre en marche le processus de relocalisation», mentionne M. Cliche.