La Villa Champêtre du secteur Pointe-du-Lac fermera définitivement ce vendredi.

Villa Champêtre: «Cette résidence, c’était toute notre vie»

TROIS-RIVIÈRES — «Nous n’avons pas été des femmes d’affaires. Nous avons été des femmes de cœur». C’est en ces mots que les copropriétaires de la résidence Villa Champêtre, du secteur Pointe-du-Lac, ont tenu à s’exprimer lundi, à quelques jours de la fermeture de leur résidence. Alors que les derniers bénéficiaires continuaient de quitter les lieux, Annick Capistran et Véronique Gélinas ont voulu lancer un cri du cœur, elles qui s’estiment injustement traitées sur la place publique depuis l’annonce de cette fermeture, il y a moins de deux semaines.

En date de lundi après-midi, la résidence ne comptait plus que huit personnes. La grande majorité des chambres vides contrastaient peu avec les quelques chambres où l’on voyait des meubles prêts à être déménagés. Et alors qu’il y a quelques semaines, la grande salle commune grouillait de vie et d’éclats de rire, seulement deux résidents occupaient le grand espace. D’ici vendredi, ils seront tous partis. «On a laissé deux semaines, mais la majorité a déjà quitté après dix jours», constate Mme Capistran.

Les deux femmes ont acheté la résidence il y a presque quatre ans, alors qu’elles souhaitaient réaliser le projet de s’occuper de personnes âgées. «Moi les personnes âgées, c’est toute ma vie. J’ai été élevée dans cet environnement aussi et j’ai toujours eu à cœur le bien-être de mon monde», lance d’emblée Annick Capistran.

Toutefois, au même titre que des centaines de petites résidences pour personnes âgées au Québec, la difficulté de rétention de la main-d’œuvre, les exigences gouvernementales et les trop nombreuses dépenses encourues par ces exigences ont eu raison de cette ressource qui hébergeait jusqu’à tout récemment une trentaine de personnes âgées en perte d’autonomie.

Par-ci, 40 000 $ pour rendre la résidence conforme aux nouvelles normes en sécurité incendie, par-là un emprunt impossible à contracter auprès des institutions financières pour répondre aux exigences liées à l’installation de gicleurs, soit une dépense de plus de 100 000$ pour laquelle le gouvernement offrait une aide financière, mais seulement remboursable sur cinq ans.

«Si le gouvernement nous avait aidées, nous n’en serions pas là. Nous ne sommes pas les méchantes. Ici, les gens ont toujours été traités avec respect. Ils avaient de la bonne nourriture à tous les jours, des déjeuners copieux, et ils pouvaient manger autant qu’ils le voulaient. Ils ont toujours eu de belles activités, du chant, du bingo, de la zoothérapie. On a aidé du monde, on a dépanné des gens qui avaient besoin de produits à la pharmacie et qui n’avaient pas les sous pour aller s’en chercher. On a investi de notre argent personnel bien des fois. On a toujours travaillé en fonction des êtres humains», mentionne Mme Capistran.

Cette dernière le reconnaît: elle a été beaucoup moins présente à la résidence dans la dernière année. Le décès de sa mère lui aura fait «frapper un mur», et la gestion de la résidence est revenue entièrement à Véronique Gélinas qui, confie-t-elle, a fait du mieux qu’elle a pu. La gestion du personnel aura représenté un énorme défi pour elles.

«La grande majorité de nos employés ont été impeccables avec nous, mais certaines personnes ont fait preuve d’un manque de respect. On a essayé de répondre à leurs demandes, on essayait d’offrir des salaires pour assurer une certaine rétention et éviter un trop gros roulement pour nos résidents. Mais pour certains, ce n’était jamais assez», constate Annick Capistran, qui confie avoir eu un petit pincement au cœur en voyant des photos de la fête de Noël organisée pour les résidents en page une du Nouvelliste lundi matin.

Selon elle, cette fête a été organisée dans le secret par des employés. «Chaque année, on organisait une fête de Noël en partenariat avec certains fournisseurs. Mais là, ça s’est fait sans nous. On l’a appris par hasard vendredi alors que tout était fait. Ils ont invité les médias chez nous sans même nous en parler. J’ai eu l’impression de passer pour la méchante. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’on n’a pas choisi de fermer. On n’a juste pas eu le choix. Pourquoi ne pas nous embarquer dans l’organisation? Les résidents, on les aimait autant qu’eux», constate-t-elle.

Véronique Gélinas ajoute qu’en ce qui concerne le court délai donné aux familles lors de l’annonce de la fermeture, soit environ deux semaines, les copropriétaires n’avaient pas le choix d’agir de la sorte, d’autant plus que le CIUSSS en avait été informé et était déjà prêt dès l’annonce aux familles à les aider à trouver de nouvelles ressources. «Avec un délai plus long, les employés auraient quitté les uns après les autres, et il fallait assurer les soins aux résidents. Par ailleurs, les coûts de la bâtisse restent les mêmes si j’ai un seul résident ou si j’en ai 35. Alors au fur et à mesure que les gens partent, nous devons continuer d’assumer les coûts. Ça ne peut pas durer des mois comme ça», mentionne-t-elle.

Annick Capistran ne cache pas que des acheteurs se montrent encore intéressés à acheter la bâtisse, mais sans engagement ou garantie de leur part, elle ne pouvait pas retenir éternellement les familles. «Ce n’est pas une fierté que de tomber comme ça. C’est gênant et humiliant et, contre notre gré, ça s’est vécu sur la place publique. Mais cette résidence, c’était toute notre vie. Vendredi, quand nous allons fermer les portes définitivement, on va pleurer, ça c’est certain», indique la dame, visiblement épuisée et résignée.