Le Regroupement québécois des résidences pour aînés estime que vieillir dans sa communauté est un droit.

Vieillir dans sa communauté est-il encore possible?

Trois-Rivières — Alors que nombre de petites résidences pour aînés sont en situation de précarité extrême, au cabinet de la ministre Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, on maintient que la priorité est d’assurer la sécurité des aînés, tout en considérant les réalités auxquelles font face les propriétaires, particulièrement de petites résidences.

Si le Québec a vu plus de 400 résidences fermer leurs portes au cours des cinq dernières années, ce sont néanmoins 18 515 unités d’habitation de plus qui ont été créées durant la même période, selon les chiffres du Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA). Cette situation s’explique par la multiplication des très grandes résidences, en milieu urbain, au détriment des plus petites résidences, en milieu rural. Le slogan «vieillir dans sa communauté, un droit pour les aînés» est d’ailleurs mis de l’avant par le RQRA, présentement en tournée québécoise pour rencontrer ses membres.

«Quand on dit fermeture de résidences, c’est terrible pour le propriétaire qui y a mis toute sa vie, mais pour le résident, c’est crève-cœur. J’ai vu un monsieur de 91 ans qui m’a dit “madame, ça fait 20 ans que je vis ici, ma femme est morte ici...” Ce n’est pas facile», soutient Chantal St-Onge, directrice générale adjointe au RQRA.

«En 2000, il y avait 50 000 personnes qui habitaient en résidences pour aînés», souligne pour sa part Yves Desjardins, président-directeur général du RQRA. «Ce n’était même pas réglementé, tu avais besoin d’un permis pour avoir un dépanneur, puis pas de permis pour avoir une résidence pour aînés. Tout le contexte a changé», indique-t-il. Selon les chiffres que le RQRA met de l’avant, ce sont 140 000 personnes qui sont aujourd’hui en résidence.

«Un aîné qui est en résidence pour aîné, avec le crédit d’impôt, va coûter 30 000 $ à l’État, par année. En CHSLD, il coûte 96 000 $», souligne par ailleurs Yves Desjardins. Il déplore les orientations du système de santé qui tendent à institutionnaliser les aînés. «Il faut garder les aînés dans leur milieu», plaide le PDG du RQRA, «quand l’aîné est entouré d’amis et qu’il a du plaisir, il ne pense pas à ses bobos», déclare-t-il.

Pour M. Desjardins, les mesures fiscales encourageant le maintien à domicile — tel que l’on qualifie l’hébergement en résidence pour aînés — sont à revoir. «Il faut aider ceux qui ont un faible revenu, il y a une mesure fiscale qui existe, mais elle est mal adaptée», martèle-t-il. Pour assurer la viabilité des plus petites résidences, il importe que les aînés aient les moyens d’y vivre, explique-t-il.

Au cabinet de la ministre Blais, on dit être sensible aux revendications du RQRA. «Des discussions sont en cours afin de revoir les crédits d’impôt destinés aux aînés dans le but d’en faire une utilisation plus optimale sur la base des besoins des aînés», fait-on valoir.

Le RQRA souligne que la pénurie de main-d’œuvre, la lourdeur réglementaire — on pense notamment à la réglementation sur les gicleurs obligatoires dans les résidences de 10 unités et plus —, les certifications exigées et les baux mal adaptés à la réalité des résidences pour aînés, sont autant de problématiques à aborder si l’on veut mettre un frein à la vague de fermetures qui frappe les petites résidences.

«Il n’y a pas un propriétaire de résidence qui va être contre la sécurité de ses résidents, mais ça prend du soutien pour ça», indique Chantal St-Onge.

S’il se réjouit de l’écoute et de la sensibilité de la ministre Blais, le RQRA souligne également qu’il faut maintenant que ça bouge. On dit fonder beaucoup d’espoir dans le premier budget que doit déposer le gouvernement caquiste, le 21 mars prochain.

Restera également à voir si les mesures espérées arriveront à temps pour les résidences de la région dont les difficultés ont récemment fait la manchette.