Victoire d'Emmanuel Macron

Des milliers de partisans, des cris de joie et une marée de drapeaux français ont accueilli Emmanuel Macron dimanche devant le musée du Louvre à Paris. Mais déjà, le nouveau président s'attelait à une «tâche immense» qui «imposera de continuer à être audacieux»: celle de remporter une majorité aux législatives de juin pour amorcer un vrai «changement».
La victoire d'Emmanuel Macron à 65,8 % contre 34,2 % face à la candidate de l'extrême droite Marine Le Pen a fait de Macron, 39 ans, le plus jeune président de l'histoire de la France.
Mais pour le centriste qui a lancé son mouvement En Marche! il y a à peine un an, l'énorme défi est maintenant de remporter une majorité aux élections législatives du 11 et du 18 juin. Ce qu'il a clairement demandé dimanche, en promettant de ne céder en «rien à la peur» ni «à la division».
«Cette majorité de changements, c'est cela que j'attends de vous dans six semaines», a insisté le président élu, ancien ministre de l'Économie et pro-européen symboliquement entré sur scène au son de l'hymne européen, l'Hymne à la joie de Beethoven.
M. Macron, qui avait quelques minutes plus tôt traversé la cour du musée du Louvre, seul, le visage grave, a promis qu'il fera tout pour que les Français «n'aient plus aucune raison pour voter pour les extrêmes».
«Ce que nous avons fait depuis tant et tant de mois n'a ni précédent ni équivalent, tout le monde nous disait que c'était impossible», a-t-il ajouté.
Résultat «historique» pour Le Pen 
Malgré la défaite, la chef de l'extrême droite française, Marine Le Pen, a affirmé dimanche que son parti le Front national était devenu «la première force d'opposition» et qu'il a réussi un résultat «historique». «Le premier tour a entériné une décomposition majeure de la vie politique française par l'élimination des partis anciens», a-t-elle relaté à propos du scrutin du 23 avril. Maintenant, a ajouté Mme Le Pen, le second tour de dimanche «organise une recomposition politique de grande ampleur autour du clivage entre les patriotes et les mondialistes.»
Quinze ans après l'échec de son père, Jean-Marie, Marine Le Pen, 48 ans, s'était présentée pendant toute la campagne comme la «candidate du peuple» contre la «mondialisation» et les élites, forte de la vague populiste qui a conduit les Britanniques à voter pour le Brexit et les Américains à élire Donald Trump.
Forte abstention 
L'élection présidentielle de dimanche a été marquée par un important taux d'abstention et, surtout, de votes blancs ou nuls. Selon des estimations, en plus du taux d'abstention de 24,5 %, le nombre de votes annulés approcherait 12 %. Résultat: un Français sur trois aurait refusé de choisir dimanche entre le centriste Emmanuel Macron et Marine Le Pen, un taux record depuis 1969. 
«La présence de l'extrême droite au second tour n'a pas provoqué de surmobilisation par rapport au premier tour, contrairement à ce qui s'était passé en 2002, a commenté la professeure de science politique à l'Université de Lorraine, Anne Jadot. «Il n'y a pas eu d'effet de choc car sa présence était attendue.»
La gauche contre Macron
Le chef de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon appelle ses 7 millions d'électeurs à s'unir comme Emmanuel Macron, qu'il qualifie de «nouveau monarque présidentiel».
Arrivé quatrième avec 19,6 % des votes au premier tour du 23 avril, Jean-Luc Mélenchon a en effet dit dimanche espérer que les électeurs refuseront les 11 et 18 juin d'offrir une majorité parlementaire à M. Macron.
Après avoir pris «acte» de la victoire du nouveau président centriste dimanche, le représentant de La France insoumise n'a pas laissé une minute de répit au nouvel élu. «Puisse le sens du destin de notre patrie vous habiter, Monsieur le président, et la pensée des démunis sans droit, sans toit, sans emploi, vous obséder», a-t-il dit.
«Le programme du nouveau monarque présidentiel est connu: c'est la guerre contre les acquis sociaux du pays et l'irresponsabilité écologique», a tranché celui qui avait traité M. Macron pendant toute la campagne de «premier communiant» ou de «candidat de l'extrême-marché».