Caroline Vaudrin et Sébastien Laperrière, en des jours plus heureux. «Ce qu’on a de plus précieux, c’est nous deux», déclare-t-elle.

Victime d'un AVC, elle risque de tout perdre

Trois-Rivières — Une femme de Trois-Rivières qui doit composer avec des limitations physiques importantes à la suite d’un AVC se bat depuis 18 mois pour être reconnue par Retraite Québec comme pouvant bénéficier d’une rente d’invalidité. À bout de ressources et sur le point de tout perdre, elle et son conjoint ont accepté l’offre d’un ami de réaliser une campagne de sociofinancement, pour leur permettre de se tenir la tête hors de l’eau d’ici à ce que la décision de Retraite Québec soit rendue.

Caroline Vaudrin avait 43 ans lorsqu’elle a fait un AVC le 5 octobre 2016, au beau milieu de la nuit. Réveillé par son chien qui sentait que quelque chose n’allait pas, son conjoint Sébastien Laperrière a pu rapidement contacter les secours, ce qui a sauvé la vie de son amoureuse. Aujourd’hui, c’est le patrimoine familial qu’ils ont ensemble passé une partie de leur vie à bâtir qu’ils tentent de sauver, eux qui sont à quelques semaines de devoir rendre les clés de la maison et tout perdre ce qu’ils ont gagné en travaillant depuis toutes ces années.

C’est qu’après avoir bénéficié d’un suivi médical serré pendant plusieurs mois, dont plusieurs semaines de réadaptation au centre InterVal, où Caroline a pu réapprendre à marcher et à parler sans compter de nombreuses autres petites et grandes victoires, les médecins ont annoncé vers la fin du mois d’août 2017 qu’elle venait d’atteindre un plateau et que sa condition serait permanente. Terminé la possibilité de retourner au travail pour Caroline, qui avait déjà placé une demande à Retraite Québec pour obtenir des rentes d’invalidité.

Or, comme son état, avant ce mois d’août, avait été jugé temporaire, sa demande avait été refusée. Avec ce nouveau diagnostic confirmé par deux médecins, une nouvelle demande de révision a été faite avec les nouvelles données médicales. Retraite Québec a alors demandé un délai de 90 jours pour étude, puis un nouveau délai en octobre, pour finalement indiquer au couple, il y a quelques semaines, qu’une autre expertise médicale serait de nouveau requise afin de confirmer l’état d’invalidité permanente de Caroline, expertise qui pourrait prendre encore six mois.

En clair, aucun revenu ne lui a été versé depuis les 18 derniers mois. Son conjoint tente tant bien que mal de tenir le bateau à flots avec son salaire en usant de créativité, mais ne peut pas empêcher les dettes de s’accumuler, les factures de rentrer, les taxes municipales d’accuser du retard et les impôts de réclamer leur dû. L’assurance hypothécaire, pour sa part, semble attendre le verdict de Retraite Québec pour verser ce à quoi ils auraient droit, un verdict qui tarde à arriver et dont l’échéance demeure inconnue.

«Je suis fatiguée, je ne suis plus capable. Je me bats contre moi, mais j’ai aussi l’impression de me battre contre tout le monde», clame Caroline, qui espère pouvoir faire bouger les choses pour elle, mais aussi pour toutes les personnes qui pourraient avoir un jour à traverser cette épreuve. Ironiquement, alors qu’elle se bat pour faire reconnaître son invalidité d’un côté, elle a réussi à être reconnue en moins wd’une semaine pour l’obtention des crédits d’impôt pour personne handicapée, et ce, tant au provincial qu’au fédéral.

«Je ne comprends pas qu’il ne puisse pas y avoir un moyen d’aider le monde en attendant qu’une décision soit rendue. Si à la fin, on est accepté, ce sera déduit. Et si on nous refuse, on remboursera. Mais il y a certainement un mécanisme à revoir. Présentement, il semble qu’il faut attendre de tout perdre avant d’avoir de l’aide», résume Sébastien Laperrière.

Le couple a multiplié les démarches et même demandé de l’aide auprès du maire, du député Marc H. Plante, du critique de la CAQ en Santé François Paradis et même au bureau du ministre des Finances Carlos Leitao. Or, il semble que tant que le dossier en est au stade de l’expertise médicale, personne ne puisse faire bouger les choses. Le couple a déposé une plainte au Protecteur du citoyen, plainte qui ne sera pas entendue avant le mois de décembre.

Sociofinancement
En attendant, le couple a accepté que des proches créent une campagne de sociofinancement sur le site Gofundme afin de leur permettre d’amasser 75 000 $, ce qui n’épongera pas toutes leurs dettes, mais qui permettra de se maintenir la tête hors de l’eau pour les prochains mois, le temps que la décision soit rendue. La campagne appelée «Pour Caroline et Sébastien» avait amassé plus de 14 000 $ dimanche soir, à peine 6 jours après sa création.

«Ça nous demande beaucoup d’accepter ça, parce que c’est vraiment de laisser son orgueil et son humilité dehors. Et en même temps, ça va faire un an et demi qu’on est en train de se battre seuls, et là de sentir qu’il y a du monde derrière nous, ça fait un bien immense», constate Sébastien, qui entend redonner tout ce qu’il pourra redonner au centre InterVal et à l’organisme Aphasie Mauricie lorsque cette histoire sera terminée.

Retraite Québec
Du côté de Retraite Québec, on refuse de commenter un dossier particulier sur la place publique. De façon générale, on explique qu’une invalidité grave et permanente doit être reconnue par l’équipe médicale de Retraite Québec, qui doit rendre une décision à partir des données fournies. «Nous disposons d’un délai de 150 jours à partir de la demande initiale. Dans le cas d’une demande de révision, un autre délai de 90 jours est accordé, mais ce, uniquement à partir du moment où nous détenons tous les documents nécessaires à évaluer le dossier», répond Frédéric Lizotte, conseiller en communication pour Retraite Québec.


https://www.gofundme.com/pour-caroline-et-sebastien