Les résidents de Saint-Barnabé devraient subir une hausse de la taxe foncière de 19 % l’an prochain.

Vers une hausse de taxes de 19 % à Saint-Barnabé

SAINT-BARNABÉ — Après deux années de diminution, la taxe foncière devrait augmenter de 19 % l’an prochain, à Saint-Barnabé, passant de 79 à 94 cents par tranche de 100 $. Cette hausse est attribuable à une augmentation importante des dépenses dans trois postes budgétaires: le déneigement des rues, les frais juridiques et le recrutement d’un nouveau directeur général pour la municipalité. Une hausse qui risque de ne pas attirer la sympathie des citoyens au conseil, qui est lui-même divisé sur la question du budget, qui doit être adopté le 17 décembre.

La part du lion de cette augmentation vient des frais de déneigement, qui passeront à plus de 160 000 $ alors qu’ils représentaient, dans le précédent budget, un peu plus de 100 000 $, selon les informations obtenues par Le Nouvelliste. Rappelons que la municipalité est présentement sans contrat de déneigement. Saint-Barnabé a dû retourner en appel d’offres sur invitation, à la demande de Québec, qui a refusé l’octroi d’un contrat de gré à gré à la Ferme Fréchette et fils pour un montant de 161 249,82 $.

Puisque l’hiver est déjà entamé, le maire Michel Lemay souligne que le montant du contrat qui sera octroyé sera moins élevé que ce qu’il aurait pu être en début d’hiver. «Ça va partir (le contrat) aux environs du 20 décembre pour un entrepreneur. Je serai en mesure de donner plus d’informations jeudi prochain, à l’ouverture des soumissions», indique-t-il.

À ce montant, il faudra toutefois ajouter ce que la municipalité doit payer à Fréchette et fils depuis les premières chutes de neige. Une entente d’urgence a été conclue avec l’entreprise pour qu’elle assure le déneigement en attendant la signature d’un nouveau contrat. Lors de la dernière séance du conseil municipal, le 2 décembre dernier, il a été possible d’apprendre que le montant réclamé par l’entreprise, qui facture à l’heure, s’élève déjà à 28 000 $, ce qui exclut les deux derniers épisodes de chute de neige.

Étant donné ce montant qui fluctue selon les chutes de neige et le fait que les soumissions pour le déneigement ne sont pas encore connues, M. Lemay concède qu’il est difficile d’estimer à combien s’élèveront réellement ces coûts.

«On est en dépenses contrôlées, et si l’hiver était comme l’an passé, on sortait aux environs de 240 000 $ au lieu de 160 000 $. C’est pour ça qu’on est encore à faire des hypothèses (sur le coût du déneigement)», précise M. Lemay.

Importants frais d’avocats

Le budget 2020 prévoit également près de 30 000 $ en frais d’avocats. À titre comparatif, le montant réservé pour les frais juridiques de la municipalité s’élevait à 4000 $ dans le budget 2019 et à 5000 $ dans celui de 2018. L’importante hausse de ce poste budgétaire est liée à la saga du déneigement. La municipalité a en effet mandaté une firme d’avocats pour l’appel d’offres que Québec lui a demandé de refaire.

À la séance du 2 décembre, la conseillère et mairesse suppléante Geneviève St-Louis a indiqué aux citoyens que cette décision a été prise après que le directeur général de la Municipalité, Denis Gélinas, eut exprimé son inconfort à le faire, en raison du refus de Québec. Le conseil municipal ignore pour le moment à combien s’élèveront ces frais.

Le remboursement des frais d’avocats des membres du conseil municipal est également prévu dans ce poste budgétaire. Rappelons que le maire a été convoqué devant la Commission municipale du Québec. L’Autorité des marchés publics s’est également penchée sur le dossier.

Le maire de Saint-Barnabé, Michel Lemay.

Enfin, Saint-Barnabé devra se trouver un nouveau directeur général l’an prochain. Un montant d’environ 10 000 $ a donc été prévu au budget pour embaucher une firme qui recrutera la prochaine personne qui occupera ce poste et accompagner la Municipalité dans ce processus.

Division au conseil

À savoir comment il compte s’y prendre pour gérer le mécontentement que des citoyens pourraient décider d’exprimer lors de la séance du 17 décembre prochain, qui sera consacrée au budget, M. Lemay assure qu’il ne sera pas le seul à devoir défendre la hausse de taxe.

«Il va y avoir des conseillers qui vont avoir à expliquer, parce que ce qu’on vit, ce n’est pas juste la faute des autres. Il y a des gens à l’intérieur du conseil qui ont créé, qui ont contribué au merdier dans lequel on s’est embourbés. Ils auront à répondre à la population de leurs gestes», accuse-t-il.

M. Lemay ajoute que, même si c’est Québec qui a refusé à la Municipalité d’octroyer un contrat de déneigement de gré à gré à la Ferme Fréchette et fils, sans l’intervention de ces conseillers auprès du ministère des Affaires municipales et de l’Habitation (MAMH), celui-ci l’aurait peut-être accepté.

«Il y a des gens qui ont été voir le député, il y a des membres du conseil qui ont fait des pressions importantes auprès du ministère. C’est sûr que quand deux conseillers vont voir le ministère et disent qu’ils n’ont pas eu l’information, ils sont peut-être restés plus sur leur appétit avant de donner leur approbation pour ce qui était présenté», avance-t-il.

Bien qu’il ne les nomme pas directement, il est facile de se douter que les deux conseillers en question sont Jimmy Gélinas et Guillaume Laverdière, qui font partie du groupe d’élus et de citoyens qui ont dénoncé, il y a quelques semaines, ce qu’ils considèrent être des irrégularités dans l’octroi du contrat de déneigement. Les deux mêmes conseillers ont également voté contre la résolution autorisant la Municipalité à confier à une firme d’avocats la responsabilité de rédiger le nouvel appel d’offres pour ce contrat, considérant que le directeur général de la municipalité est celui à qui incombe cette tâche.

«C’est triste de voir que le maire fait un amalgame de tout ça et qu’il nous accuse de tous les maux», déplore Guillaume Laverdière, qui occupe le siège de conseiller numéro 3. C’est pourtant lui qui était sorti sur la place publique pour faire pression sur la ministre (des Affaires municipales et de l’Habitation) pour que le contrat soit accepté rapidement. Nous, on a constaté des irrégularités, avec des citoyens qui nous ont approchés.»

«Est-ce que le ministère s’est intéressé davantage à la municipalité parce que ç’a été médiatisé? Peut-être. Mais si la Commission municipale fait enquête, que la ministre et le député (Simon Allaire) disent qu’il y a peut-être des choses qui n’étaient pas correctes et si l’Autorité des marchés s’est penchée là-dessus, c’est qu’il doit y avoir quelque chose en dessous de tout ça», souligne M. Laverdière.

Celui-ci croit par ailleurs qu’en étant obligé de faire un nouvel appel d’offres, il n’est pas impossible que la Municipalité réalise des économies sur le déneigement.

«Les deux derniers soumissionnaires proposaient un prix respectivement de 5300 $ et de 6000 $ du kilomètre. Je m’attends à ce que les soumissions soient entre ces deux prix», indique-t-il.