Édouard Proust, ingénieur aux véhicules avancés chez FPInnovations, était satisfait des essais effectués à La Tuque.

Vers un convoi de camions avec un seul conducteur

LA TUQUE — Les routes forestières du Haut Saint-Maurice ont été l’hôte d’essais routiers dans les derniers jours, mais pas n’importe lesquels. Dans le cadre de ses recherches sur la circulation en peloton, FPInnovations a entrepris des essais routiers en milieu forestier avec une nouvelle technologie qui vise l’automatisation des camions.

«On a déjà fait des tests dans des environnements contrôlés, comme des pistes d’essais ou des autoroutes, mais c’est la première fois qu’on sort des sentiers battus. On veut voir le potentiel de la technologie dans les opérations forestières et hors route», a indiqué Édouard Proust, ingénieur aux véhicules avancés chez FPInnovations.

Pendant les essais, les camions de transports sont conduits en convoi. Ils sont reliés par un système électronique qui maintient une distance prédéterminée entre les camions et qui contrôle l’accélération et le freinage. On estime que le temps de réaction est plus rapide que celui d’un chauffeur. Les camions, lors du passage du Nouvelliste, se suivaient à environ 20 mètres de distance.

La technologie utilise un protocole de communications spécialisées, un système GPS et la technologie radar. À l’intérieur des véhicules, il y a des chauffeurs qui, en tout temps, peuvent reprendre le contrôle à l’aide d’un interrupteur.

Les résultats primaires sont extrêmement positifs selon les chercheurs, mais on a également noté quelques limitations.

«On partait d’une page blanche. Jusqu’à maintenant, c’est au-delà de nos espérances. Ça marche très bien. On a eu de la neige, de la pluie et malgré ça, les systèmes performent bien. Une des différences est au niveau topographique, et on s’y attendait. Les routes forestières ne sont pas des autoroutes, il y a plus de courbes, plus de collines, il y a une couverture forestière… tout ça impacte un peu la communication radio qui est nécessaire entre les véhicules. On s’y attendait et on a des technologies qui pourraient nous permettre de résoudre ces problèmes-là», a indiqué Édouard Proust.

Ces essais qui ont eu lieu à Rivière-aux-Rats pourraient marquer le début d’une transformation de l’industrie du transport forestier «d’une ampleur qui n’a pas été observée depuis des décennies». L’expérience fait partie d’un projet de recherche réalisé en collaboration avec Transports Canada, Auburn University et Produits forestiers Résolu.

Les camions de transport sont conduits en convoi à une distance prédéterminée. Une vingtaine de mètres séparent les deux véhicules sur la photo.

Selon les chercheurs, ce changement pourrait aussi résoudre le problème de pénurie de conducteurs qualifiés dont souffre l’industrie depuis quelques années, mais également permettre de faire des économies d’essence.

«On est en pénurie de main-d’œuvre. On pense que ça peut être une solution et même temps que ça pourrait attirer une nouvelle génération de travailleurs forestiers. On pense que ces nouvelles technologies pourraient attirer les jeunes, qui sont plus axés sur la technologie», a indiqué Jonathan Perron, directeur des opérations forestières pour PFR à Rivière-aux-Rats.

«Le but ce n’est pas d’avoir moins de main-d’œuvre. On cherche les solutions possibles pour pallier la pénurie et poursuivre la progression de notre industrie», a-t-il ajouté.

Pour le moment, il y a des conducteurs dans les camions, mais on espère dans l’avenir pouvoir en arriver à avoir un seul conducteur dans le camion de tête.

«Nous devons d’abord savoir s’il y a des lacunes technologiques dans notre système de collecte de données qui l’empêchent de recueillir des données en forêt. Si c’est le cas, il faut les trouver», a expliqué David Bevly, professeur de génie mécanique et directeur du laboratoire sur les GPS et la dynamique de véhicules à l’Université Auburn aux États-Unis.

«On pourra alors régler ces lacunes. Notre technologie de circulation en peloton a déjà été appliquée avec succès sur les routes publiques et je suis certain qu’elle peut s’appliquer aux opérations forestières. La question est de savoir comment le faire. Les essais d’aujourd’hui nous aideront à répondre à cette question», a-t-il ajouté.

FPInnovations se servira des résultats pour poursuivre ses recherches sur la circulation en peloton.

Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, et la députée de Laviolette–Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, se sont également déplacés pour voir les premiers essais du genre sur des routes forestières au Canada.

«C’est très intéressant de voir jusqu’où la technologie est rendue et les progrès qui sont faits. […] Le gouvernement est orienté vers l’innovation, la recherche et la nouvelle technologie et aussi vers des emplois payants et avant-gardistes qui vont aider les jeunes à rester dans les régions. Ça se marie parfaitement avec ce projet-là», a conclu Mme Tardif.