Le paysage politique régional pourrait bien être différent le 2 octobre.

Vers un changement de couleur?

TROIS-RIVIÈRES — À l’automne, le temps est au changement de couleur. Or, cette année, c’est toute une région qui risque d’afficher une nouvelle teinte politique à compter du 1er octobre. Et à voir le premier ministre sortant, Philippe Couillard, débarquer en Mauricie en fin de campagne démontre à quel point il craint de voir disparaître le rouge libéral au profit du bleu caquiste. Déjà que par la force des choses, il a perdu une branche qui lui était fructueuse, soit celle de Laviolette avec Julie Boulet.

Au contraire, François Legault, qui avait déjà fait une première visite tardive en région, a décidé en début de semaine de ne pas venir à Trois-Rivières et de se rendre plutôt dans le nord du Québec. De quoi renforcer l’idée d’une Mauricie déjà acquise à la CAQ. Une thèse d’ailleurs accréditée plus d’une fois par les différents sondages.

Même lors de son passage au Nouvelliste pour une entrevue éditoriale, le chef caquiste respirait la confiance. C’était toutefois avant qu’il trébuche, quelques jours plus tard, sur le thème de l’immigration. Et comme annonce, il s’était engagé à créer un fonds spécial de dix millions de dollars pour décontaminer les terrains à Trois-Rivières et Shawinigan. Une somme qui a fait sourire le député libéral sortant dans Champlain, Pierre Michel Auger, sachant bien que la restauration du site Aleris, qu’il «contemple» à tous les jours de son bureau, coûtera à elle seule plusieurs dizaines de millions de dollars.

Or, on ne peut pas dire que les candidats de la Coalition avenir Québec en région ont pris de grands risques depuis le déclenchement des hostilités. Si Jean Boulet a étiré son concept de quartier des affaires et de l’innovation au centre-ville trifluvien, visiblement inspiré des travaux déjà amorcés en ce sens par Innovation et Développement économique Trois-Rivières, sa célèbre collègue Sonia LeBel, dans Champlain, a plaidé pour la modernisation du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap... qui est déjà dans la machine. À moins qu’elle sentait le besoin d’allumer des lampions pour devenir vice-première ministre...

Quant à Simon Allaire, dans Maskinongé, il sera revenu sur ce projet de Hub agroalimentaire. Disons qu’il aura fait surtout parler de lui pour sa CAQ mobile... et ses excès de vitesse du passé. En ce qui concerne Marie-Louise Tardif, dans Laviolette-Saint-Maurice, qui n’aura pas eu à affronter la redoutable soeur de Jean Boulet, sa campagne aura été un long fleuve tranquille, pour ne pas dire une rivière qu’elle aura longée jusqu’à La Tuque.

Ah! oui, il y a le député caquiste sortant dans Nicolet-Bécancour, Donald Martel, qui s’est fait plus discret qu’au cours des quatre dernières années. Avance oblige... Pourtant, il avait à affronter des adversaires de qualité, que ce soit Marie-Claude Durand, du PLQ, François Poisson, de QS, et Lucie Allard, du PQ, qui s’est même permise de l’attaquer lors du débat radiophonique tenu à Nicolet.

Sur la rive nord, les candidats libéraux aiment faire valoir la force de l’équipe. Si jamais leur chef déjouait les prédictions, Marc H. Plante, que l’on aperçoit dans la publicité nationale, pourrait espérer un ministère. Sinon, ce seul survivant potentiel d’une vague caquiste en région devrait se contenter d’un siège dans l’opposition. Et dire que le candidat dans Maskinongé et ses collègues Jean-Denis Girard, Pierre Michel Auger et Pierre Giguère se sont présentés en campagne avec un bilan économique fort enviable. Comme quoi la politique peut être ingrate...

Du côté du Parti québécois, le moral était bon quand Jean-François Lisée et Véronique Hivon furent les premiers à se prêter au jeu de l’entrevue éditoriale au Nouvelliste. C’était à la fin août. Depuis, la formation souverainiste a même réussi à gagner quelques points dans les sondages, mais on est encore loin du pouvoir. Pire encore, voilà que le chef est empêtré dans ses attaques à l’endroit de Québec solidaire, sûrement au grand désespoir de sa vice-cheffe.

On ne peut pas dire que le PQ a frappé fort en région. Oui, Marie-Claude Camirand, dans Trois-Rivières, est arrivée dans la course avec son expérience municipale tandis que Gaétan Leclerc, dans Champlain, était connu pour interpréter les chansons de son oncle Félix. Mais tant Jacynthe Bruneau, dans Laviolette-Saint-Maurice (qui gagnait vraisemblablement à être connue), que Nicole Morin, dans Maskinongé, n’avaient pas la «notoriété» d’une Muguette Paillé, qui devait représenter ce dernier comté jusqu’à ce qu’elle tienne des propos controversés sur les réseaux sociaux. Et dire que la Mauricie a déjà été entièrement péquiste.

Évidemment, on ne pourrait passer sous silence le bon vouloir des candidats de Québec solidaire dans la région. Ils ont su faire parler d’eux pour leurs idées et, de toute évidence, Steven Roy Cullen, dans Champlain, aura marqué des points par sa performance publique. Même le co-porte-parole Gabriel Nadeau-Dubois avait des bons mots pour lui lors de son passage dans les bureaux du quotidien régional.

D’ailleurs, à cette occasion, il avait déclaré «qu’on joue dans la même ligue que les autres formations politiques». Oui, c’est vrai. Sauf que dans une ligue, il y a ceux qui se battent pour le bas du classement. C’est le cas de QS avec le PQ. Comme si la gauche indépendantiste pouvait se permettre de se diviser.

Les feuilles ont commencé à changer de couleur. Et pas juste les feuilles...