Le SuperClub Videotron, situé sur le boulevard des Forges, fermera boutique dans la dernière semaine du mois d’avril.

Vers la fin d’une époque

TROIS-RIVIÈRES — L’époque où on se promenait dans un club vidéo avec des amis, en couple ou en famille hésitant entre les centaines de films qui s’alignaient sur les étagères à la recherche d’une découverte ou d’une nouveauté est presque révolue.

Les clubs vidéo tombent au combat les uns après les autres en cette ère numérique. La dernière victime? Le SuperClub Vidéotron du boulevard des Forges à Trois-Rivières. Il va mettre la clé sous la porte à la fin du mois d’avril.

La cause de cette fermeture n’est pas difficile à deviner. «La raison est fort simple, c’est que l’industrie du vidéo, de la location de films en format physique est sur la fin, sur ses derniers milles. On est les derniers des Mohicans à être encore actifs. Il reste encore une quarantaine de magasins SuperClub Vidétron et on s’en va vers une fin complète comme ce fut le cas pour la plupart des autres chaînes», explique David Ouellette, propriétaire.

Blockbuster, Vidéotek, Vidéo Super Choix font partie des nombreux clubs vidéo qui ont tiré leur révérence au cours des dernières années à Trois-Rivières. Il ne va rester que la succursale du SuperClub Vidéotron sur le boulevard Thibeau dont M. Ouellette est aussi le propriétaire. Elle demeure ouverte. «À Trois-Rivières, il n’y a plus de compétiteurs, peut-être à l’exception de dépanneurs qui offrent une petite quantité de films, mais des clubs vidéo proprement dits, on est les derniers.»

À mesure que les compétiteurs en chair et en os disparaissaient, paradoxalement, la concurrence était de plus en vive. Celle immatérielle du web. «C’est carrément la technologie qui est en cause, les nouvelles plateformes, que ce soit les Netflix de ce monde, les enregistreurs numériques personnels dans les maisons, etc. On sait que les gens ont décidé de se procurer leur vidéo cinéma d’une autre façon.»

Ce commerce avait pignon sur rue depuis 1991. M. Ouellette en était le propriétaire depuis 2000. Évidemment, la baisse de la clientèle n’est pas survenue du jour au lendemain, mais ces dernières années, elle s’est accentuée dramatiquement. «Depuis un an environ, l’érosion est drastique.»

Bien que M. Ouellette savait que les belles années des clubs vidéo étaient chose du passé, il a été étonné de la vitesse du déclin. «On s’y attendait. Dans notre tête, depuis environ cinq ans, on savait qu’on fermerait nos magasins un jour, qu’on s’en allait vers là. Mais on s’attendait à faire un autre trois ans. On s’était fixé autour de 2022 plutôt que 2019 avant de penser à des fermetures.»

Déjà en 2016, le magasin du boulevard des Forges avait profité de l’agrandissement du restaurant Pacini pour diminuer sa superficie. Il offrait aussi des cellulaires et la location de jeux vidéo. Pour ce qui est des cellulaires, une succursale Vidéotron se trouve juste en face au centre commercial Les Rivières. «On va inviter nos clients à migrer carrément au centre Les Rivières pour se procurer un cellulaire. Pour ce qui est des jeux vidéo, c’est sûr et certain que le volume est encore intéressant, mais dans ce domaine, les marges bénéficiaires ne sont pas mirobolantes. On ne pouvait pas se permettre de garder un local pour ne faire que du jeu vidéo.»

M. Ouellette est aussi propriétaire d’une succursale à Victoriaville. Comme celle du boulevard Thibeau, il n’y a pas de fermeture prévue à court terme. Mais il est peu probable qu’elles survivent encore de nombreuses années. Celle de Victoriaville devrait être la dernière à disparaître. «Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. On est rendu là.»

Autour de 2015, SuperClub Vidéotron comptait environ 200 magasins au Québec. Il n’en reste plus qu’une quarantaine.

M. Ouellette se désole des pertes d’emplois et d’assister à la mort de ce qui était pour plusieurs une tradition. «Le commerce de détail le vit avec les Amazon de ce monde, nous, on le vit avec les Netflix et compagnie. C’est vraiment triste parce que c’était une belle entreprise. C’était beau de voir les familles se présenter, les samedis, s’acheter du pop corn et s’en aller à la maison avec leur film d’enfant, leur film familial ou un jeu vidéo. C’est vraiment désolant.»

Les 27 et 28 mars, le SuperClub du boulevard des Forges va être fermé pour permettre aux employés de préparer une vente de liquidation qui va débuter le vendredi 29 mars. Tout sera à vendre: films, jeux et biens meubles.

Une quinzaine d’employés y travaillent.

M. Ouellette est actif dans d’autres domaines. Il est copropriétaire des deux restaurants Fromagerie Victoria à Trois-Rivières. Le plus récent a ouvert pas plus tard qu’il y a une dizaine de jours sur la rue Vachon, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine. L’autre franchise a vu le jour en juin 2017, sur le boulevard des Récollets.

Certains employés du SuperClub Vidéotron pourraient d’ailleurs y trouver un emploi. «On s’en va vers le déclin d’un côté, mais on reste positif, et maintenant, on fait autre chose en ouvrant un nouveau joujou qui est complètement à l’inverse. On se croirait il y a 25 ans avec nos clubs vidéo, c’est vraiment une demande d’enfer», se réjouit-il.