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Vérification faite: non, les vaccins anti-COVID ne contiennent pas de toxine

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
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L’AFFIRMATION: «J’ai entendu parler de Byram Bridle et de sa déclaration voulant que les vaccins a ARN-messager [ndlr : ceux de Pfizer et de Moderna, les principaux utilisés au Québec] créent des protéines «spikes» dans le corps qui sont toxiques et qui causent des problèmes cardiaques. Parallèlement à ça, on voit des articles qui parlent de problèmes cardiaques chez ceux qui avaient pris le vaccin de Pfizer en Israël. Alors est-ce vrai?» demande Vincent Ouellette Destroismaisons, de Ripon.

Bon nombre de lecteurs m’ont envoyé des questions sur ces deux sujets, ou encore sur le thème très relié du nombre de décès chez les jeunes hommes en Israël, que l’on dit anormalement élevé. Alors voyons ce qui en est.

LES FAITS

Il n’est pas particulièrement clair qu’il y a plus de décès que d’habitude chez les jeunes hommes en Israël, si l’on se fie aux données gouvernementales sur le nombre de décès hebdomadaires. Il y a bien eu une très forte surmortalité chez les 20-29 ans pendant la semaine du 26 avril au 2 mai — 30 décès alors que le pays n’en compte pratiquement jamais plus de 12 par semaine dans cette tranche d’âge —, mais cela s’explique par une course-panique qui est survenue le 29 avril lors d’une fête religieuse, tuant 45 personnes, dont 18 hommes dans la vingtaine, selon le quotidien israélien Haarezt.

Comme le montrent les graphiques qui suivent, la mortalité ne semble pas anormale non plus chez les hommes de 30-39 ans ni chez les 10-19 ans.

Cela dit, cependant, «pas de surmortalité» ne signifie pas que les histoires de problèmes cardiaques sont sans fondement. Israël a bel et bien rapporté un nombre très élevé de «myocardites» (soit une inflammation du muscle cardiaque) chez les jeunes hommes, entre 5 et 25 fois plus que ce qu’on devrait normalement observer. La santé publique américaine a elle aussi noté une tendance semblable à la fin de mai.

Il faut toutefois bien noter que ce n’est pas forcément grave. Selon le cardiologue anglais Sam Mohiddin, qui a commenté récemment sur cette histoire, les myocardites sont assez communes chez les jeunes hommes, étant causées généralement par des infections naturelles. Les cas rapportés en Israël et aux États-Unis étaient pour la plupart bénins, comme cela arrive souvent. Les deux pays continuent d’ailleurs de recommander la vaccination pour ce groupe démographique, estimant que les avantages l’emportent toujours nettement sur les inconvénients.

La preuve d’un lien avec le vaccin anti-COVID — et plus particulièrement celui de Pfizer, qui est de loin le principal qui a été administré en Israël — n’a pas encore été faite non plus. Mais il faut tout de même admettre que, sans être un motif raisonnable d’inquiétude pour l’instant, ces histoires de myocardites chez les jeunes hommes ne sont pas dénuées de fondement non plus. Ce sera à suivre.

Ce qui m’amène au cas du DByram Bridle. Dr Bridle est un authentique chercheur en virologie à l’Université de Guelph — en médecine vétérinaire, mais quand même — qui a tenu des propos très alarmistes sur les ondes d’une radio canadienne, propos qui ont été repris par un récidiviste notoire de la fake news, le site web FranceSoir. Essentiellement, DBridle a déclaré que la «protéine spike» (ou «spicule») de la COVID, celle dont le virus se sert pour s’accrocher à nos cellules, est toxique pour l’humain. Or comme les vaccins autorisés jusqu’à maintenant au Canada consistent tous à faire produire temporairement cette protéine virale par nos cellules afin que notre système immunitaire puisse la reconnaître, le chercheur estime que «nous avons fait une erreur». Et c’est d’autant plus grave que les vaccins ne restent pas au site d’injection (l’épaule) comme on s’y attendait, mais que ces spicules semblent entrer dans la circulation sanguine et se répandre partout dans le corps où (toujours selon Dr Bridle) elles s’accrocheraient ensuite à certains récepteurs de nos cellules, provoquant ainsi des caillots et de l’inflammation.

Selon lui, cela expliquerait pratiquement tous les effets secondaires graves qui ont été rapportés jusqu’à présent à cause des vaccins. Sauf qu’il y a au moins trois (très) gros problèmes avec cette idée-là.

1) Comme le précisait en mai le chercheur en cardiologie moléculaire de l’Université de Guelph Glen Pyle, la protéine virale que nos cellules produisent après le vaccin n’est pas exactement comme celle du virus. Elle a été modifiée justement pour ne pas s’accrocher à nos cellules, si bien que le mécanisme proposé par Dr Bridle n’est tout simplement pas possible.

2) Dr Bridle cite deux études pour montrer que le vaccin «sort» du site d’injection : un rapport japonais et une étude de Harvard. Mais le problème, c’est que contrairement à ce que FranceSoir et d’autres sources du genre affirment, le rapport japonais portait sur des rats et non sur des humains, et qu’il n’a jamais mesuré les quantités de la protéine de spicule, mais plutôt un indicateur indirect, ce qui rend ses résultats moins fiables. Quant à l’étude de Harvard, qui portait sur l’analyse sanguine de 13 travailleurs de la santé ayant reçu le vaccin de Moderna, l’interprétation qu’en fait Dr Bridle dépasse très, très largement celle de ses auteurs. L’article n’a en fait trouvé (et son auteur principal, le chercheur David Walt, me l’a confirmé lors d’un échange de courriels) que dans l’ensemble, le vaccin fonctionne comme prévu, mais qu’il semble bel et bien y avoir d’infimes quantités de la protéine virale qui se retrouve dans la circulation sanguine, ce qui est relativement étonnant puisqu'on s’attendait effectivement à ce qu’il reste entièrement au site d’injection. Mais il n’est pas clair du tout que cela a quelque effet que ce soit. Et à elles seules, ces données-là ne constituent pas un motif d’inquiétude pour l’instant parce que les concentrations détectées dans le sang étaient absolument infinitésimales.

3) Enfin, si les protéines de spicule que nos cellules fabriquent après le vaccin étaient vraiment des toxines dangereuses, on devrait voir des effets nocifs très fréquemment après les injections. Or les «manifestations cliniques inhabituelles» graves sont très rares : moins de 6 par 100 000 doses au Québec. Et les principaux «problèmes» associés aux vaccins qui sont ressortis jusqu’à présent (en présumant qu’ils soient bien causés par les vaccins, ce qui n’a pas encore été prouvé) sont une forme très rare de «thrombose profonde» au cerveau survenant au rythme d’environ 4 par million et des cas de myocardites que le CDC décrit comme «rares» également.

VERDICT

En grande partie faux. Les inquiétudes au sujet des myocardites ne sortent pas de nulle part, il est possible que ce soit un effet secondaire (rare et assez bénin, mais quand même) des vaccins anti-COVID. Mais les histoires de surmortalité en Israël et de vaccins qui feraient produire des toxines à nos cellules ne sont pas soutenues par les faits.

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