Le gouvernement avait envisagé un scénario semblable, mais c’était un parmi d’autres et il ne semblait pas s’agir des résultats d’un modèle épidémiologique.
Le gouvernement avait envisagé un scénario semblable, mais c’était un parmi d’autres et il ne semblait pas s’agir des résultats d’un modèle épidémiologique.

Vérification faite: avait-on vraiment «prédit» 400 000 hospitalisations? 

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
L’AFFIRMATION: «Je vous écris au sujet d’un article paru au début de la pandémie, qui disait que le gouvernement avait évoqué la possibilité d’un scénario dit “pessimiste” où la COVID-19 provoquerait 400 000 hospitalisations (dont 200 000 aux soins intensifs) en seulement 40 semaines. Or je constate que tout au long de la crise, les hospitalisations ont été à des années-lumière de ce scénario catastrophique, de l’ordre de 50 à 100 fois moindre. […] Il me semble qu’il serait intéressant qu’un journaliste se penche sur cette invraisemblance», demande Martin Dufour, de Québec.

Les faits

Les médias ont effectivement mentionné ces chiffres à la mi-mars, mais il ne s’agissait pas vraiment d’une «projection» au sens fort, émanant d’un «modèle épidémiologique» à proprement parler. L’origine de ces chiffres était plutôt un tweet de la pédiatre-infectiologue montréalaise Caroline Quach, où elle partageait un simple calcul de coin de table : si environ la moitié de la population du Québec (8 millions) finit par être infectée et que, du nombre, 10 % se retrouvent à l’hôpital dont la moitié aux soins intensifs, alors cela fera 400 000 hospitalisations dont 200 000 aux soins intensifs.

L’intention de la Dre Quach n’était manifestement pas de faire une prédiction — elle ne parlait d’aucun horizon temporel en particulier —, mais plutôt de montrer l’importance de la distanciation : «En ralentissant la progression, on augmente nos chances d’être capable de traiter tout le monde, même si le nombre absolu de cas pourrait être grand», concluait-elle sa série de gazouillis le 13 mars.

Cependant, deux jours plus tard, lors du point de presse quotidien du patron de la Santé publique le Dr Horacio Arruda et du premier ministre François Legault, un journaliste a mentionné son tweet dans une question. La réponse de Québec fut en substance qu’il s’agissait d’une possibilité parmi d’autres, mais que toutes devaient être envisagées à ce moment-là afin d’avoir une idée du nombre de lits et autres ressources dont on allait peut-être avoir besoin. «Si vous parlez des chiffres, avait dit M. Legault, comme vous les mentionnez, là, 400 000 personnes hospitalisées, bien, si vous supposez que tout ça se passe sur 40 semaines, puis que les gens restent une semaine en moyenne à l’hôpital, ça veut dire qu’on a besoin de 10 000 lits. Ça vous donne un ordre de grandeur, là. […] C’est exactement le travail qu’on fait, actuellement, d’essayer de prévoir tous les scénarios. Mais celui-là, il est considéré.»

Verdict

Pas vraiment. L’origine de ce chiffre était au départ un «calcul de coin de table» sur le compte Twitter d’une médecin. Il s’est avéré que le gouvernement avait envisagé un scénario semblable, mais c’était un parmi d’autres et il ne semblait pas s’agir des résultats d’un modèle épidémiologique. 

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DES INFOS À VÉRIFIER?

La déclaration d’un ministre vous paraît douteuse? Une information qui circule vous semble exagérée, non fondée? Écrivez à notre journaliste (jfcliche@lesoleil.com). La rubrique Vérification faite prendra le temps de fouiller les faits, en profondeur, afin de vous donner l’heure juste. Car nous non plus, on n’aime pas les fausses nouvelles.