Des clôtures ont commencé à être érigées autour de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf, dont la vente a été officialisée jeudi soir devant notaire.
Des clôtures ont commencé à être érigées autour de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf, dont la vente a été officialisée jeudi soir devant notaire.

Vente de quatre églises à Trois-Rivières: «On ne veut pas faire n’importe quoi», assure le promoteur

Paule Vermot-Desroches
Paule Vermot-Desroches
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Devant les craintes soulevées par certaines personnes et le caractère émotif du dossier de la vente de quatre églises à un groupe de promoteurs la semaine dernière sur le territoire de la paroisse Du-Bon-Pasteur de Trois-Rivières, les investisseurs derrière le projet ont tenu à se faire rassurants. Le groupe de cinq partenaires oeuvrant dans le domaine de l’immobilier dans la région souhaite mener le dossier dans les règles de l’art et assure tout mettre en oeuvre pour que le dossier ne se termine pas comme celui des églises Saint-Philippe ou Sainte-Madeleine.

«On ne veut pas faire n’importe quoi. On veut apporter des projets qui vont être utiles à la société. On ne vient pas de l’extérieur pour faire un projet de 100 M$ et ne pas se préoccuper de la population, parce que nous aussi, on continue de vivre ici après», indique l’un des promoteurs qui s’est entretenu avec Le Nouvelliste au nom du groupe. Pour le moment, les promoteurs ne souhaitent pas être identifiés sur la place publique, mais entendent tenir une conférence de presse dès que les projets auront été complètement approuvés et que la Ville aura donné son aval.

Lundi, des clôtures ont commencé à s’ériger autour de l’église, et ce, même si le permis de démolition n’a pas encore été émis. Or, le promoteur explique être passé chez le notaire jeudi soir, moment où le groupe est officiellement devenu propriétaire des quatre églises, et avoir déposé sa demande de permis de démolition vendredi matin à la Ville. Une autre rencontre doit avoir lieu mercredi après-midi avec la Direction de l’aménagement pour la suite des choses. Entre-temps, explique-t-il, une clôture doit s’ériger non seulement pour rencontrer les règles émises par la CNESST, mais également pour sécuriser les lieux.

«Nous sommes maintenant propriétaires, ce n’est plus la Fabrique. Nous devons assurer une sécurité et je ne voudrais pas qu’un enfant se blesse sur notre terrain ou que quelqu’un tente de venir piller», souligne-t-il.

Permis de démolition

Or, la Ville explique de son côté que l’émission d’un permis de démolition est tout sauf une formalité dans ce cas-ci. Pour avoir audience auprès du comité de démolition, l’entrepreneur devra présenter un «projet de remplacement convoité pour analyse», explique le maire Jean Lamarche. «C’est un processus qui peut même se rendre en consultation publique», précise le premier magistrat, qui se désole que la Ville n’ait pas été informée plus tôt des démarches de négociations entre la paroisse et l’entrepreneur. «Notre but n’est pas de ralentir le projet, mais de s’assurer que tout se fasse dans le respect du plan d’intégration architectural. L’avoir su plus tôt, nous aurions pu travailler en amont avec eux. Mais on ne nous a pas informés de cette entente. Nous, on souhaite travailler dans le respect des citoyens et des lieux», constate Jean Lamarche, qui avait pourtant demandé à la paroisse, en octobre 2019, d’être informé du processus de négociation, ce qui n’a pas été fait indique-t-il.

Le promoteur dit comprendre que la Ville ait pu être échaudée dans le passé par la conclusion de dossiers comme celui de la démolition de l’église Saint-Philippe, ou encore la saga de l’église Sainte-Madeleine qui n’est à ce jour pas encore démolie.

«On n’a pas l’intention de faire une église abandonnée comme ça s’est fait avec Sainte-Madeleine. Il faut laisser la chance au coureur. Dans les deux autres dossiers, il y avait du cuivre, des cloches, et c’est ce qui intéressait les démolisseurs. Ici, il n’y a pas d’argent à faire, sinon que le développement du terrain. On n’a pas l’intention de déshabiller une église et de laisser une carcasse», soutient le promoteur.

Projets

Pour le moment, le groupe d’investisseurs souhaiterait d’abord implanter une résidence pour personnes âgées sur les terrains de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf, la première qui sera démolie. Des discussions seraient très avancées avec un gros joueur dans ce milieu, qui considère la localisation très intéressante.

Les meubles et les objets de cultes se trouvent toujours à l’intérieur de l’église, mais pourraient bientôt être déménagés en prévision de la démolition.

Pour pouvoir y parvenir, les promoteurs ont cependant dû relocaliser l’organisme Maison Re-Né, qui vient en aide aux personnes vivant avec le VIH-Sida et qui logeait dans le presbytère de l’église. «On ne voulait pas les laisser sans aide. On est humain. Nous avons fait une offre d’achat sur une bâtisse de la rue Saint-Roch, et elle a été acceptée. C’est là qu’ils seront relocalisés, et on va leur louer au même prix qu’ils payaient ici. On ne fait pas d’argent avec ça, mais nous ne voulions pas les laisser de même», souligne le promoteur.

Même chose pour les organismes comme Al-Anon, l’Âge d’or ou encore la Traverse des âges qui occupaient parfois les locaux de l’église. Ils pourront se servir de l’emplacement de l’église Jean-XXIII en attendant, alors qu’il n’est pour le moment pas dans les cartons des promoteurs de la démolir.

Quant à l’église Sainte-Marguerite, la seconde à être démolie selon les plans du promoteur, les terrains pourraient accueillir du logement social. Des discussions ont été entamées avec l’Office municipal d’habitation de Trois-Rivières de même que les Habitations populaires afin de commencer à développer un projet. Finalement, l’église Notre-Dame-des-Sept-Allégresses ferait place à une clinique médicale et une pharmacie, confirme le promoteur, sans pour le moment pouvoir donner d’échéancier précis étant donné que tous les projets font l’objet de discussions avec les partenaires.

Déjà, la firme Beausite Métal située tout à côté de Val-des-Sources — anciennement Asbestos — a déjà été engagée pour préparer le chantier de démolition, en attendant l’émission du permis. «On a eu plusieurs propositions, mais on voulait engager le meilleur. Beausite Métal a déjà réalisé des contrats avec le gouvernement, dont la démolition de l’hôpital Saint-Julien à Saint-Ferdinand. Son mandat, c’est de mener ça à bon terme et de laisser un terrain propre», assure le promoteur. Des échantillonnages ont déjà été prélevés à Saint-Jean-de-Brébeuf, confirmant qu’il n’y a pas d’amiante dans les murs.

Le promoteur se dit prêt à laisser une caution à la Ville de la valeur du chantier de démolition, si cela peut rassurer la Ville et la population que ce chantier ne se terminera pas comme celui de l’église Saint-Philippe. «La différence, c’est qu’ici, la valeur du terrain couvre amplement la valeur du chantier de démolition. Nous sommes transparents et sommes prêts à donner cette garantie», ajoute-t-il.

Patrimoine

Le maire de Trois-Rivières persiste cependant sur un point: étudier la possibilité qu’on puisse conserver une partie du patrimoine religieux.

«Si on avait été mis au courant pendant le processus de négociation, on aurait pu même commencer à documenter les oeuvres d’art, on aurait pu prendre le temps de trouver un moyen pour assurer la commémoration des lieux. Je ne suis pas contre la transaction, la Ville n’a pas à s’immiscer dans une transaction de nature privée. Mais je suis préoccupé de ce qu’on va en faire», signale Jean Lamarche.