Une centaine de paroissiens ont assisté mardi à la soirée d’information sur le projet de vente de l’église Saint-Jean-Brébeuf.

Vente de l'église Saint-Jean-de-Brébeuf: vive opposition des paroissiens

TROIS-RIVIÈRES — Il n’y a pas de doute, la très grande majorité des fidèles de l’église Saint-Jean-de-Brébeuf sont opposés à sa vente au Centre culturel islamique de la Mauricie. Situé juste devant l’église depuis des décennies et confronté à un manque d’espace, le Centre culturel a fait une offre d’achat non sollicitée de 500 000 $ pour l’église. Ce projet de vente se bute toutefois à une vive opposition.

Réunis en assemblée d’information mardi soir, un peu plus de 100 paroissiens ont pu s’exprimer sur cette possible vente. Un des premiers fidèles à se présenter au micro n’a pas pesé ses mots avant de donner son opinion. «Vous dites que vous (l’assemblée de la Fabrique) avez de bonnes relations avec les islamiques, mais moi j’ai vu que partout où ils passent c’est de la ‘‘marde’’. On leur donne le boulevard des Forges alors qu’ailleurs on les met dans les parcs industriels pour ne pas avoir de trouble», soutient le paroissien Michel Piché.

«Ils ne veulent même pas être enterrés dans les mêmes cimetières que nous parce que nous sommes des infidèles», a-t-il ajouté sous des applaudissements nourris de plusieurs personnes présentes.

«La vente, je la comprends, mais je crois qu’elle devrait rester dans la tradition chrétienne», a lancé tout de suite après une fidèle.

Une femme a mis en doute la provenance des fonds de la communauté musulmane de Trois-Rivières. Elle soutient, comme quelques personnes qui se sont présentées au micro, qu’ils proviennent «d’intégristes d’Arabie Saoudite». Des membres de l’assemblée de la Fabrique lui ont alors demandé de ne pas propager de rumeurs. «Je serais d’accord à ce qu’on vende à une religion comme la nôtre… catholique», a ensuite déclaré la paroissienne.

Un autre paroissien, qui assure ne pas être pratiquant, a renchéri sur la provenance des fonds de la communauté musulmane. «Savons-nous à qui nous avons affaire?», a-t-il demandé sous les nombreux applaudissements.

Par la suite, le paroissien Alain Gallisch a qualifié plusieurs membres de la communauté musulmane de Trois-Rivières «d’intégristes» et il a même évoqué l’application de la charia. Ses propos trouvaient écho dans l’assemblée. Celui qui partage plusieurs textes de Jihad Watch sur sa page Facebook, un blogue anti-musulman conspirationniste, a fait un long discours sur ce qu’il considère comme étant l’impact des intégristes sur les communautés d’accueil, comme les «génocides», a-t-il dit, des non-musulmans. Les membres de l’assemblée de la Fabrique étaient visiblement inconfortables avec son intervention.

«Dans quelques années ça va devenir ici un ‘’no go zone’’ un endroit où les catholiques ne pourront plus aller. C’est ça que vous voulez pour vos enfants?», a-t-il évoqué. «Les musulmans sont en mode conquête.»

Le paroissien Alain Gallisch a prononcé des propos controversés qui n’ont pas été appréciés par l’assemblée de la Fabrique.

«Je ne vends pas ma maison à des terroristes.», a lancé l’homme qui s’est présenté tout juste après au micro.

500 000 $, le juste prix?

Plusieurs paroissiens ont remis en question l’offre de 500 000 $ pour l’église, ce qui est en dessous de son évaluation municipale de 1,9 million $. «Si les musulmans veulent notre église, ils doivent payer», estime la paroissienne Jacqueline Cossette.

«Vendre à 500 000 $, c’est une honte», a soutenu une autre paroissienne. «C’est bien le Québec, né pour un petit pain. Je suis très en colère contre l’assemblée des marguilliers. Vous n’avez pas agi selon les règles. Nous n’avons pas été consultés et tout est réglé. Ça ne se passera pas de même, je vous l’assure.»

L’assemblée de la Fabrique a soutenu que les acheteurs pour des églises à Trois-Rivières ne se bousculent pas aux portillons. Les souvenirs des ventes précédentes des églises Sainte-Madeleine et Saint-Philippe qui ont été laissés à l’abandon sont encore vifs à l’esprit. De plus, l’assemblée de la Fabrique rappelle que l’église Saint-Pierre à Shawinigan vient d’être vendue pour 40 000 $.

L’importante diminution du nombre de croyants fréquentant l’église est la principale raison qui pousse les gestionnaires de la paroisse à considérer l’offre d’achat de la communauté musulmane. De plus, des pertes de 3686 $ ont été enregistrées en 2019, alors qu’elles étaient de 10 646 $ en 2017.

Pierre Auger s’interroge sur les déficits de la dernière année. Il a rappelé que les paroissiens ont payé durant plusieurs années la construction de l’église par l’imposition d’une «taxe» de répartition. «Le déficit de Saint-Jean-de-Brébeuf représente un peu plus de 1 % du déficit de la paroisse du Bon-Pasteur», a-t-il mentionné en s’interrogeant de la gestion administrative de l’église. «Tous les propriétaires catholiques de la communauté locale de Saint-Jean-de-Brébeuf ont une part importante dans cette église. […] Leur point de vue devrait être pris en considération.»

L’ancien conseiller municipal de Trois-Rivières, André Noël, a mentionné pour sa part que le dossier de la vente de l’église n’était pas prêt et que des étapes sont actuellement brûlées. Plusieurs ont aussi reproché à l’assemblée de la Fabrique de ne pas avoir consulté les paroissiens plus tôt.

Le paroissien Pierre Auger estime de plus que l’église Saint-Jean-Brébeuf est l’église la plus visible de Trois-Rivières. «L’église qui laisse l’image d’un culte catholique à Trois-Rivières est Saint-Jean-de-Brébeuf, encore plus que la cathédrale. Je me questionne de voir disparaître le clocher pour un minaret», a-t-il dénoncé.

La grande majorité des paroissiens ont manifesté leur opposition à la vente de l’église.

À la fin de l’assemblée, un paroissien a demandé aux autres fidèles de faire une introspection sur les raisons de la possible vente de l’église. «S’il avait eu autant de personnes lors des célébrations, nous ne serions pas ici ce soir», a-t-il dit. «On dirait que c’est un spectacle ce qu’on entend ce soir», a rétorqué un autre paroissien. «Vous ne voulez pas vendre à des musulmans. On a une part de responsabilité. Si l’église avait été pleine, on n’en parlerait pas.»

L’assemblée de la Fabrique souhaitait avec la rencontre de mardi soir avoir l’opinion des fidèles. Il fera ensuite rapport à l’évêque de Trois-Rivières qui doit prendre la décision finale. Plusieurs étapes restent toutefois encore à être franchies avant qu’une vente soit concrétisée. «À ce qu’on peut voir, les paroissiens sont assez opposés», a avoué à la fin de la soirée d’information Pierre Morand, président de l’assemblée de la fabrique. «La décision de vendre ou pas l’église est déjà prise. Nous sommes à la deuxième de douze étapes. C’est possible que l’évêque arrête le processus dès maintenant après avoir pris connaissance de la position des paroissiens.»